Conseils lecture
Il y a trois ans, la ville de Poughkeepsie fut l’objet d’une mystérieuse catastrophe. Depuis, la ville est mise en quarantaine. Là-bas la réalité a été altérée et les dangers sont multiples. Malgré cela, Addison est l’une des rares à braver l’interdiction et y pénétrer. Elle prend des clichés de la zone afin de les monnayer à de riches collectionneurs. Vénale, elle ne l’est pourtant pas, cet argent sert à aider sa sœur, une des rares survivantes de la « Spill Zone ». Pourtant Addison va accepter un dernier contrat qui, si elle le réussit, les mettra à l’abri du besoin. La « Spill zone », il est si facile d’y entrer... mais de plus en plus hostile et difficile d’en sortir. Récit complet en deux volumes « Spill zone » est une des bonnes surprises de cette année. L’œuvre est très bien écrite, étrange, inquiétante et pleine de suspense et de rebondissements. A aucun moment on ne s’ennuie, on tourne les pages de l’album avec frénésie tant il est difficile de se détacher du récit. Cette intrigue, si bien ficelée, si bien amenée, est une réussite en terme d’écriture de de narration. L’illustration est également un pan important de l’œuvre puisqu’elle intensifie la tension du récit par son trait unique et une mise en couleur alternant des tons sombres et criards. Voici donc un comics de haute qualité, complet en deux volumes, qui saura séduire le lecteur exigeant. - Michaël
« Une histoire d’Ours » est une immersion bouleversante au cœur de l’Alaska sauvage. On y suit Birdie, une jeune mère qui élève seule sa fille Emaleen dans un village isolé. Lorsque surgit Arthur, un ermite doux et mystérieux vivant dans une cabane perdue au fond des bois, Birdie se laisse séduire et accepte de tout quitter pour le rejoindre.
Commence alors une vie rude, sans électricité ni téléphone, rythmée par la chasse, la pêche et les caprices de la nature. Mais l’isolement révèle autant les beautés du monde que les zones d’ombre des êtres humains. À mesure que mère et fille s’adaptent à cette existence primitive, le comportement d’Arthur devient de plus en plus troublant, comme si la forêt réveillait en lui une part sauvage qu’il ne maîtrise plus.
Raconté en grande partie à hauteur d’enfant, ce roman mêle réalisme, tension sourde et une pointe de magie. Les paysages sont d’une beauté saisissante, les personnages profondément attachants, et l’atmosphère enveloppante laisse une empreinte durable. C’est un récit qui interroge notre rapport à la nature, à l’instinct, à la famille, et qui continue de résonner longtemps après la dernière page.
Gabriel, homme au tempérament bien trempé, réussit à racheter le domaine forestier équatorial perdu il y a plusieurs générations par sa famille. Son but est de lui rendre son prestige d’antan et par-delà même, celui de son lignage. Dans son rêve, il va entraîner ses deux aînés qu’il connaît à peine, Mathilde et Simon. Il les arrache à leur mère, les sépare de plus de 5000 kilomètres pour leur faire découvrir un nouveau monde : l’Afrique. Cette nouvelle relation père/enfants, qui plus est dans un milieu inconnu, ne se fera certainement pas sans fracas, mais aveuglé par son égoïsme, Gabriel ne verra pas le drame qui se joue sous ses yeux. Après la lecture de cet album, récit complet en un volume, qui peut encore dire que la bande dessinée n’est pas de la littérature ? Pierre-Henry Gomont est un auteur qui manie la plume avec habileté et magnificence. En quelques lignes, il nous happe dans son univers. Son habileté à jouer avec les mots est l’un des points forts de l’artiste, mais son talent d’illustrateur n’est pas en deçà. Son trait est vivant et dynamique. Nous oscillons entre de pleines pages sauvages montrant la jungle équatoriale et des scènes plus intimistes entre les personnages où le style expressionniste de l’auteur fait mouche. Le récit est quant à lui certes passionnant, mais aussi émouvant. Véritable saga, nous assistons au lent, mais inévitable, éclatement de la structure familiale. Les relations entre les personnages sont fortes, on y ressent l’amour comme la haine, la peine comme la joie. Cela est dû au-delà de la qualité du dessin, à la justesse des caractères et de la psychologie des personnages. Une certaine forme de liberté se dégage de l’œuvre et au final, également beaucoup d’amour pour ce père par trop excessif... Lisez cette œuvre, découvrez cet auteur hors norme, vous ne pourrez que tomber sous son charme. - Michaël
Dans un monde où les humains semblent ne plus exister et où les villes sont habitées par des robots mélancoliques, incarnez un chat errant et parcourez une immense cité pour résoudre le mystère qui l'entoure. Vous pourrez dormir dans des cartons, faire tomber des objets des tables, fouiller dans des sacs, faire vos griffes partout… Mais attention à ne pas vous laisser distraire ! Les androïdes ont besoin de vous pour quitter leur sombre cité.
Développé par BlueTwelve Studio, Stray est un excellent jeu indépendant à l'ambiance très particulière. Porté par une très belle bande originale et des décors magnifiques, le jeu vous laisse le loisir d'explorer la ville dans ses moindres recoins afin de trouver ce qui est arrivé aux humains… et surtout, comment quitter cette prison qui sert de ville aux robots.
et si on en parlait en BD
Le droit à la fin de vie
Depuis de nombreuses années déjà, les débats autour du droit à l'euthanasie et au suicide assisté sont présents dans notre société, mais ces pratiques restent illégales en France.
La loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie (dite loi « Léonetti ») affirme, sous certaines conditions, un droit au « laisser mourir » sans souffrance évitable et dans le respect de la dignité du patient. Cependant, pour beaucoup, cela ne suffit pas et iels souhaitent une nouvelle loi légalisant 'l'aide active à mourir'. Le débat reste donc ouvert...
Nous vous proposons de découvrir trois bandes dessinées ayant pour sujet le droit à la fin de vie choisie. Elles donnent matière à penser par leurs récits fictifs ou inspirés de faits réels, à comprendre ce sujet de grande importance. Des récits tendres, émouvants, et paradoxalement emplis d'espoir comme jamais.
En toute conscience
de Livio Bernado et Olivier Peyon
Éd. Delcourt
La dame blanche
De Quentin Zuttion
Éd. Le Lombard
Mes mauvaises filles
De Zelba
Éd. Futuropolis
Chaleur est un petit récit, 146 pages, mais grand par son intensité. Deux protagonistes que tout oppose sauf un but ultime : gagner le championnat du monde de Sauna. Chapitre après chapitre, se dévoilent nos héros, Niko, hardeur débridé, contre Igor, un ancien soldat russe d'une froideur méticuleuse. Ici pas de héros, pas de méchant, on ne peut prendre position pour l’un ou l’autre. Témoins, nous assistons à une course contre le temps, la vie et peut-être tout simplement à la rédemption de Niko et Igor.
Le bonheur se cache au fond de chacun·e de nous, mais également partout autour. Le bonheur est-il dans la nature qui nous entoure ? partager un repas avec ses ami·es, rire aux éclats, est-ce ça le bonheur ? Ou bien sentir battre son cœur, être amoureux·ses ? Être entouré·e de ceux et celles qu’on aime ? Et pourquoi passer sa vie à le chercher, à en vouloir toujours plus, alors qu’il se trouve juste sous nos yeux ?
Dans cet album aux illustrations foisonnantes et chatoyantes, Peggy Nille nous offre une réflexion à hauteur d’enfant sur le thème du bonheur. Tout au long du récit, la/le lecteur·rice suit les questionnements philosophiques d’un petit pingouin. Avec beaucoup de poésie, l’autrice passe un message : à quoi bon s’épuiser à courir après le bonheur, quand parfois il suffit d’apprécier ce que l’on a déjà pour être heureux ?
Les illustrations oniriques et colorées sont une invitation à la rêverie et à l’observation. Les paysages nordiques, la banquise, la taïga ou les fonds marins sont luxuriants. Les lecteur·rices pourront s’amuser à retrouver les petits détails qui s’y cachent car « Chercher le bonheur » est également un cherche-et-trouve.
« Chercher le bonheur » est une belle porte d’entrée pour amorcer une discussion sur le sujet du bonheur avec son enfant ou tout simplement, passer un joli moment de lecture et de jeu en famille.
Raven, petite fille rigolote et maligne, a perdu son chemin et ses parents. Vu qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, elle va quémander l’aide à un ours, qui lui est plutôt du genre grognon et solitaire. Pourtant, celui-ci va accepter sans se douter que cette aventure sera bien plus longue et compliquée que prévue... Agréable surprise que cette bande dessinée jeunesse qui nous vient du Brésil. A l’origine publiée en ligne, elle fait aujourd’hui l’objet d’une adaptation en album. Drôle, inventive, l’histoire se lit avec beaucoup de plaisir tant les rebondissements sont fréquents. Les illustrations sont belles et colorées, servies par un découpage original. On s’amuse énormément à la lecture de ce récit, mais on cogite également pas mal, la faute à de nombreuses énigmes qui parsèment la quête de nos amis. Un duo improbable à découvrir rapidement. - Michaël
Hannah Hoshiko est une Nissei, elle est née de parents japonais dans un pays étranger : le Canada. Boucs émissaires au lendemain de la crise de 1929, puis persécutés suite à l’alliance de leur pays avec l’Allemagne nazie, les japonais·es survivent comme iels peuvent dans un pays hostile, pliant l’échine sous les coups répétés de l’administration et de la population.
Jack est blanc, après le décès de sa mère, son père s’est remarié avec une indienne autochtone. Fuyant la « civilisation » il a adopté depuis longtemps le mode de vie des peuples premiers. Il est « creekwalker », son travail consiste à compter les saumons, afin d’établir des quotas de pêche et de préserver, ainsi, l’écosystème de la forêt.
C’est le récit de ces deux êtres, à la marge, que fait avec force sensibilité l’autrice, Marie Charrel. Tour à tour bousculés par l’injustice, heurtés par la mort, blessés par la barbarie, iels perdent l’équilibre, glissent dans les ravines, s’accrochent aux branches et se relèvent chancelants. Les yeux ébahis, le souffle court, nous nous laissons emporter par cette merveilleuse chorégraphie, où s’entremêlent l’opiniâtreté des combats, la confusion des sentiments et la beauté sauvage des paysages.
Une danse, pleine de mystère où se tissent des liens inattendus. Un magnifique roman construit sur cette question, pierre angulaire : comment trouver dans l’imperfection du monde la beauté nécessaire à la résilience ?
Yeowoo a 5 ans lorsque ses parents, le jour de son anniversaire, lui annoncent leur séparation. Depuis ce triste jour, elle vit avec sa tante et son grand-père sans jamais aucune nouvelle de sa maman et à peine plus de son père.
Se sentant abandonnée, elle ne sera jamais vraiment en paix, toujours en colère et repliée sur elle-même. Elle ne liera pas de lien affectif avec ses nouveaux tuteur·rices, ni ne se fera de nouveaux ami·es. Cependant, la jeune renarde va rencontrer Paulette, un poule sans poussin qui, attendrie par le caractère revêche de Yeowoo, va la prendre sous son aile…
Yunbo, autrice sud-coréenne, nous propose un récit plein de charme et de tendresse dont le thème, l’abandon, est traité avec beaucoup de justesse. Cette petite renarde - les personnages de cette œuvre sont anthropomorphes – est, malgré son sale caractère, attachante. On se prend vite d’affection pour cette petite fille dont la vie a basculé sans qu’elle en comprenne les raisons. Ses colères, ses bouderies, mais aussi ses émerveillements sont autant de moments forts partager, le personnage en deviendrait presque réel tant les situations sont crédibles et plausibles. Paulette, la poule, n’est elle-même pas en reste, puisqu’elle aussi possède une personnalité rare, délicate, tournée vers le partage et l’entraide. Ce duo, pour le moins étonnant, poule et renarde, trouve un équilibre parfait entre fougue et calme, colère et apaisement. La transmission de l’adulte vers l’enfant se fait petit à petit et, témoins privilégiés, nous observons Yeowoo s’épanouir pour devenir enfin elle-même.
Yunbo est aussi une dessinatrice talentueuse. Ses illustrations, aux traits fins et minutieux, sont expressives et aquarellées parfaitement, donnant ainsi beaucoup plus de douceur et de relief à cette bande dessinée.
« Seizième printemps » est une bande dessinée jeunesse, récit complet de 112 pages qui plaira aux enfants avides de découvertes et d’œuvres différentes.
Beaucoup de tensions sur l’île où vit Léni. Sa femme l’a quitté, emmenant leur fille avec elle, l'entreprise où il travaille bat de l'aile et... un pont va relier l'île au continent. Cette nouvelle scinde la population en deux, les pro et les anti pont. L'auteur dresse un portrait de ces hommes de la mer dont le métier devient précaire et qui aiment se retrouver après le travail au bar du village, au son de l’accordéon. Le pont, on ne parle que de ça ! Ce « monstre » divise, attise les colères, fait craindre le changement, la fin du ferry, les invasions de touristes sur leurs terres préservées. Léni ne s'implique pas, il a aussi d'autres tourments. Heureusement il y a la mer, qui console, qui lui donne un sentiment de liberté !
L’atmosphère marine est prégnante. La construction du pont, en cinq phases structure le récit, en est le fil conducteur. Au fur et à mesure de l’avancée des travaux, les tensions montent avec en toile de fond, la symbolique du pont entre deux rives, qui, en amour comme en amitié, peut apporter le bon comme le mauvais.
Un roman plaisant, aux nombreux dialogues. A sa lecture, on ne peut s'empêcher de penser à ce qu'on dû vivre les insulaires de l’île de Ré en pareille situation !
Les scènes où les habitants se retrouvent dans ce café chaleureux m'ont rappelé Les déferlantes de Claudie Gallay. Catherine
Il y en a une qui n’a visiblement pas envie de dormir. Alors, lorsque son papa s’apprête à éteindre la lumière, une question jaillit : et pourquoi ci… ? Et pourquoi ça… ? Les réponses, le papa ne les a pas toutes, mais par contre, niveau imagination, il est plutôt très fort… Voici un merveilleux album proposé par les éditions « Little Urban » qui sont coutumiers du fait. Ils nous font découvrir l’œuvre deux aut.eur.rices de talents : Marc Barnett et Isabelle Arsenault. « Parce que » est de ces albums qui marque, qui reste dans vos esprits, non pas parce que la thématique est originale, mais parce qu’il a ce petit quelque chose de plus, de différent. Il se lit et s’appréhende différemment selon les sensibilités, pour certains l’aspect humoristique ressortira, pour d’autres la tendresse véhiculée ou encore par moment le léger parfum de mélancolie. Le texte est court, mais nul besoin de nombreux mots lorsque ceux que vous utilisez sont les bons. D’ailleurs, ils s’effacent rapidement pour laisser libre cours à l’imagination du papa et de sa petite fille. C’est alors qu’Isabelle Arsenault, illustratrice, prend le relais et nous entraine dans des univers incroyables. Ici, c’est moi qui manque de mots pour décrire les illustrations, tant elles sont magnifiques. Sur papier brun, elle couche au crayonné personnages et décors qu’elle volumise avec des jeux d’ombres et de lumières, aux couleurs aquarellées. Pleine page ou double page, ces incroyables dessins vont vous fasciner. « Parce que » est un incontournable qui plaira à tous et auquel chacun pourra s’identifier. - Michaël
Conseils lecture
Dans la cour de l’école, derrière le gymnase, il y a un trou, pas un petit, mais pas un trop profond non plus. Un juste de la bonne taille pour que toute la classe d’Emma s’y sente bien et décide d’en faire un super espace de jeux.
Les histoires d’Emma Adbåge ont un parfum unique, celui de l’authenticité. Ses histoires sentent bon l’enfance et se projeter dedans éveille inévitablement nos souvenirs. Ce titre en est une parfaite illustration puisqu’il nous renvoie directement dans la cour de l’école. Pas de magie, ni de monstre ou autre créatures fantasque, non, ce qui est mis en exergue est le pouvoir de l’imagination dont font preuve les enfants. Ce pouvoir qu’une fois adulte nous perdons. Cela donne une légère brise mélancolique, mais qui ne souffle pas sur les plus jeunes lecteur.rices, trop occupé.es à s’imaginer poursuivre l’aventure avec leurs ami.es. Les illustrations d’Emma Adbåge sont, comme à son habitude, subtiles et délicates. Son style graphique bien particulier et sa palette de couleur nous éblouissent à chaque page si on y prête suffisamment attention. De multiples détails, des traits et des lignes de fuite qui souvent se chamaillent, mais qui rendent l’ensemble cohérent, à la frontière entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Comme si Emma n’avait pas su choisir. Une autrice/illustratrice suédoise à suivre... - Michaël
Mallory, 15 ans, et son père se sont lancés un défi : faire ensemble l’ascension du mont Everest. Iels ont suivi une longue préparation en amont, notamment la montée du Qomolangma culminant à 8000 mètres. L’aventure commence dans le camp de base, au pied de la montagne, avec les différents allers-retours par palier afin d’acclimater le corps à l’altitude, à l’effort et au manque d’oxygène.
La jeune fille ne craint pas le vide ni les épreuves, mais elle ne se doute pas dans quoi elle s’est embarquée. L’expédition va lui réserver bien des surprises plus ou moins agréables.
« 8848 mètres » n’est pas uniquement la hauteur de l’Everest ou un roman sur la montagne et l’alpinisme, même si chaque étape de l’expédition est extrêmement bien documentée. Les personnages sont attachants et l’écriture fluide nous accroche à la cordée pour nous tenir en haleine tout au long de l’aventure.
L’autrice nous fait découvrir également l’autre facette du « Toit du Monde », les comportements de femmes et d’hommes peu scrupuleux·ses qui abandonnent leurs déchets, le travail des associations pour nettoyer et sensibiliser le public à l’écologie et au réchauffement climatique. C’est aussi une approche du bouddhisme et de la spiritualité. La confrontation à la mort est évoquée puisque chaque année des personnes périssent en montagne.
Silène Edgar nous offre un roman « vertigineux » , plein de courage, d’entraide et de persévérance.
En suivant la quête de Mallory, je suis passée par toutes sortes d’émotions. Je ressors de cette lecture avec des envies de défis et de sommets à atteindre.
Les Willoughby sont une bien drôle de famille. Tim, Barnaby A, Barnaby B et Jane, les quatre enfants, se verraient bien comme ces orphelins qui vivent des aventures en tous genres dans des vieux livres poussiéreux. Seulement voilà, ils ont un problème : des parents. Des parents qui ne connaissent même pas leurs prénoms. Déterminés à devenir orphelins, ils vont tout faire pour se débarrasser d'eux…
Des enfants malheureux, des parents exécrables, une nounou, un vieux milliardaire esseulé, un bébé abandonné : tous les ingrédients d'un "roman vieux jeu" sont là, et d'ailleurs la narration n'est pas sans rappeler les fameux Orphelins Baudelaire… en moins dramatique ! De situations absurdes en dialogues décalés, ce roman est une parodie drôle et percutante des "vieux livres poussiéreux" auxquels il fait référence. On en redemande !
Demi sang, second titre de l'univers Les Ogres-Dieux est comme le précédent volume Petit, une claque ! Un scénario en béton où les personnages évoluent dans des intrigues qui vous tiennent en haleine jusqu'au bout. Et que dire du dessin de Bertrand Gatignol, une pure merveille de précision, qui comme l'intrigue, est sans faille. Les Ogres-Dieux est un univers étrange peuplé de géants et d'un mystère qui enfle album après album, pour à n'en pas douter, un dénouement qui ne saurait nous laisser de marbre.
Enfant, ses parents s'occupaient d'elle. Aujourd'hui adulte, c'est elle qui doit s'occuper d'eux. Ils sont âgés, fatigués, dépassés par un monde qui n'est plus vraiment le leur et qui va beaucoup trop vite. Ils ne veulent pas quitter leur doux foyer pour une place en maison de retraite. Alors, régulièrement, elle va les voir, elle prend soin d'eux, elle vérifie que tout se passe bien. Quelquefois, tels des enfants, il faut les sermonner, les cajoler et réparer ce qui semble être irréparable.
Dans ce récit authentique sur la vieillesse, Joyce Farmer nous livre son témoignage sur la difficulté rencontrée lorsque des personnes âgées refusent l'inéluctable : la maladie et la perte d'autonomie. Dure et touchante à la fois, cette histoire dépeint le quotidien de ces familles qui, au jour le jour, vivent dans l'angoisse d'un malheur. Une belle leçon d'humanisme. - Michaël
« Les ateliers » est un livre remarquable. Il nous fait entrer dans l’intimité de 24 illustrateurs et illustratrices par la grande porte, celle de leur atelier. Croquis, photographies et interviews alimentent ce documentaire riche en anecdotes et en conseils. Il nous invite à comprendre le processus créatif, certes propre à chacun et à chacune, mais dont on peut s’inspirer, l’adapter pour ensuite se l’approprier.
« Les ateliers » est un très beau livre au contenu et à la maquette irréprochables et bien sûr disponible dans votre espace coolturel.
Une série de meurtres effroyables affole la ville de Gotham. Pour résoudre cette affaire, le meilleur détective du monde, Batman, est appelé en renfort. Cependant, cette enquête va le mener dans une machination sans pareil où le tueur sanguinaire ne serait que la porte d’entrée d’une affaire bien plus sordide…
Batman Dark Party est une saga en quatre volumes qui présente, dans chacun des albums, un récit policier complet. Les auteurs, via cette série, renouent avec le Batman de la fin des années 30, qui, bien avant d’être un super-héros se battant contre des menaces cosmiques, était avant tout un personnage élucidant moult affaires par sa réflexion et ses qualités de détective.
Dans cet album, une atmosphère sombre et inquiétante est de suite installée, elle transpire l’angoisse. Batman est présent, mais pas son alter ego Bruce Wayne, ce qui laisse entièrement la place à l’enquête, dont le mystère tient en haleine jusqu’à la dernière page. Nous suivons notre héros, bien plus humain, bien plus fragile, un parti pris des auteurs pour le rendre accessible. Les illustrations et les cadrages d’Hayden Sherman dénotent également de la production régulière. Il apporte un dynamisme et une fraîcheur rarement atteints ces dernières années.
Avec "Batman Dark Party", les auteurs signent une œuvre dense et captivante, qui rend hommage aux racines les plus sombres du Chevalier Noir. Ce premier volume donne le ton d’une saga prometteuse, où l’enquête prime sur l’action, et où Batman redevient ce qu’il est fondamentalement : un détective traquant les ombres.
In Waves est un livre poignant, d’une sensibilité rare, mais surtout une des plus belles déclarations d’amour que j’ai lue. Cette bande dessinée, ou plutôt ce roman graphique, est une autobiographie de l’auteur qui nous raconte en toute sobriété son histoire d’amour avec Kristen, atteinte d’ostéosarcome, un cancer des os. Il nous livre avec pudeur leur histoire, de leur première rencontre maladroite à l’au revoir déchirant. Bribe par bribe, témoignage après témoignage, nous faisons la connaissance de la belle Kristen. L’auteur nous invite dans leur intimité et nous fait partager leur histoire et leur passion commune pour le surf. AJ Dungo réussit d’ailleurs un autre tour de force en intégrant, à intervalle plus ou moins régulier dans son intime récit, l’histoire et l’origine de cette pratique sportive. Le mélange, loin d’être déconcertant, forme un tout, l’un permettant à l’autre des temps de repos. A aucun moment nous ne sombrons dans le pathos, le récit est un témoignage, un hommage et un message forts : il faut vivre sa vie et ses rêves. Juste magnifique ! - Michaël
Quand on a déjà navigué on sait qu'il y a quelque chose d'intime qui se joue sur l'océan, quelque chose d'intime et de vrai, sur la mer on est face à soi, sans faux semblant, on ne triche pas et on ne ment pas. Quand on a déjà navigué on sait que cette sincérité est le prix à payer pour que l’océan nous tolère. On sait que pour lui survivre il ne faut pas le contrarier. On sait que tout est fragile et sensible sur la mer, qu’on marche sur un fil, en équilibre sur la ligne d'horizon.
Tout cela l’héroïne du livre, commandante au long court, le sait. Elle sait que la routine est la condition sine qua none pour se maintenir en osmose avec les éléments. Elle le sait et pourtant elle va ouvrir une brèche dans l’ordinaire et basculer dans un univers parallèle, une parenthèse dont vous sortirez transformés.
Un livre plein de mystère, une écriture délicate et sensible qui vous berce comme le sac et le ressac de l’océan et vous emporte vers une destination inconnue. Un subtil mélange de suspense et de poésie, un roman indispensable.
Pour les amoureux·ses de l’océan et de sa petite musique, je vous conseille aussi « Novecento : pianiste » d’Alessandro Barrico, également disponible à la médiathèque.
Habitué à donner vie à des musiciens dans ses bandes dessinées noir et blanc, Frantz Duchazeau change de style et s’attaque à un monument : Mozart. Loin du cliché facile du génie à qui tout réussit, l’auteur a choisi de s’attarder sur un épisode assez piteux de la carrière du plus célèbre des musiciens : son installation fugace à Paris en 1778. Wolgang Amadeus Mozart, 22 ans, quitte Salzbourg afin de prendre son envol loin de son père, Léopold. Il découvre Paris, y étincelle et tente de se faire une place parmi les musiciens à la mode. Mais son caractère orgueilleux et son manque d’entregent le cantonnent à donner des leçons de piano. Il s’impatiente et ne rêve que de deux choses : composer un opéra et retrouver sa dulcinée, la cantatrice Aloysia Weber. Frantz Duchazeau nous offre une bande dessinée subtile et poétique sur la difficulté pour les artistes d’éclore et vivre librement de leur art. Cette biographie montre Mozart terriblement moderne, libre, faillible et touchant, soumis comme tout un chacun à des échecs. Un être attachant, et qui, chemin faisant, rencontres aidant, sublimera peines et malheurs grâce à son art, génial et enchanteur. - Michaël
Petit Ours rêve de manger une bonne prune bien mûre, mais pour cela, il doit prendre des risques : grimper à l’arbre, se glisser sur la branche, étendre son bras… et peut-être tomber et se faire mal. Cependant, comme le dit si bien sa maman : « Parfois, on tombe, ça arrive et ce n’est pas grave. »
Parfois, on tombe est un très bel album, d’une incroyable douceur et d’une très grande profondeur.
Tout ici est réussi. Le texte, simple, court, dont les mots résonnent telle une mélodie, est à la fois sensible et réconfortant. Il exprime l’importance d’oser, d’essayer et, parfois, de trébucher pour mieux grandir et s’épanouir.
Les illustrations de Kate Gardiner sont magnifiques, très expressives, les ours sont de véritables peluches. Les couleurs qu’elle utilise, un camaïeu principalement composé de tons chauds, notamment des teintes de jaune, d'ocre et de brun, diffusent une ambiance automnale dont l'ensemble crée une palette de couleurs harmonieuse et apaisante, reflétant ainsi la douceur des scènes illustrées.
Parfois, on tombe est un très bel album à lire absolument aux enfants pour leur donner beaucoup de courage.
Des tableaux volés, une orpheline emprisonnée, des meurtres sur la Tamise… Seul ou à plusieurs, entrez dans la peau des détectives de Baker Street et résolvez 10 affaires à la façon du plus grand détective du monde ! À l'aide d'un plan de Londres, d'un annuaire et du Times quotidien, récoltez des indices et remontez la piste jusqu'aux coupables !
Un jeu immersif qui fera travailler vos méninges si vous souhaitez surpasser le grand Sherlock Holmes… Tous les moyens sont bons pour y arriver : interrogez suspects et témoins, trouvez les liens entre les indices découverts, rassemblez les preuves, échangez vos théories… Certaines énigmes vous donneront du fil à retordre, mais quel plaisir quand on trouve l'indice qui fait basculer le cours de l'enquête !
Il peut sembler compliqué de battre le score de Sherlock, surtout en jouant seul, mais cela ne change rien au plaisir de résoudre ces affaires. Un jeu d'enquête incontournable !
La perle de John Steinbeck , écrit en 1947, fait partie des romans qui me restent en mémoire. Dans un village mexicain, de pêcheurs pauvres, vit Kino et sa femme. Un jour, leur fils est piqué par un scorpion mais la famille est trop pauvre pour le faire soigner. C'est alors que Kino trouve une perle magnifique grâce à laquelle il espère une vie meilleure. La rumeur de cette trouvaille se répand et Kino est persécuté de toutes parts, tant cette merveille suscite la convoitise. De cette histoire (inspirée d'un conte mexicain), on pourrait tirer une morale : « l'argent ne fait pas le bonheur ».
J'ai lu ce roman, il y a quelques années, et il m'en reste toujours le souvenir d'une très belle histoire, fluide, au rythme soutenu jusqu'à sa fin inattendue. Un vrai coup de cœur, que vous prendrez plaisir à lire ou relire, comme beaucoup de romans de Steinbeck où l'on retrouve le thème de la corruption, et de la pauvreté, malheureusement toujours d'actualité ! La perle dans votre médiathèque en poche ou en gros caractères. - Catherine
La naissance de Tom, le petit frère de Juliette, a profondément bouleversé le quotidien de toute sa famille. Tom, le petit rêveur, est né lourdement handicapé…
Subtil mélange de fiction et de faits réels, « Le petit astronaute » est un récit tendre et poignant. Au travers des souvenirs d’une adolescente, le sujet du handicap est abordé sans complexes, ni pathos. L’histoire de Tom, mais aussi de ses parents, dépeint la triste réalité des difficultés rencontrées par ces familles souvent abandonnées par la société. Tout est limpidement abordé, sans concessions. L’auteur parle de la souffrance des parents, de leur monde qui s’écroule d’un coup. Il dénonce le système qui n’offre pas suffisamment d’aide, de ressources pour soulager ces familles souvent démunies. La notion d’« acceptation » est très présente et est une des forces du récit : accepter son enfant, sa différence pour ensuite accepter le regard des autres, celui qui fait tant de mal.
Pourtant, après tout cela, ce que l’on ressent le plus une fois le livre refermé, est très certainement de la quiétude, car au final, nous avons vécu une pure et belle histoire d’amour.
Sœurs jumelles à la chevelure rousse, avec chacune un œil bleu et l’autre vert, Arc et Daffy sont inséparables. Ensemble, elles fuient un quotidien sordide en plongeant dans un monde imaginaire.
Prises par la noirceur de leur réalité familiale, elles ne peuvent échapper aux fantômes qui les hantent.
Devenue adulte, Arc lutte toujours contre ses souvenirs lorsqu'on découvre le corps d'une femme dans la rivière. Bientôt, d’autres cadavres apparaissent. La jeune femme se rend peu à peu à l’évidence qu’elle ne pourra tenir sa promesse faite à Daffy : les protéger du « côté sauvage » de l’existence.
Tiffany McDaniel s’inspire d’une histoire vraie : l’affaire des six disparus de Chillicothe, classée en 2014. Elle explore la fatalité des vies abîmées par la drogue et la prostitution, tout en apportant de la lumière et de la poésie au quotidien de ses personnages.
Comme dans Betty, ce troisième roman intense nous captive par des portraits de femmes fortes et attachantes.
Une ode à l’amitié, à la sororité et un hommage à toutes celles qui ont disparu.
Mohammed, d’origine tchadienne, a 14 ans lorsqu’il décide de quitter l’Arabie Saoudite pour étudier l’anglais et l’informatique au Pakistan. Pour lui et sa famille, à la recherche de meilleures conditions de vies et de reconnaissance sociale, il va faire ce voyage vers son Eldorado. Malheureusement, les attentats du 11 septembre 2001 vont bouleverser à jamais ses plans et assombrir son nouvel horizon. Les forces américaines sont prêtes à tout pour obtenir le moindre renseignement : une aubaine pour les policiers pakistanais qui capturent sans scrupule ni vergogne toute personne originaire du Moyen-Orient, qu’ils déclarent terroriste et monnaient 5000 dollars par tête. Mohammed sera ainsi arrêté, vendu et transféré vers la base militaire américaine de Guantánamo Bay, à Cuba. Huit ans de tortures, d’humiliations et de combats s’écouleront avant qu’il ne soit jugé et - enfin - déclaré innocent.
Véritable témoignage choc d’un rescapé de Guantánamo, ce récit nous glace les sangs par sa violence et son inhumanité. « La violence engendre la violence », voici ce qu’affirmait Eschyle en son temps (né vers 525 av. J.-C., mort en 456 av. J.-C.), et qui se vérifie malheureusement encore de nos jours. L’être humain a certes progressé, mais pas à tous les niveaux... La recherche de coupables, de vérité, peut-elle excuser toutes ces exactions ? Non, certainement pas. Mais soumis à la douleur, la peine intense, serions-nous plus fort que la haine ? Tant de questions se posent à la lecture de cet album, qu’il est en soi une source philosophique à étudier.
L’histoire vraie de Mohammed El-Gorani est triste, mais peut-être salutaire, qui sait ? Merci M. El-Gorani d’avoir trouvé la force de raconter votre histoire et espérons que vous ayez trouvé la paix dans votre nouvelle vie. - Michaël




