Conseils lecture
L’héroïne fuit une enfance familiale étouffante dans un grand Nord brumeux et part vivre sa vie d'adulte à Los Angeles aux mœurs libérées. Elle y rencontre une multitude de gens et de situations variées avant d'être rappelée vers ses souvenirs traumatisants par la nécessité de prendre soin d'un être qui l'attend sans la connaître. Sa vie s'en trouve bouleversée jusqu'à... Belle écriture maîtrisée, entre songes, remords et questionnements. Véronique Ovaldé nous entraîne avec talent dans les pas, les pensées et les expériences heureuses ou malheureuses de l’héroïne ; dans son apprentissage du monde, des amours vrais, mais aussi des plagiaires et faussaires (en écriture et sentiments). Ces brigands qui peuvent ne pas manquer de grâce. - Catherine
Dans un futur pas si éloigné que cela, la société « Tomorrow Foundation » met au point un procédé révolutionnaire dans l’intelligence artificielle : elle crée les premiers humanoïdes doués de conscience. Carbone et Silicium sont les premiers d’une longue série de robots, mais peut-on encore être considéré comme une machine lorsque l’on a des émotions et des envies de liberté ?... Mathieu Bablet s’attaque à un sujet maintes fois évoqué dans la littérature de science-fiction. Loin de s’en détacher, il tire pourtant son épingle du jeu en réalisant une œuvre dense et emplie d’une certaine sagesse. Pas de combats de genre ou d’intelligence artificielle collective, mais une réflexion sur ce qu’est l’humanisme. Il met en exergue notre nature profonde réfrénée, policée et en contradiction avec le concept sociétal du vivre ensemble. Carbone et Silicium vont, sur près de 300 ans, apprendre de leurs pairs, choisir chacun des chemins différents, mais pour quelle conclusion ? Mathieu Bablet est un auteur dit « complet », il réalise également les illustrations de ce pavé d’environ 260 pages. Son style est classique et réaliste et son découpage sobre. L’ensemble forme une œuvre remarquable rehaussée par le choix d’une édition de toute beauté au dos toilé. Bien plus qu’une fiction, cette œuvre est un vrai sujet de philo à méditer... - Michaël
Dans un appartement bourgeois Parisien, au cœur de la chaleur d’aout, deux couples se retrouvent autour d’un dîner. L’invitation vient d’Etienne, un avocat érudit, sûr de lui, séducteur et prêt à tout pour obtenir ce qu’il désire.
Claudia, sa femme, timide maladive, a passé la journée aux fourneaux. Autant pour servir un repas parfait à ses hôtes, que pour cacher son mal-être. Elle est terrorisée à l’idée de participer à cette soirée. « Elle se demande si elle parviendra un jour à résoudre cette contradiction : elle voudrait se rendre invisible et pourtant, elle leur en veut terriblement à tous de la rendre invisible ».
Les invité·es, des ami·es d’Etienne, ne semblent pas très enthousiastes non plus. Iels arrivent d’ailleurs séparément. Johar est une femme de pouvoir, carriériste. Tunisienne d’origine modeste, elle a gravi tous les échelons de la réussite. Rémi, lui, est professeur d’économie en prépa. Mariés depuis plusieurs années, leur relation qui s’est ancrée entre routine et vie professionnelle s’effiloche.
Dans ce huis clos pesant, les personnages sont également prisonnier·es de leurs vies respectives. De l’apéritif au dessert, tout ne va pas être si parfait. La tension monte, chacun et chacune, rumine ses objectifs, ses secrets… Les rares échappées sur le balcon pour prendre l’air, fumer ou téléphoner, suffiront-elles à faire redescendre la température et l’atmosphère épicée ?
Cécile Tlili, nous brosse aussi le portrait de deux femmes en apparence totalement opposées, mais qui finalement se rejoignent dans la prise en main de leur destin.
Un premier roman très intense. Sororité, sexisme, maternité, vie de couple, travail, trahisons, mensonges, secrets et remises en question, sont les ingrédients subtilement dosés de « Simple dîner ». Un régal.
« Un simple Diner » a reçu le prix littéraire Gisèle Halimi 2023.
Le bonheur se cache au fond de chacun·e de nous, mais également partout autour. Le bonheur est-il dans la nature qui nous entoure ? partager un repas avec ses ami·es, rire aux éclats, est-ce ça le bonheur ? Ou bien sentir battre son cœur, être amoureux·ses ? Être entouré·e de ceux et celles qu’on aime ? Et pourquoi passer sa vie à le chercher, à en vouloir toujours plus, alors qu’il se trouve juste sous nos yeux ?
Dans cet album aux illustrations foisonnantes et chatoyantes, Peggy Nille nous offre une réflexion à hauteur d’enfant sur le thème du bonheur. Tout au long du récit, la/le lecteur·rice suit les questionnements philosophiques d’un petit pingouin. Avec beaucoup de poésie, l’autrice passe un message : à quoi bon s’épuiser à courir après le bonheur, quand parfois il suffit d’apprécier ce que l’on a déjà pour être heureux ?
Les illustrations oniriques et colorées sont une invitation à la rêverie et à l’observation. Les paysages nordiques, la banquise, la taïga ou les fonds marins sont luxuriants. Les lecteur·rices pourront s’amuser à retrouver les petits détails qui s’y cachent car « Chercher le bonheur » est également un cherche-et-trouve.
« Chercher le bonheur » est une belle porte d’entrée pour amorcer une discussion sur le sujet du bonheur avec son enfant ou tout simplement, passer un joli moment de lecture et de jeu en famille.
Pluie et Ongle sont des sorcières. Accompagnées de Georg, l’enfant qui les a libérées, iels fuient ensemble l’Inquisition et la crédulité de l’humanité. Fuir, mais pour aller où ? Ce monde est si violent, le danger est partout, protéiforme et sans pitié. Quels choix s’offrent à elleux ? Aucun, si ce n’est un ultime combat, contre le Mage, le Grand Inquisiteur, le soi-disant bras droit de Dieu qui détient des secrets inavouables…
« Ils brûlent » est un récit puissant, âpre et violent. Dès les premières pages, il vous accapare, vous hypnotise et ne vous délivre qu’à la dernière page, avec ces derniers mots qui hélas sont : « à suivre ». L’intrigue n’est pas à proprement parler d’une grande originalité et pourtant… Chaque page pousse à la suivante développant ainsi une aventure foisonnante et terriblement oppressante. Les personnages, ces héros·ïnes, pourraient faire peur, iels ne sont pas beaux, mais ne sont pas caricaturaux, iels sont à l’image de ce monde : dur·es et sauvages. Cependant, les mystères qui les entourent, les blessures qu’iels portent en elleux en font des êtres attachants. Iels sont fort·es et faibles à la fois, terriblement humain·es.
Le dessin d’Aniss El Hamouri est également d’une puissance folle. Un trait léger et délicat à l’encre, souvent minimaliste, mais rehaussé d’un peu de sépia, suffit à planter le décor, à donner vie à cet univers d’inspiration médiévale. Son découpage, sa mise scène sont savamment réalisé·es, jouant avec les cases, les pleines pages et ainsi la narration devient tantôt rapide, tantôt posée.
« Ils brûlent » est le premier tome d’une trilogie qui s’annonce passionnante, à notre tour nous allons brûler d’impatience en attendant la suite…
Tiens ! Voici un gnome. Comme il a l’air gentil et tout mignon avec son petit bonnet rouge… Ah bah non, pas du tout. Monsieur le Gnome est quelqu’un de très ronchon, voire même de très antipathique ! A être aussi désagréable, des ennuis pourraient bien lui arriver… « Monsieur le Gnome » est un album rigolo dans son récit, mais aussi par ses illustrations. En effet, l’artiste britannique Fred Blunt possède un style graphique unique, oscillant entre le genre « toons » et le « maître » Quentin Blake. Chaque page de l’album génère un sourire par les mimiques des personnages, mais aussi par une mise en scène efficace. Au premier abord, avec un regard non averti, on pourrait penser que le dessin est simple, mais il n’en est rien. Ici, l’artiste a cherché, recherché la juste expression avec un minimum de traits. Les couleurs sont également choisies avec réflexion, elles accompagnent, sans le noyer, l’effet caustique du crayonné. L’ajout de matière, peu, mais juste assez, parachève chaque planche. L’histoire appartient au registre de la comédie. Son écriture, rythmée et théâtralisée, permet de jouer, de donner vie à l’album. Aussi ce livre permet un beau moment de rigolade entre enfants et parents. Et pour finir, dans les dernières pages, nous apprenons un terrible secret, moins drôle, mais que la morale nous empêche de dévoiler… « Monsieur le Gnome » est un album sans prétention, dont la seule ambition est de vous divertir et c'est chose réussie ! - Michaël
Avez-vous déjà eu des réclamations à faire aux personnages de contes de fées ? Au Petit Chaperon Rouge, parce que quand même, elle aurait dû remarquer que le loup avait remplacé sa grand-mère ? À la belle au bois dormant, parce qu'elle ne sert à rien ?
Eh bien, une certaine C. C. Cecily a décidé de transmettre vos lettres à ces personnages et de publier leurs réponses. Et qu'est-ce que c'est drôle ! Un livre très réussi, tant au niveau du texte qu'à celui de la mise en page : de vraies lettres authentiques et bien réelles, de très chouettes illustrations pour accompagner chaque conte…
C'est un vrai plaisir à lire !
Halfdan Pisket est fils d’immigré. S’il vit aujourd’hui au Danemark et réalise des bandes dessinées sans craindre la censure et/ou la prison, c’est en grande partie grâce à son père. Turc-arménien ou Arméno-turc, son père a quitté il y a longtemps son village natal situé dans la zone frontalière instable entre la Turquie et l’Arménie. A une époque, toutes les religions et coutumes y cohabitaient en paix. Depuis le génocide arménien, un climat de défiance et d’instabilité s’est installé. Des évènements dramatiques se sont enchaînés et ont rendu son père amer et haineux. Cette situation l’a poussé à partir vers d’autres cieux où de meilleurs lendemains lui semblaient promis, mais ailleurs et exilé, sera-t-il mieux considéré ? Élaborée à partir d’interviews du père de l’auteur et d’anecdotes de sa vie dans les années 60-70, cette histoire difficile dépeint le quotidien d’un homme déchiré par la guerre et l’occupation d’une part et ses convictions et sa soif de liberté d’autre part. Avec ce témoignage, il dénonce les maltraitances subies par les minorités et l’accueil difficile réservé aux peuples déracinés. Un témoignage choc et prenant, appuyé par un dessin expressif au noir profond. Récit complet en 3 volumes. - Michaël
Entre 1850 et 2001, un siècle et demi d’histoire nous contemple. De la pébrine, maladie du ver à soie à l’attentat du 11 septembre, l’autrice dresse une fresque fantasque, celle des Aghulons. Un arbre généalogique où éclosent les prénoms des femmes de la famille : Eglantine, Marguerite, Rose, Camélia, Iris. Un arbre extravagant et poétique où résident aussi, cinq générations de chats philosophes et pince-sans-rire : Socrate, Erasme, Diogène… Un texte enlevé, drôle et lyrique, une aventure à la rencontre des grands évènements du vingtième siècle et de ses découvertes. Mais aussi une galerie de personnages souvent originaux, plus ou moins sympathiques mais toujours au caractère bien trempé…
Enfin un roman d’amour, celui qui unit tous les couples de cette famille passionnément, celui qui soude profondément ses membres : parents, enfants, grands-parents, frères et sœurs. L’amour qui permet de tout surmonter avec courage, l’amour qui rend la vie plus supportable, même quand elle est frappée par les drames.
Un texte enjoué comme une looping en avion où l’on est porté par l’allant de toutes ces femmes fantastiques aux noms de fleurs. Avec une tendresse particulière pour Margueritte, la trisaïeule, subtil mélange de douceur et de générosité relevé d’une volonté farouche.
Yaël vit avec sa petite sœur Emilie, son papa et sa maman dans le Sud de la France.
Elle est facétieuse, joue avec son cousin à cache-cache derrière le rideau d’une chambre… et découvre certains secrets assez vilains dont les adultes sont coutumiers. Nous sommes en 1938, la maman d’Emilie est malade et la menace de la guerre plane. Alors des choses plutôt moches, et même franchement terribles, Yaël va en connaître quelques-unes au cours de son histoire.
Sara del Giudice, dont il s’agit de la première bande dessinée, signe une œuvre remarquable par son dessin et la qualité de son écriture, les deux d’une grande sensibilité. Il est des lectures que l’on ne peut oublier, celle-ci est de cet ordre, rien de moins…
Alors on ne vous en dévoilera presque rien, on vous conseillera simplement de venir vous glisser avec Yaël derrière le rideau. Une œuvre à hauteur d’enfant, fictionnelle mais marquante, à partager en famille à partir de 10 ans pour parler de la vie, de la perte et de l’atrocité de la guerre. Un gros coup de cœur.
Voici un titre des plus étranges, difficile à classer ou à destiner à un public en particulier. Sa narration est composée de saynètes aux chutes rigolotes, mais parfois, voire les deux en même temps, mélancoliques. Nous découvrons donc Maya, une jeune fille de 8 ans qui vit avec son oncle (ses parents ayant disparu avec le vol BW 404). Personne ne sait s’iels ont survécu et cette question sera le fil conducteur de l’album. Cette question on la ressent en Maya, elle flirte avec le désespoir et l’espoir, ce dernier, pourtant si faible, l’empêche de sombrer.
Tout au long de l’album, elle se questionne sur le monde, comment il fonctionne, pourquoi sommes-nous là ? Elle interroge son oncle, son ami Léonardo, sur la place de l’humanité eu égard aux végétaux et autres formes de vies animales. Chacun·e apporte sa pensée, sa vision des choses, mais également des faits scientifiques. Ce mélange de science et de philosophie fonctionne à merveille, nous nous attachons à tous·tes les protagonistes jusqu’à cette fin, véritable claque scénaristique qui nous laisse sans voix, stupéfait, branlant et déjà en manque de la suite…
Conseils lecture
Tout comme son grand frère Jeff, Erwann est un passionné des sports de glisse, surtout de skate. Malheureusement un accident tragique durant une compétition cause la mort de l’ainé et brise par là même sa famille. Dorénavant il lui est interdit de pratiquer sa passion, à moins que... « Erwann » est un titre jeunesse sans prétention qui pourrait, si on y prête peu attention, être noyé dans la masse. Il serait dommage de passer à côté de ce récit plus profond qu’il n’y paraît. Ici des sujets difficiles sont abordés avec subtilité : on nous parle d’accident, de mort et de deuil. Cela pourrait être plombant, mais pas du tout puisqu’une fois le livre refermé, les valeurs de bravoure et d’abnégation sont les seules effluves qu’il nous reste. Une leçon de courage nous est donnée par Erwann, jeune homme insouciant, qui se donnera tous les moyens pour réaliser son rêve. Ce récit est porté par les belles illustrations dépouillées de Yann Cozic, pleines de dynamisme et dont les couleurs sont sobres, mais efficaces. Un nouveau titre jeunesse plein de fraîcheur ! - Michaël
Aaron est un jeune étudiant à l’histoire a priori banale. Bien élevé et entouré de ses proches, il ne fait pas d’histoire, ne fait parler de lui. On pourrait presque dire qu’il a tout pour être heureux. Cependant, en silence, il souffre d’un mal inavouable…
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« Aaron » est un titre dérangeant, troublant. Prise de risque indéniable de la part de l’éditeur et de son auteur, le récit traite avec beaucoup de pudeur de déviance sexuelle. Le sujet, certes malaisant, est amené avec beaucoup de délicatesse grâce à une construction narrative d’une extrême lenteur. Les illustrations, cloisonnées dans un gaufrier pour l’essentiel de 12 cases par page, sont d’une remarquable réalisation. Tout en finesse et en précision, elles insufflent dès les premières pages une atmosphère particulière à l’album, une tranquillité, un calme avant la tempête.
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L’auteur ne juge pas, ne questionne pas, ne donne pas de remède, il nous permet simplement d’être les témoins d’un instant de vie déchirée. Aussi nous ne connaîtrons ni les prémices, ni la fin de l’histoire d’Aaron, simplement ce bref aperçu d’un homme qui se perd.
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Brillant de bout en bout, cette bande dessinée est puissante, intelligente et interpelle. À lire tout simplement.
Samantha Strong vit dans la charmante petite ville de Woodbrook. Là-bas, les habitant·es se connaissent bien et prennent soin les un·es des autres. Il y fait vraiment bon vivre… Alors pourquoi tout gâcher ? Samantha a des pulsions meurtrières, et pour ne pas détruire le paradis dans lequel elle vit, tous les mois, elle quitte Woodbrook afin d’assouvir ses bas instincts. Loin de la ville, de ses proches et des gens qu’elle aime. Elle est une « tueuse en série ».
Cependant, un jour, un horrible meurtre est commis à Woodbrook, puis un deuxième. Plus aucun doute n’est permis : Samantha a de la concurrence… qui risque bien de mettre en péril son noir secret…
Récit complet en un volume, "Beneath the trees" est un récit captivant à destination d’un public adulte. On y retrouve une atmosphère étrange, dont la personnage principale est une tueuse en série, mais dont on s’affectionne tout au long du récit. Cette anti-héroïne nous surprend par ses facettes diamétralement opposées, tantôt compatissante, tantôt sans scrupules. Par son enquête, elle nous entraîne dans son quotidien, son monde réglé comme du papier à musique, qui la rassure et la maintient en équilibre. Cet équilibre qui tend à vaciller et qui va nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.
Les illustrations sont magnifiques. Les personnages, des animaux anthropomorphiques, sont d’un réalisme bluffant. Le trait est fin et précis. Les couleurs, appliquées à la manière de l’aquarelle, proposent des pages rayonnantes de beauté.
On dirait du Disney… mais attention, à la sauce Adult Swim.
"Beneath the trees" est une totale réussite, qui parvient à mêler tension, poésie et noirceur dans un écrin visuel somptueux. Un bijou graphique et narratif à ne pas manquer.
Ours est vraiment très fatigué, il ne tient plus debout. C’est donc le moment pour lui d’aller se coucher et enfin se reposer. Enfin, pas vraiment, son voisin Canard, charmant au demeurant, est quelque peu bruyant, mais surtout incroyablement envahissant…
« Dis Ours, tu dors ? » est un album au ton humoristique et léger. L’auteur construit sa comédie autour d’une seule situation, mais agrémentée, page après page, de surprises, de répétitions et de beaucoup de folie. Il utilise simplement deux protagonistes, Ours et Canard, chacun dans un style différent, voire opposé et donc fonctionnant sur le modèle des spectacles de clowns : l'un est l'auguste (fruste, outrancier et désordonné), l'autre le clown blanc (sérieux, intelligent et rationnel). Les illustrations de Benji Davies jouent également un rôle important dans cette comédie. Son trait épuré montre l’essentiel, il ne s’encombre pas de décors, utilise certes un peu de texture, mais pas trop. L’important est de se focaliser sur les personnages, leurs faciès et autres postures sont irrésistibles !
« Dis Ours, tu dors ? » fait partie de la série « Dis Ours », dont chaque album procure un agréable moment de lecture et rend indéniablement accro à nos deux énergumènes.
Quelque part en Amérique, aux portes de la ville de New-York, se trouve un lieu qui s’appelle Jamaica Bay. C’est une baie qui aurait pu être un joli lieu de promenade, si certain·es n’avaient pas décidé d’en faire une décharge géante à ciel ouvert. A l’entrée de cette décharge se trouve un petit cabanon et dans ce cabanon se trouve Monsieur Johnson. Cette décharge pue, pollue, les ordures tombent dans l’océan : cela rend Monsieur Johnson très malheureux. Un dimanche, il décide de se rendre au grand marché aux fleurs de la ville de New York, et il se met à planter des graines sur les montagnes d’ordures. Et peu à peu, Jamaica Bay va se transformer en réserve merveilleuse pour faune et flore extraordinaires…
« La bonne idée de Monsieur Johnson » donne à découvrir ce personnage discret, et peu connu du grand public. Cette histoire n’a pas fait le tour du monde, et pourtant Herbert Johnson, petit pas après petit pas, dans son coin, a beaucoup œuvré pour l’écologie et la biodiversité.
Les illustrations de Rémi Saillard sont très parlantes, et le lecteur voit bien la dualité entre l’avant (la décharge est illustrée dans les tons gris, noirs, avec des couleurs sombres) et l’explosion de couleurs qu’on retrouve sur les plantes et les oiseaux qui reviennent nicher à Jamaica Bay après le travail engagé par Monsieur Johnson.
Le thème de l’écologie est un sujet abondamment traité ces dernières années en littérature jeunesse, mais cet album se distingue par son ton nullement moralisateur, au contraire, et véhicule le message que chacun·e, à sa hauteur, peut apporter sa pierre à l’édifice de la sauvegarde de la biodiversité.
En cet été de 1974, dans la banlieue irlandaise de South Boston, Mary Pat Fennessey mène une existence routinière avec sa fille de 17 ans ‘’Jules’ ’Toutes deux, s’opposent à la politique de déségrégation de la ville, voulant forcer les élèves ‘’blancs’’ et ‘’noirs’’, à aller au lycée ensemble. Un soir l’adolescente ne rentre pas chez elle et disparait. Au même moment un jeune noir est retrouvé mort sous les rails du métro.
L’auteur relate un drame inspiré de faits réels et, dans un climat de violence et de racisme, dévoile le côté sombre de l’Amérique à travers le parcours d’une mère héroïque prête à tout pour découvrir la vérité et retrouver sa fille.
« Le Silence » devient ainsi une véritable prise de conscience : un cri du cœur porté par le portrait bouleversant d’une femme déterminée, qui invite à réfléchir aux origines du racisme actuel aux États-Unis, à s’ouvrir au changement, à rompre avec un héritage ségrégationniste et à cesser de transmettre aveuglément la haine de l’autre, car la misère sociale ne doit jamais rimer avec pauvreté intellectuelle.
Une intrigue poignante qui nous tient en suspend jusqu’à la fin.
Depuis une certaine soirée, Mélinda est devenue une paria dans son lycée. Jour après jour elle subit les brimades de ses camarades et l’aveuglement de ses professeurs. Ses seuls moments de paix se passent dans un local d’entretien désaffecté où elle s’est créé un nid douillet et a érigé en dieu protectrice « Maya Angelou », artiste et militante américaine pour les droits civiques. Lorsqu’elle rentre au domicile familial, elle ne trouve pas non plus le soutien dont elle a besoin. Restant dans un certain mutisme, ses parents ne lui reprochent que ses faibles résultats scolaires et son manque de travail, sans réellement voir sa détresse. Pourtant, loin de faire une crise d’adolescence, Mélinda cache un drame, une histoire dont elle ne peut parler, mais qui la ronge à petit feu... Adapté du roman éponyme, l’histoire de Mélinda ne nous laisse pas indifférent. Elle traite d’un sujet grave et difficile : le viol. L’action se situe quelques semaines après le crime et dépeint le quotidien de la victime, enfermée dans son mutisme par peur, par honte. Nous assistons à sa chute vertigineuse dans les abysses du cauchemar, à sa coupure avec le monde. Si le récit nous parait si juste c’est qu’il raconte la véritable histoire de l’auteure, Laurie Halse Anderson, violée à l’âge 13 ans, mais qui a réussi à surmonter cette horreur. Elle nous livre donc ici un témoignage puissant, mais loin d’être dans le mélodrame, il donne une leçon de force et de courage. Il dépeint le quotidien de ces victimes d’actes odieux, mais nous livre aussi un message d’espoir, de reconstruction. « Speak » est une œuvre salutaire, à prescrire tant il est source de compréhension et de force. Alors, grand merci Madame Laurie Halse Anderson, pour toutes ces femmes que vous rendrez libres. - Michaël
Bernard Lavilliers chantait à une époque « On the road again again... » et c’est littéralement le petit air qui nous trotte dans la tête juste après avoir lu ce reportage sur la France et ses habitants. Olivier Courtois, journaliste, a décidé un jour de tout plaquer et de partir pour l’inconnu en auto-stop sur les routes de France. Dans ce très bel album, riche de paysages et de rencontres aléatoires, il nous raconte son périple, nous parle de l’Homme et de cette formidable diversité qui fait la France. Triste, tendre, drôle et plein d’espoir, ce titre est un Road-movie documentaire qui saura parler à tous. - Michaël
Zazie a un chat, Roudoudou, qui se comporte comme tous les autres chats c'est à dire qu'il passe sa journée à manger et dormir... jusqu'au jour où Roudoudou se mets à parler ! mais ce n'est pas tout, il est vraiment très très étrange, il a les yeux jaunes fluo et développe une passion alimentaire particulière pour les ordures... qu'est-il arrivé à Roudoudou ? Et si il avait été remplacé par ... un extra terrestre ?
Ce petit roman, plutôt court et qui se lit très bien, saura te captiver de la première à la dernière page grâce à son rythme trépidant et à son intrigue pleine de mystère. le personnage principal, Zazie, est très attachante et la créature qui ressemble à Roudoudou lui en fait voir de toutes les couleurs...
A lire ans hésitation !
Solange et Albert grandissent sans amour dans un monde cruel et stupide où les adultes comme les enfants les rejettent et pire parfois, les maltraitent. Ils poussent comme ils peuvent, sans tuteur, un peu bancals jusqu’au jour où ils se rencontrent. Adossés l’un à l’autre, puis enlacés, ils puisent dans cette union le courage et la force nécessaires pour vivre.
Ils grandissent essayant tant bien que mal de s’intégrer, avec le peu de moyens qu’ils ont, dans cette société qui n’a jamais voulu d’eux. Jusqu’à ce jour, au bord de la mer, où une énième provocation fait basculer leur existence, car Solange et Albert se sont construits seuls, à l’écart, avec leurs propres valeurs, leurs propres règles et leur propre justice.
L’histoire bouleversante de la fuite en avant ou plutôt en arrière de ce couple, à la recherche, désespérément, de ce qui leur a toujours manqué : l’amour d’un parent.
Un récit entraînant et surprenant, entre ombre et lumière, dans lequel alternent la délicatesse des sentiments et la violence meurtrière. Un magnifique roman noir qui nous plonge avec maestria dans la psychologie de ses deux êtres sacrifiés.
Mais l’expérience ne s’arrête pas là, le roman fait partie intégrante d’un projet plus large constitué également d’une série. Une œuvre complète qui nous permet de retrouver dans le téléfilm les personnages du livre et son auteur, quelques années plus tard. Une mise en abîme géniale qui offre un nouvel éclairage à l’intrigue. C’est à la fois très bien écrit et merveilleusement joué, par des acteurs de talent : Niels Arestrup, Sami Bouajila, Alice Belaïdi… Une grande réussite !
Un dernier conseil : lisez le roman avant de regarder la série, la découverte en sera d’autant plus belle.
Saviez-vous que l'ocelot sert parfois de repas à ses cousins plus gros que lui ? que les jaguars rivalisent avec Usain Bolt au sprint, mais aussi avec Florent Manaudou à la nage ?
Un style graphique original et maîtrisé, des explications claires et souvent surprenantes : que vous aimiez les félins ou non, ce très bel album documentaire se déguste, pour petits et grands. Nolwenn
Monsieur Henri vit dans un arrêt de bus depuis déjà très longtemps. Tellement longtemps que plus personne ne le remarque vraiment. Un jour, par le plus étrange des hasards, un éléphanteau vient s’asseoir à côté de lui.
Qu’il est beau ce petit éléphant, mais comme il a l’air triste… C’est décidé, Monsieur Henri va l’aider à retrouver sa famille même si pour cela il doit, un temps, quitter son abri…
« L’arrêt de bus » est un très joli album sur l’amitié et l’entraide. L’autrice délivre un texte certes court, mais empli d’une abondance d’émotions. D’une grande sensibilité, par moment mélancoliques, ces mots nous enveloppent d’une couverture de bien-être.
Ils sont en parfaite harmonie avec les délicieuses illustrations, au style « anglais » de Juliette Lagrange. Un travail pictural remarquable tant par le trait, fin et délicat, que par la mise en couleur : des aquarelles savamment travaillées, aux couleurs justes et équilibrées.
Leur travail de mise en scène est également à souligner, mélangeant allègrement illustrations pleine page, magnifiques de détails et saynètes plus intimistes, propices à l’émotion.
« L’arrêt de bus » est un très bel album, tout en retenue, propice à la lecture en famille.
Godan Stankovic n’est pas un mauvais bougre, il souhaite travailler, se faire un peu d’argent pour aider la famille et surtout gâter sa petite fille chérie à la santé fragile. Cependant, malgré toute sa bonne volonté, les portes se ferment : son permis de conduire n’étant plus en règle, il ne trouve plus de travail. Sauf un petit plan facile, sans risque avec un max de blé à la clé, mais avouons-le, ce n’est pas très légal. Malheureusement pour Godan, le plan tourne au fiasco et il est arrêté par la PJ. Cet événement va dès lors marquer un tournant dans sa vie. Sous la pression, il n’a d’autre choix que de devenir... un indic’, au péril de sa vie... « GoSt111 » a remporté cette année le Fauve Polar SNCF, il le mérite bien tant le récit est solide et réaliste. Normal, me direz-vous, puisque le scénario a été coécrit avec un ancien commissaire. Son savoir, ses connaissances donnent une véritable authenticité à cette histoire de flics et de truands, dont l’atmosphère prenante, pesante vous embarque littéralement dans un monde empli de « survivants ». Le ton et les dialogues sont justes, pas de diatribe dithyrambique à n’en plus finir pour cacher la faiblesse d’un scénario, non ici tout est à sa place, les mots, les répliques, les silences... On s’attache bien sûr à Goran, qu’aurions-nous fait à sa place ? Comment donner un sens à une vie si difficile, sans espoir ? Marion Mousse, l’illustrateur, réalise quant à lui des planches somme toute d’aspect classique, sobre, mais très efficace, donnant encore plus de réalisme à ce destin. « GoSt111 » est un polar, une fiction, une œuvre qui étend, sans peut-être le vouloir à la base, son rôle de pure divertissement à celui d’étude sociologique et/ou philosophique de notre société. Alors ne serait-ce que pour cela, félicitations ! - Michaël
Connaissez-vous la Mary Celeste ? Ce bateau qui, parti de New York en 1872, a été retrouvé un mois plus tard, voguant sans son équipage qui avait disparu avec le canot de sauvetage. Les marins y ont abandonné tous leurs effets personnels, vêtements de pluie, pipes. Comme s'ils avaient dû partir précipitamment…
Mais le bateau, quand il est retrouvé, est parfaitement en état de naviguer, même après dix jours sans équipage. Les relevés météorologiques indiquent un temps clément au moment de la disparition. Alors, que s'est-il passé ?
Stéphane Michaka, romancier, s'est penché sur la question, et il est certain de le savoir. Dans De larmes et d'écume, il propose à travers l'enquête de Spotty et Basil une réponse qui tient la route, et qui éclaire peut-être le plus grand mystère de l'histoire de la navigation…
Un roman émouvant et addictif sur une énigme passionnante. Alors, mystère résolu ? Qui sait…
Et pour aller plus loin : "Les fantômes de la Mary Celeste", épisode du podcast In Tenebris, Avec Marine Benoit et Stéphane Michaka.
Dans la petite ville de Monta Clare, nichée dans la région des Ozarks, Patch, 13 ans, disparaît après avoir sauvé une adolescente d’un enlèvement. Saint, sa meilleure amie, met tout en œuvre pour le sauver. Lorsqu’il est retrouvé plusieurs mois plus tard, presque mort, il prétend avoir été séquestré avec une jeune fille, Grace, qui reste introuvable. Beaucoup pensent qu’il délire, mais lui et Saint feront tout pour la retrouver…
Chris Whitaker signe un roman magistral. S’étalant sur plus de trente ans, ce récit imprévisible met en œuvre des émotions complexes et bouleversantes. L’auteur dissèque avec beaucoup de finesse la psychologie des personnages, tous plus attachants les uns que les autres. Toutes les nuances de la nuit montre le talent de Chris Whitaker pour explorer en profondeur les troubles de l’adolescence et la façon dont les traumatismes pèsent sur l’âge adulte.
Dans la quête de Patch et Saint, chaque élément a un rôle à jouer et rien n’est laissé au hasard. Des révélations toujours inattendues font monter la tension, et l’auteur nous fait avancer dans un univers oppressant, entre espoir et désespoir : on passe par toutes les émotions.
Un livre magnifique et époustouflant, qu’on lit d’une traite malgré ses 800 pages : les chapitres très courts rendent la lecture dynamique et on ne peut plus lâcher ce récit prenant. Un roman noir, mais aussi tellement lumineux grâce à ses personnages : Saint, Patch, Norma, Sammy, Misty… débordants d’humanité, d’amitié et d’amour.
On se souviendra longtemps de l’histoire du « pirate et de l’apicultrice »…
Dans la petite ville de Monta Clare, nichée dans la région des Ozarks, Patch, 13 ans, disparaît après avoir sauvé une adolescente d’un enlèvement. Saint, sa meilleure amie, met tout en œuvre pour le sauver. Lorsqu’il est retrouvé plusieurs mois plus tard, presque mort, il prétend avoir été séquestré avec une jeune fille, Grace, qui reste introuvable. Beaucoup pensent qu’il délire, mais lui et Saint feront tout pour la retrouver…
Chris Whitaker signe un roman magistral. S’étalant sur plus de trente ans, ce récit imprévisible met en œuvre des émotions complexes et bouleversantes. L’auteur dissèque avec beaucoup de finesse la psychologie des personnages, tous plus attachants les uns que les autres. Toutes les nuances de la nuit montre le talent de Chris Whitaker pour explorer en profondeur les troubles de l’adolescence et la façon dont les traumatismes pèsent sur l’âge adulte.
Dans la quête de Patch et Saint, chaque élément a un rôle à jouer et rien n’est laissé au hasard. Des révélations toujours inattendues font monter la tension, et l’auteur nous fait avancer dans un univers oppressant, entre espoir et désespoir : on passe par toutes les émotions.
Un livre magnifique et époustouflant, qu’on lit d’une traite malgré ses 800 pages : les chapitres très courts rendent la lecture dynamique et on ne peut plus lâcher ce récit prenant. Un roman noir, mais aussi tellement lumineux grâce à ses personnages : Saint, Patch, Norma, Sammy, Misty… débordants d’humanité, d’amitié et d’amour.
On se souviendra longtemps de l’histoire du « pirate et de l’apicultrice »…




