Conseils lecture
1832, aux alentours de Boston. Prudence Crandall dirige une école pour filles et jouit de ce fait de la considération de tous ses concitoyen•nes dans un état, le Connecticut, où l’esclavage a été aboli. Pourtant lorsque Sarah, la première élève noire, fait son entrée en classe, un vent d’hostilité soulève la petite ville. Car être libre ne veut pas dire être citoyen•ne, encore moins pouvoir bénéficier d’une éducation... Prudence, qui porte assez mal son prénom, porte l’affaire en justice et persévère auk risque de se retrouver mise au ban du village. Lupano et Fert livrent une bande dessinée résolument féministe, basée sur un fait historique assez bref (l’école dura deux ans), mais fondateur pour la communauté abolitionniste. C’est d’ailleurs le propos du cahier final qui croque les vies de quelques-unes des élèves de Prudence et révèle l’incroyable héritage de cette pionnière pédagogue. Au-delà de cette découverte historique très plaisante, cette BD est aussi un récit alerte mené par une narration virevoltante et basé sur personnages bien campés quelque soit leur camp. Certains passages et personnalités satellites permettent d’enrichir le propos de références modernes qui parleront à bien des lecteur•rices (les sorcières et autres insoumis•es ne sont pas bien loin...). Quant au graphisme, Stéphane Fert a encore fait des merveilles, jouant de la couleur et de la mise en case avec brio. Blanc autour : gros cœur dessus ! - Aurélie
"Blonde à forte poitrine", un titre ô combien énigmatique, qui, pour nous, "sexe fort", attire inexorablement. Pourtant à la lecture de ce livre, alors que nous pensions nous réjouir, nous devenons les témoins malheureux d'une vie brisée. L'histoire vraie d'Anna Nicole Smith, célèbre playmate américaine qui, afin d'offrir une vie décente à son fils a fait des choix discutables. Ce livre biographique, nous dévoile les coulisses d'un univers impitoyable, celui de la femme objet. De ces femmes justement, qui n'ont que pour seule arme, leur physique. Désirés par tant et décriés par d'autres, elles ne demandent rien d'autre, juste de l'espoir. Mais plus fort que l'être, le système...
Comme l’écrivaient si justement les deux merveilleux poètes urbains de Seine Saint-Denis, Joe Star et Kool Shen, mieux connus sous le doux acronyme d’NTM : « Tout n’est pas si facile, tout ne tient qu’à un fil ». Autrement dit souvent la vie est dure et il suffit d’un détail infime pour que tout bascule vers le néant. Et à l’inverse un fil aussi ténu qu’il soit, pour un peu qu’on s’y accroche comme à un rêve, peut dévier le cours de votre existence vers des horizons plus cléments.
C’est à l’un de ces moments charnières que se situe le personnage du roman, à son commencement. La trentaine, il vient de se faire remercier (quelle expression de merde !) d’un emploi où il végétait faute de mieux, loin de ses espérances de jeunesse. Lui qui n’avait déjà pas beaucoup d’ambition, même de ce boulot au rabais, on l’a viré. Mais ce n’est que le début du parcours du combattant, car perdre un emploi c’est beaucoup plus facile que d’en retrouver un, surtout quand on a ni qualification, ni vraiment d’estime de soi. Commence alors un long calvaire, pour ce type gentil, à qui personne n’a donné les armes pour affronter la barbarie du monde. Tout va de mal en pis jusqu’au jour où il recueille ce chat étrange qui semble lui parler.
C’est avec beaucoup de délicatesse, d’humour, de poésie et de second degré qu’Olivier Mak-Bouchard nous dépeint le destin de ce personnage, dont un acte aux apparences insignifiantes va bouleverser l’existence. Une très belle chronique sociale jamais misérabiliste pleine de surprises, une fois de plus un récit original et étonnant merveilleusement construit et raconté par l’auteur. Et de surcroît se déroulant dans le paysage enchanteur des ocres de Rustrel, ce qui ne gâche rien ! Bon d’accord ça ne vaut pas les tours du 93, mais quand même.
Dans son album, Bernadette Gervais traite avec délicatesse et clarté de la maltraitance à travers l'histoire de Petite Ourse et Pandora. Petite Ourse, sous l'emprise de Pandora, s'occupe de toutes les tâches ménagères tout en subissant critiques et dénigrements. Cependant, l'album révèle une lueur d'espoir : la possibilité d'échapper à l'abus et de trouver du soutien, symbolisé par la voix bienveillante de Grande Ourse, qui encourage Petite Ourse à chercher un avenir meilleur loin de cette relation destructrice.
La situation évoquée dans cet album se pose dans des contextes variés (famille, amis, couple), mais Bernadette Gervais y apporte une réponse universelle : il y a toujours quelqu’un pour nous venir en aide. Cet ouvrage explore avec justesse et simplicité les mécanismes de la persécution, de l’abus affectif et du déni.
C’est l’histoire d’un homme et d’une femme. Tous deux connaissent des troubles de la personnalité et sont de ce fait de tristes marginaux. Le destin va les réunir, leur redonner goût à la vie, mais d’une façon bien déroutante... Étrange et originale, « Les petites distances » est une comédie romantique teintée d’un brin de fantastique. Nous suivons les personnages dans leur quotidien jusqu’au moment où l’inexplicable surgit. Et de là, l’histoire se démarque et nous entraîne dans un monde sans logique, mais captivant. L’illustratrice Camille Benyamina traite le sujet avec finesse et délicatesse. Grâce à l’aquarelle, elle déploie des tons doux et légers, voir transparents... Un très beau titre à lire le soir pour faire de doux rêves. - Michaël
La lutte contre la maltraitance animale est un sujet qui alimente les débats dans notre société. Aussi juste soit-elle, elle remet en cause bons nombres de croyances et/ou de pratiques plus ou moins barbares.
Alors, à raison, if faut se demander ce qu’est la maltraitance animale et où commence-t-elle ? Le débat est ouvert…
« Sandrine et Flibuste » et « Les droits des animaux en questions » sont deux titres qui abordent le sujet. L’un par des minis récits en bande dessinée où avec humour et cynisme, l’autrice aborde des thèmes explosifs comme l’élevage intensif, le broyage à vif ou encore la chasse à courre. Elle interroge en cela le rapport de domination de l'humain sur l'animal.
L’autre titre a une approche plus scientifique et juridique. Il va nous conter l’histoire de l’humanité et son rapport avec ce monde animal dont elle oublie souvent qu'elle en est. Il va s’attarder également sur le cadre juridique, l’animal est-il une chose, un meuble ? Les avancées de ces dernières années en matière de droit et le chemin qu’il reste encore à parcourir pour offrir à l’ensemble du vivant la vie qu’il mérite.
Gandhi a dit : « On peut juger de la grandeur d'une nation et ses progrès moraux par la façon dont elle traite les animaux. »… Alors où en est-on ?
Enfant, ses parents s'occupaient d'elle. Aujourd'hui adulte, c'est elle qui doit s'occuper d'eux. Ils sont âgés, fatigués, dépassés par un monde qui n'est plus vraiment le leur et qui va beaucoup trop vite. Ils ne veulent pas quitter leur doux foyer pour une place en maison de retraite. Alors, régulièrement, elle va les voir, elle prend soin d'eux, elle vérifie que tout se passe bien. Quelquefois, tels des enfants, il faut les sermonner, les cajoler et réparer ce qui semble être irréparable.
Dans ce récit authentique sur la vieillesse, Joyce Farmer nous livre son témoignage sur la difficulté rencontrée lorsque des personnes âgées refusent l'inéluctable : la maladie et la perte d'autonomie. Dure et touchante à la fois, cette histoire dépeint le quotidien de ces familles qui, au jour le jour, vivent dans l'angoisse d'un malheur. Une belle leçon d'humanisme. - Michaël
Simon est psychanalyste depuis de nombreuses années. Un matin, au petit-déjeuner, il casse un bol. Cet acte en apparence anodin va être le déclencheur d’une remise en question profonde.
Simon écoute les problèmes des autres sans jamais penser aux siens. Bientôt, il prend conscience que le fil des maux de ses patients tisse une chrysalide, certes protectrice, mais qui l’empêche de se déployer.
L’idée d’un voyage se projette à l'horizon et Simon rejoint les rivages d'une île aux confins de la planète.
Immergé dans une nouvelle culture où tout est simplicité, grâce et délicatesse, il redécouvre l'essentiel. Un univers propice à l’introspection, ce qui lui permettra, peut-être, de s’ouvrir au monde.
Le rythme de ce livre vous emporte tendrement, les mots et les phrases de Jeanne Benameur tressent une étoffe chatoyante qui vous enveloppe et vous berce. Un très beau texte, où l'amitié, l'amour, l'art et la psychanalyse s'entremêlent harmonieusement.
Dans la froideur du monde polaire, Petit Ours dort. Mais à quoi peut-il bien rêver ? Cet album aux couleurs douces et bleutées dégage à lui seul une force incroyablement apaisante et sereine. Il est en cela un compagnon, telle une peluche ou une veilleuse, idéal pour accompagner l'enfant jusqu'aux pays des rêves. Les illustrations de Paul Schmid sont également d'une redoutable efficacité. Ces ours polaires sont beaux, ils sont mignons, ils sont attachants et l'enfant peut facilement s'identifier à eux. De même que les parents, car l'auteur a pris soin de ne pas sexuer les personnages. L'histoire est somme toute classique à cela près qu'elle est une ouverture à l'imagination et une invitation au sommeil. « Petit Ours rêve » est un excellent album pour passer un délicieux moment avec ses enfants. - Michaël
Dans un monde peuplé de créatures de toutes sortes, il existe un marteau magique qui apparaît de temps en temps et celui ou celle qui arrive à le brandir fera un voyage qui changera à jamais le cours de sa vie. Nombreu·ses sont celles et ceux qui s’y sont essayé·es, malheureusement il y a peu d’élu·es et pour la personne choisie, une quête mystérieuse à laquelle elle ne peut échapper commence dès lors. Melina, petite fille d’à peine une dizaine d’années, en est aujourd’hui la détentrice. Malgré son jeune âge, elle doit quitter sa famille pour vivre son aventure, il ne peut en être autrement… « Hammerdam » est un énième récit fantastique pour la jeunesse, mais avec un je ne sais quoi en plus, le petit truc qui le place au dessus de tous. Le récit principal est somme toute classique et c’est grâce à l’apport des histoires parallèles des seconds couteaux que ce titre prend tout son relief. Elles et ils sont d’une richesse et d’une originalité folle, aux caractéristiques étonnantes. Cet ensemble éclectique forme une bande détonnante qui fonctionne à merveille. Le personnage principal semble pour le moment bien calme, voir terne, mais on y décèle tout de même une force interne qui pourrait bien se faire jour dans le prochain tome. On ne sait rien du voyage à venir, mais ce n’est pas grave tant ce premier volume est complet, riche de trouvailles fort amusantes. Les illustrations d’Enrique Fernández sont également épatantes. Case après case, il crée un univers aux teintes feutrées, tantôt épuré, tantôt fourmillant de milles détails. Maintenant, hélas, il nous faut attendre le tome deux, mais rassurez-vous nous ne l’oublierons pas. - Michaël
Conseils lecture
Rythme et suspens assuré pour ce roman qu'on peut lire comme un bon livre d'aventure. Mais pour cette mère et son fils, ce périple fou est aussi le seul espoir de les sortir d'un mal-être.
Des épreuves au cours desquelles les faiblesses , les failles des deux voyageurs vont resurgir. C'est pourquoi, il faut continuer !
Très bon moment de lecture C.
L'araignée est l'insecte… mais non, ce n’est pas un insecte ! C’est un arthropode, donc déjà tout faux…
Je recommence donc : l’araignée est l’arthropode qui est certainement le moins aimé de la Terre, celui que l’on aime détester, écraser, noyer, aspirer… Pourquoi donc tout cet acharnement, si ce n’est la résultante d’une peur irrationnelle véhiculée de génération en génération par manque de connaissances ?
Arachnophobes, il vous faudra alors ouvrir ce livre, riche d’informations et de magnifiques photos, afin de comprendre cet animal hors du commun et ainsi, sans pour autant l’aimer, commencer à l’accepter et à le laisser vivre.
Juin 1940, Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac, coule des jours heureux dans sa petite commune de Belgique jusqu’au jour où il reçoit un bien étrange message crypté. Il est invité à rejoindre au plus vite l’Angleterre pour y apporter toute son aide de scientifique et d’inventeur. Sans en savoir plus, il quitte son beau pays pour cette mystérieuse mission. Arrivé, non sans encombre, à destination, sa tâche lui est enfin dévoilée : aider Allan Turing à percer les secrets de Énigma, machine dont se sert l’Allemagne afin de crypter ses messages et réputée inviolable… Et si la fiction était le meilleur support pour enseigner l’Histoire ? Et si dans l’Histoire, on y ajoutait un peu de notre patrimoine bédéique ? On obtiendrait sûrement une œuvre intéressante, riche et captivante. Une œuvre multigénérationnelle s’adressant ainsi à un large public et inculquant avec douceur différents savoirs. Voici ce que nous propose « Champignac », les auteurs nous racontent, en utilisant un personnage récurrent de l’univers de Spirou, des événements encore trop peu connus du grand public. Ils nous relatent, de façon simple et précise, comment Allan Turing, a réussi à percer les secrets de la machine allemande Énigma, comment grâce à ce génie, la coalition a pu sauver des milliers de vie et remporter la victoire finale. Une belle leçon d’Histoire servie par des illustrations au style franco-belge classique, proche par moment du travail de caricaturiste. Un récit captivant et éducatif, mettant en valeur le génie humain et à mettre entre toutes les mains. - Michaël
Que dire de plus… tout est quasiment dans le titre !
Si ce n’est qu’Érasme s’ennuie, et c’est pour cela que nous allons vivre avec lui une bien drôle d’aventure…
Cet album jeunesse, destiné aux plus petit·es, à partir de 18 mois, est un condensé de douceur.
Par son récit d’abord, qui permet à l’enfant de découvrir ce fascinant insecte dans une histoire tendre et non dénuée d’humour, ensuite par les illustrations d’Olivia Cosneau, lumineuses et expressives.
Elle réussit à rendre attachant un personnage pour le moins « rigide », mais avec quelques astuces, quelques traits, il devient irrésistible.
Pour les plus petit·es certes, mais aussi pour les plus grand·es qui aiment lire en s’amusant.
L'action se déroule dans le Transsibérien. Des conscrits sont emmenés en Sibérie mais ne savent pas où exactement. L'un d'eux, Aliocha cherche à déserter, il tente de fuir et se cache. Deux personnages embarqués dans une histoire où la question de la confiance est
sans cesse en jeu. A chaque arrêt dans une nouvelle gare, la tension monte.
Fort suspens de cette traque dans l'environnement clos du Transsibérien. C'est aussi le rythme de ce train mythique traversant les
paysages de steppe, puis de taïga.
Un style qui va à l'essentiel à la fois poétique et brutal. Une très belle écriture. Ce petit livre court mais vraiment
intense est un vrai bijou de lecture !
En partant à la chasse, un paisible marchand sauve la vie d’un serpent. Il ne se doute pas que ce geste de bonté va le faire basculer dans un monde étrange, magique et peuplé de créatures incroyables. Il devra alors apprendre à composer avec l’inexplicable et surtout faire des choix, des promesses qui auront des conséquences bien plus douloureuses qu’il ne pense... « Le roi des oiseaux » est une bande dessinée jeunesse inspirée du folklore russe. On y trouve une variété de personnages attachants et hauts en couleur. Ils ont pour lien le marchand, qui joue le rôle de provocateur de destins. Le récit est riche en actions et se compose de différentes parties. Elles constituent chacune, à n’en pas douter, la relecture d’un conte russe. Liées, elles offrent une saga mémorable où l’on ne s’ennuie jamais. Les valeurs telles le courage, l’honneur et la générosité transparaissent à la lecture de cette œuvre dont les épreuves sont certes multiples pour nos héros, mais dont le message est résolument positif. Alexander Utkin n’est pas seulement un conteur hors pair, il est également un illustrateur de classe mondiale. Ses illustrations sont magnifiques, un style rétro, des couleurs chatoyantes : il offre des planches tantôt douces, tantôt impressionnantes, mais toutes d’une exceptionnelle beauté. « Le roi des oiseaux » est une œuvre remarquable qui fascinera les enfants comme les adultes par sa profondeur et son univers foisonnant. - Michaël
Les géants ne sont plus, leur règne de terreur est à peine achevé que déjà un nouvel ordre émerge, mais nul ne sait s’il en sera meilleur. De ce passé récent il ne reste que Petit, dernier géant encore en vie. Il est l’objet de nombreuses convoitises politiques, lui qui a toujours été un paria parmi les siens du fait de sa petite taille, est aujourd’hui parmi les hommes un objet de convoitise et de violence... Troisième volume de cette formidable saga qu’est « Les Ogres-dieux », on retrouve ici tous les ingrédients qui ont fait le succès des premiers volumes : action, suspense, émotion et réflexion sont toujours au rendez-vous ! Bien évidemment le récit se renouvelle, on prend plaisir à retrouver des personnages familiers, mais qui du fait d’événements tragiques, changent et deviennent différents, pour le meilleur comme pour le pire. Sous couvert de récit fantastique, cette œuvre est une véritable analyse de la psyché humaine : l’œuvre du scénariste Hubert est un reflet de notre société contemporaine, où l’ambition et la cupidité politique, mais également individuelle, sont le véritable danger de toute civilisation. Heureusement certaines valeurs survivent et donnent l’espoir d’un monde meilleur. Cet univers est délicatement mis en image par Bertrand Gatignol, dont le talent n’est plus à redire. Son style, à la fois classique, mais également moderne, fait que son travail sera apprécié par un large public. Sa colorisation noir et blanc et la précision de son trait siéent à merveille au récit de Hubert. Courez vite découvrir cette saga qui n’en finit pas de séduire ! - Michaël
Dans un monde peuplé de créatures de toutes sortes, il existe un marteau magique qui apparaît de temps en temps et celui ou celle qui arrive à le brandir fera un voyage qui changera à jamais le cours de sa vie. Nombreu·ses sont celles et ceux qui s’y sont essayé·es, malheureusement il y a peu d’élu·es et pour la personne choisie, une quête mystérieuse à laquelle elle ne peut échapper commence dès lors. Melina, petite fille d’à peine une dizaine d’années, en est aujourd’hui la détentrice. Malgré son jeune âge, elle doit quitter sa famille pour vivre son aventure, il ne peut en être autrement… « Hammerdam » est un énième récit fantastique pour la jeunesse, mais avec un je ne sais quoi en plus, le petit truc qui le place au dessus de tous. Le récit principal est somme toute classique et c’est grâce à l’apport des histoires parallèles des seconds couteaux que ce titre prend tout son relief. Elles et ils sont d’une richesse et d’une originalité folle, aux caractéristiques étonnantes. Cet ensemble éclectique forme une bande détonnante qui fonctionne à merveille. Le personnage principal semble pour le moment bien calme, voir terne, mais on y décèle tout de même une force interne qui pourrait bien se faire jour dans le prochain tome. On ne sait rien du voyage à venir, mais ce n’est pas grave tant ce premier volume est complet, riche de trouvailles fort amusantes. Les illustrations d’Enrique Fernández sont également épatantes. Case après case, il crée un univers aux teintes feutrées, tantôt épuré, tantôt fourmillant de milles détails. Maintenant, hélas, il nous faut attendre le tome deux, mais rassurez-vous nous ne l’oublierons pas. - Michaël
Dans "Sea, salt and paper", il vous faudra choisir les bonnes cartes pour construire votre main, les poser pour déclencher leur effet… et surtout, décider de quand stopper la manche pour vous assurer plus de points que vos adversaires !
Quelle stratégie adopterez-vous ? Récolter un maximum de coquillages pour vous assurer des points, ou chercher les rares sirènes qui vous apporteront la victoire ? À vous de choisir !
"Sea, salt and paper", c'est aussi un jeu magnifiquement illustré par des photos de vrais origamis ! Ajoutons une mécanique de "stop ou encore" efficace et engageante, et on obtient un jeu parfait pour l'été (et facile à glisser dans vos valises) !
Au bout de quinze années d'absence, Dashiell Bad Horse revient dans la réserve indienne qui l'a vu grandir. Drogue, alcool et mafia régissent toujours la vie de Prairie Rose. Engagé dans la police tribale par le chef Red Crow, Dashiell doit contenir les traditionalistes et limiter la prolifération des laboratoires de méthadone, quitte à user de méthodes musclées. La mère de Dashiell vit toujours à Prairie Rose et tient un rôle majeur, mais pacifiste, dans l'activisme nationaliste. Dashiell serait-il revenu pour lui demander des comptes ? De nombreuses histoires s'enchâssent dans ce récit à la fois noir, violent et captivant où l'on découvre la vie (désenchantée) dans une réserve indienne. On attend avec impatience la suite de ce sombre comics, écrit brillamment. - Michaël
À Rome, Ottavia Salvaggio a décidé d’être maîtresse de son destin.
Cette cheffe de cuisine passionnée va prendre la suite de son père, persuadée qu’elle peut faire mieux que lui et que son grand-père avant lui.
En ouvrant ses propres restaurants, elle se réapproprie ce savoir-faire familial, autrefois le domaine des femmes.
Nous retraçant le parcours d’Ottavia sur plusieurs décennies, Julia Kerninon réussit à nouveau un magnifique portrait de femme.
Comme « Liv Maria », l’héroïne est forte, déterminée, intense et résolue à ne jamais se laisser enfermer.
« Sauvage » est un roman gastronomique autour de la vie d’une femme, de ses amours, de ses relations familiales. Il nous questionne également sur la violence dans le milieu de la cuisine.
C’est toujours avec plaisir que je retrouve la plume sensuelle et rythmée de Julia Kerninon.
Un livre à dévorer sans modération.
Il existe une multitude de guides de voyage, plus ou moins semblables, nous présentant un pays, une région ou encore une ville, et il existe les « guides » de la collection « Corail » des éditions Maison Éliza. Ceux-ci ont la faculté magique, via de magnifiques aquarelles et des textes courts, de nous faire vivre, ressentir un pays. « Un Portugal » ne déroge pas à cette règle et nous transporte littéralement chez nos amis Lusitaniens. Nous parcourons ce pays du nord jusqu'au sud, s'arrêtant tantôt pour admirer une enceinte fortifiée, tantôt un parc naturel ou encore pour goûter aux délicieuses « pasteis de nata ». Nous nous imprégnons également des coutumes et autres traditions locales. Tout cela sans effort, puisque le documentaire est construit comme si on nous racontait une histoire. Arrivés à la dernière page, nous refermons le livre et ressentons un peu de cette 'saudade' qui berce l'esprit portugais.
En ces temps moyenâgeux, « l’Âge d’Or » n’est devenu pour beaucoup qu’une légende. Ce mythe abolissait les classes et rendait tous les êtres libres et égaux, prônait le partage et l’entraide. Ce monde a peut-être existé ou pourrait exister, mais quelles en seraient les conséquences pour ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent ? Aussi, lorsque certains se mettent en quête d’une preuve de son existence, la tyrannie s’organise. Pendant ce temps, Tilda, l’héritière légitime, a perdu son royaume et pour ne pas perdre également la vie, doit fuir accompagnée de ses fidèles en direction du pays d’Ohman. Selon feu son père, un fabuleux trésor d’une puissance redoutable l’y attend. Quête de liberté pour quelques-uns, quête de pouvoir pour d’autres, les discordances naîtront et engendreront fatalement l’ultime affrontement. Le premier volume de ce diptyque est un véritable pavé de 228 pages. Il en fallait bien autant pour nous narrer la formidable épopée écrite par Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil. Les deux artistes nous proposent un récit fictif moyenâgeux à forte densité émotionnelle. Nous suivons, page après page, de nombreux personnages, chacun charismatique à sa façon et appartenant à des classes sociales différentes. Tous ont un combat, des valeurs à défendre, d’égalité et/ou de privilèges. Récit fictif ? Peut-être pas complètement ! Cette œuvre est une parabole de notre société actuelle et aborde très intelligemment les maux de notre quotidien : l’égoïsme et la paranoïa. Elle traite de l’égalité femme/homme et de l’égalité en générale. Elle prône le partage et l’entraide dans un monde où le système imposé nous rend de plus en plus individualistes. Réflexion politique, le récit questionne sur la démocratie et la place du citoyen. Voilà ce qui fait la force de ce roman graphique, association savamment équilibrée de fiction et de thématiques actuelles. Cyril Pedrosa, co-scénariste, signe également les illustrations, réussite picturale à signaler tant les planches proposées sont d’une incroyable beauté. La mise en couleur est puissante et est à elle seule un personnage à part entière du récit. Des tons vifs, tantôt chauds, tantôt froids, parfois psychédéliques, rehaussent le trait fin et délicat de l’artiste. L’utilisation de planches muettes, ô combien expressives, permet de reposer le récit et laisse libre court à la réflexion personnelle. Tous ces éléments, mesurés, équilibrés, font de ce récit une réussite totale et lui prédisent le plus bel avenir. - Michaël
et si on en parlait en BD
Le droit à la fin de vie
Depuis de nombreuses années déjà, les débats autour du droit à l'euthanasie et au suicide assisté sont présents dans notre société, mais ces pratiques restent illégales en France.
La loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie (dite loi « Léonetti ») affirme, sous certaines conditions, un droit au « laisser mourir » sans souffrance évitable et dans le respect de la dignité du patient. Cependant, pour beaucoup, cela ne suffit pas et iels souhaitent une nouvelle loi légalisant 'l'aide active à mourir'. Le débat reste donc ouvert...
Nous vous proposons de découvrir trois bandes dessinées ayant pour sujet le droit à la fin de vie choisie. Elles donnent matière à penser par leurs récits fictifs ou inspirés de faits réels, à comprendre ce sujet de grande importance. Des récits tendres, émouvants, et paradoxalement emplis d'espoir comme jamais.
En toute conscience
de Livio Bernado et Olivier Peyon
Éd. Delcourt
La dame blanche
De Quentin Zuttion
Éd. Le Lombard
Mes mauvaises filles
De Zelba
Éd. Futuropolis
Vous vous souvenez de Tom Sawyer, d’Huckleberry Finn, du Mississippi, de l’Amérique le pays de la liberté… Eh bien avec James, on retrouve cet univers, mais vu cette fois depuis la place de l’esclave. Ce simple changement de regard bouleverse tout. Percival Everett offre à James une voix pleine d’esprit, de finesse et d’ironie, loin du rôle effacé que lui attribuait Twain dans la version originale.
Ici Jim/James est le narrateur du récit. Il devient un homme instruit, drôle, stratège, lecteur de Rousseau et de Voltaire, qui joue le « simplet » uniquement pour survivre.
Lorsqu’il apprend qu’il va être vendu, il décide de fuir, entraînant malgré lui Huck dans une odyssée sur le Mississippi qui interroge sur la liberté, l’identité et la résistance.
Même si cela m’a déroutée en début de lecture, j’ai particulièrement aimé le jeu sur le double langage : James parle volontairement « petite nègre » devant les Blancs, mais retrouve une langue riche et brillante avec les siens. Ce contraste, à la fois drôle et puissant, donne une vraie énergie au roman et met en lumière toute l’intelligence du personnage.
« James » est un roman audacieux, mordant et profondément inventif, qui revisite un mythe américain pour en révéler les zones d’ombre. Une histoire intense, parfois violente, toujours profondément humaine, qui bouleverse autant qu’elle captive.




