Conseils lecture
"7 octobre 2023 Israël Gaza" est une fenêtre ouverte sur un monde souvent incompris. Avec une plume délicate et précise, les auteurs nous guident à travers les méandres d’un conflit qui a marqué notre époque.
Le livre brille par sa capacité à donner une voix à celles et ceux qui sont généralement réduits au silence. Il nous offre un aperçu des vies qui se déroulent derrière les lignes de front, nous rappelant que derrière chaque statistique, il y a une histoire humaine.
Ce qui distingue cet ouvrage, c’est son engagement à présenter une image équilibrée et nuancée du conflit. Il ne prend pas parti, mais nous invite plutôt à écouter, à comprendre et à réfléchir.
En somme, "7 octobre 2023 Israël Gaza" est plus qu’un livre, c’est un appel à l’empathie et à la compréhension. Une lecture incontournable pour celles et ceux qui cherchent à comprendre le monde dans lequel nous vivons.
En pleine Seconde Guerre mondiale, Jérôme est porté déserteur par l’armée canadienne. Le jeune homme se cache en fait chez son grand-père, au milieu de la forêt. Le vieil homme bourru et cette maison au passé inquiétant vont transformer notre héros et peut-être l’emmener vers l’âge adulte. Petite perle québécoise, l’album « Jours d’attente » possède de nombreux atouts pour être l’un des titres phares de 2019. Le scénario est irréprochable, oscillant entre présent et passé, mélangeant plusieurs vies, plusieurs histoires sans nous perdre une seule minute. Un brin mélancolique, le récit nous plonge dans les affres de la Seconde Guerre mondiale, certes l’action se situe loin du champ de bataille, mais le spectre du conflit est omniprésent. La trame ne s’arrête pas là, un travail d’écriture important a été réalisé sur la psychologie des personnages. Les notions de culpabilité, de deuil, de liberté et de solitude sont abordées simplement et s’imbriquent parfaitement pour rendre l’histoire passionnante de bout en bout. L’illustrateur Simon Leclerc n’est pas en reste puisqu’il réalise une copie graphique irréprochable. Il combine à merveille un trait à l’encre noir plus ou moins fin, rehaussé par une mise en couleur originale, dont les essences d’ocre influent sur l’ambiance mélancolique de ce roman graphique. Il utilise également différentes brosses afin de donner du volume, du relief à ses magnifiques peintures numériques. Une première œuvre réussie pour ce duo d’artistes, qui espérons-le, continuera à nous éblouir. - Michaël
Lapin aimerait bien cueillir des pommes, mais vu sa taille, cela est bien compliqué. A moins que toi, ami lecteur, ne lui donne un petit coup de main... Voici une excellente idée développée par Claudia Rueda qui, sur la base d’une histoire assez classique, casse les codes habituels de la narration et comme au théâtre, « brise le quatrième mur ». Le personnage de l’histoire s’adresse au lecteur en lui parlant pour lui demander de l’aide par des actions sur le livre, bien précises. Ce procédé fait son petit effet immersif, il force notre empathie envers Lapin. Le lecteur reste lecteur, mais devient acteur de cette charmante histoire. Les illustrations sont elles aussi réalisées de façon à nous inclure dans cet univers. Pour cela, l’autrice utilise un seul angle de vue, horizontal, le personnage est quant à lui toujours dessiné à la même échelle. De cette manière, nous avons une impression de discussion, face à face, avec Lapin. Tout a vraiment été pensé pour créer cette interactivité. « Attrape, Lapin ! » est un album original qui amusera petits et grands lecteurs et leur donnera assurément envie de tartes aux pommes. Miam ! - Michaël
En protégeant la Terre, Abraham Slam, Golden Gail, Barbalien, le Colonel Weird et son robot Talky-Walky, Madame Dragonfly et Black Hammer, ont trouvé la mort dans une terrible explosion. 10 ans après, ces super-héros ne sont plus qu’un lointain souvenir, des légendes urbaines, des histoires que l’on racontent aux enfants... Et pourtant, loin de notre monde, ils sont là, résignés, prisonniers d’un univers prison, n’espérant qu’une seule chose, qu’on vienne les délivrer... S’il y a un comics de super-héros à lire absolument en ce moment, c’est bien la série Black Hammer. Pourquoi ce titre et pas plutôt un issu du mainstream ? Parce qu’elle possède de nombreux atouts. Pour commencer, elle est écrite par Jeff Lemire qui est certainement l’un des plus, si ce n’est le plus talentueux, scénaristes de bandes dessinées de ces 10 dernières années. Chaque récit qu’il développe est un bijou d’actions et d’émotions. Black Hammer ne déroge pas à cette règle. L’histoire est captivante et se découvre d’album en album sous le prisme des différents personnages. Nous découvrons page après page la personnalité de nos héros, certain plus mystérieux et/ou inquiétants que d’autres. Chaque vie, destin est un récit dans le récit, des histoires qui alimentent l’Histoire. Nous retrouvons donc des personnages aux destins variés qui n’ont, à par être des super-héros, rien en commun, mais qui vont devoir apprendre à vivre ensemble pour le meilleur comme pour le pire. Voilà ce qui rend cette aventure unique. Loin d’être manichéenne, la trame est subtile et elle nous plonge dans la psyché humaine, une véritable analyse de nous-même. Cette série est, pour le lecteur averti, un hommage aux illustres séries de super-héros. On y retrouve un peu de l’âme de Spider-Man, de Daredevil, du Batman, de Swamp Thing et de bien d’autres encore. Des références disséminées par-ci par-là, mais qui ne nuisent pas à la compréhension de l’œuvre. Jeff Lemire s’est associé à Dean Ormston pour le dessin. Cet illustrateur fait des merveilles avec un style rétro, mais surtout un découpage dynamique et efficace. Pour terminer, Black Hammer a remporté en 2017 l’Eisner award de la meilleur nouvelle série aux Etat-Unis, preuve - s’il en est encore besoin - de sa qualité. Alors, si vous aimez les bandes dessinées de super-héros, vous allez adorer, et si vous n’aimez pas, vous allez adorer quand même. - Michaël
Durant une soirée, elle l’a rencontré, ils se sont parlé, ont beaucoup dansé et ils se sont aimés. Pourtant un soir, il disparaît sans un mot. Elle le cherchera longtemps et finira par le retrouver, lui, l’ours qu’elle aime. Alors ils se sont parlé, ont beaucoup dansé et ils se sont aimés. Encore, il partira, toujours sans un regard, mais cette fois, elle le suivra... Vincent Bourgeau, auteur jeunesse talentueux, compère le plus souvent d’Éric Ramadier, nous offre un récit pour adulte original et d’une rare beauté. Son récit structuré sur environ 300 pages, n’offre que très peu de mots et laisse place à l’illustration. De pleines pages aux tons doux, aux cadrages maîtrisés, permettent une lecture et une compréhension fluides. Le trait minimaliste et faussement tremblotant installe une ambiance contemplative et apaisante. Le récit est une histoire d’amour peu commune : celle d’une femme éperdument amoureuse. Classique me direz-vous ! Sauf que présentement l’homme est un ours. Parabole de la douceur féminine contre la dureté masculine, certainement pas. Juste une fable moderne sur les sentiments, le vide et l’absence comblés par l’amour et l’apparition du mystérieux, du fantastique. Beaucoup se retrouveront dans la mélancolie de l’héroïne, sur ce qui est et ce qui aurait pu être. La sincérité de l’œuvre nous touche au plus profond de notre être et le final nous emporte, grâce à une prouesse technique, dans la valse éternelle des sentiments. - Michaël
Eté 1913, Valdas a 15 ans, dans une riche demeure du bord de mer, sa vie se dessine. Le monde des adultes, auquel il n’appartient pas tout à fait, lui paraît être un vaste théâtre où tout n’est que faux-semblants, alors la nuit il s’enfuit renifler la côte, ses embruns, un parfum de liberté. Il y vit ses premiers émois et se confronte au monde extérieur, plus pauvre, plus dépouillé loin du confort de sa classe bourgeoise vaguement contestataire.
De retour à St Pétersbourg la vie s’emballe, une promesse de fiançailles, l’armée, la guerre, la révolution, le choix du mauvais camp, puis l’exil, Paris, la misère, une autre guerre et la solitude. Un siècle de barbarie dont il est le témoin, et au milieu de cet océan de cruauté, un écrin de beauté, une île où affleure l’amour. Une parenthèse de vingt jours d’un bonheur intense qui lui permettront toute sa vie de résister.
Voilà ce que raconte merveilleusement ce livre, comment un amour même éphémère peut être éternel. Comment dans un monde sauvage et violent, il vous donne la force d’être juste et bon, de rester humain.
Encore, un magnifique roman, tout en pudeur, d’Andreï Makine, dont la langue, si belle, si douce à l’oreille est un enchantement.
« Goupil ou face » est l’histoire vraie de Lou Lubie, autrice/illustratrice qui se bat chaque jour contre sa maladie : la cyclothymie. Ce trouble de l’humeur est de la famille des maladies bipolaires. Avec pudeur, mais sans compromission, elle nous dévoile son quotidien, que beaucoup aurait dissimulé, jonglant constamment entre euphorie et dépression. Le récit débute à ses 16 ans, aux premières manifestions de ce mal qui ne sera alors que peu considéré par le corps médical, et se termine par sa vie d’aujourd’hui, diagnostiquée et soignée. Elle nous parle d’elle, de ses émotions, de son comportement, de son évolution dans la société. Au travail, en famille ou encore en couple, tout est abordé avec clarté et limpidité. Le récit intimiste est par ailleurs complété par des explications médicales, ici encore le travail de vulgarisation est remarquable. « Goupil ou face » est une bande dessinée instructive et passionnante racontée avec beaucoup d’humour et dont les illustrations sont expressives et limpides. - Michaël
A la nuit tombée, les monstres sortent de leurs cachettes, mais ce que l’on ignore, c’est que ces pauvres créatures, à l’instar des enfants, ont elles aussi peur du noir... Michaël Escoffier nous gratifie d’une bien agréable histoire. Ce monsieur a le don d’aborder des thématiques liées à l’enfance en sortant des sentiers battus. Ici, par une approche tendre et humoristique, il évoque les peurs nocturnes des marmots, leur imagination fertile et par un effet de projection, tend à transformer les monstres en nos propres enfants. Cela fonctionne à merveille puisque le petit s’identifie aux personnages, se prend d’affection pour eux et en devient le protecteur. Inconsciemment et par le dialogue, cela le rassure et le rend plus hardi. Le récit est illustré par la talentueuse Kris Di Giacomo qui mélange avec brio différentes techniques d’illustration : crayonnés, collages, lavis... Une vraie artiste aux multiples facettes. Les tons utilisés sont sombres, mais quoi de plus normal lorsque l’on veut représenter la nuit. Pourtant paradoxalement, la large palette de gris et de texture utilisée éclaire l’œil et nous en met plein la vue. Si je devais trouver un défaut à ce titre, c’est qu’il n’est pas fait pour être lu le soir : finies les peurs nocturnes... et plutôt que de trouver le sommeil, vos enfants préfèreront garder un œil ouvert pour attraper l’un de ces petits monstres « trop mignons » !... - Michaël
Dans ce roman autobiographique, Maria Larrea, fille d’immigré·es espagnoles, nous invite à grimper dans son arbre généalogique. Une ascension, pas toujours simple mais au combien passionnante, où il faut se frayer un chemin entre les parcours tumultueux et rugueux de ses aïeul·les. Où l’on côtoie la misère, terreau d’ancêtres mauvais·es comme du chiendent. Un arbre dans lequel les branches sont parfois brisées comme les destins ; où l’on porte souvent son héritage comme un fardeau.
C’est de cette histoire, de la rencontre de deux êtres mal-aimés, qu’éclos Maria un beau jour de 1979 sous le soleil de Bilbao. Elle grandit dans la petite loge de ses parent·es, concierges au théâtre de la Michodière à Paris et c’est un vrai plaisir d’assister au spectacle de cette enfant devenant adulte et à son tour mère. Maria a fait des études prestigieuses, elle est maintenant installée, mais persiste en elle une petite faille, qu’elle ne parvient pas à s’expliquer. Comme une question restée sans réponse qui résonne en elle. Puis soudain tout bascule !
Un très beau roman, sur l’identité où l’on découvre page à page qui est Maria, un voyage introspectif, rythmé et émouvant et enfin pour les natifs des années 70, dont je fais partie, une belle Madeleine de Proust.
Svitlana et Dmyrto forment un couple d’étoiles, amoureux à la ville comme à la scène. Le 23 février 2022 au soir, ils dansent Le Lac des cygnes avec le ballet de Kiev. Le lendemain, l’Opéra national, comme toute l’Ukraine, est happé par la guerre.
Dès lors, le couple s’investit dans le combat pour défendre leur patrie, leurs valeurs, mais aussi leur culture. L’art, et surtout la danse, seront leurs armes de résistance, notamment pour Svitlana, alors que Dmyrto partira au front.
Malgré certaines rivalités au sein du corps de ballet en temps de paix, c’est la solidarité qui rejaillira face à l’adversité.
Stéphanie Pérez s’inspire de la véritable troupe du ballet de Kiev qui, en signe de résistance, fit une tournée européenne au début de la guerre. Ayant passé deux ans au cœur du conflit en tant que grande reporter, elle nous entraîne au plus près du réel, nous faisant ressentir la peur, la mort omniprésente, les alertes, et le besoin de sauver sa peau.
Que faire quand soudain la guerre éclate ? Quitter son pays, s'engager pour lutter contre l'ennemi, attendre la mort ? Ce sont ces interrogations poignantes auxquelles l’autrice nous invite à réfléchir.
Un récit bouleversant, qui nous permet de mettre des noms et des visages sur ce peuple ukrainien si proche, et à la fois si lointain.
A travers l'album "Profession crocodile", nous observons avec délice la matinée quotidienne de cet animal fort sympathique, crocodile professionnel de son état. Le réveil (pas toujours facile), la toilette, le petit déjeuner où encore le trajet matinal et tous ces petits détails sont rendus avec brio par les illustrations de Mariachiara di Giorgio. Dans cette histoire sans paroles, à aucun moment le texte ne manque tant le récit est fluide et nous porte a travers les images.
Nolwenn
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A Paris, à la Belle Époque, on fête la victoire, la musique des orchestres remplace le son du canon. Pourtant, même avec une coupe de champagne, pour certains la pilule est dure à avaler. Le héros, un ancien combattant estropié au champ d’honneur, a du mal à tourner la page. Alors pour oublier ce que la guerre lui a fait subir, pour réparer ses injustices, il propose son aide aux familles d’anciens soldats dans la détresse.
Un matin de 1925 il est contacté par une riche héritière afin de retrouver son fils. Après quelques jours il découvre que le destin du jeune homme est intimement lié à celui d’une femme dont il est follement amoureux. Commence alors un merveilleux voyage à la recherche de ses amants disparus où l’on découvre peu à peu l’infini pureté de leurs sentiments.
La noblesse de leurs âmes comme une réponse à la brutalité de la guerre et à sa barbarie, avec tout au long du récit cette question suspendue : « l’amour et la poésie pourront-ils suffire à surmonter l’atrocité et l’absurdité des combats ? »
Une histoire d’une grande sensibilité, pleine de surprises et de rebondissements, une danse onirique menée tambour battant, au rythme des cœurs bouleversés, sous le tonnerre des bombes. "Roméo et Juliette" dans les tranchées, inspiré par Boris Vian et filmé par Tim Burton.
Il a vraiment de la chance d’avoir une petite fille aussi gentille, car sans elle, le pauvre, sa vie ne serait certainement pas aussi belle ! Enfin, ça, c’est elle qui le raconte... Marie-Agnès Gaudrat nous propose une charmante histoire qui s’avère aussi amusante qu’originale. Le narrateur n’est autre que l’enfant, cette petite fille qui nous parle, nous raconte que la vie de son père ne serait pas exactement la même si elle n’était pas là. Cette jeune présomptueuse nous expose les moments de vie qu’elle partage avec son paternel et les bienfaits qu’elle lui apporte. Ces exemples sont superbement illustrés par Amélie Graux, qui utilise les crayons de couleur à merveille. Ces dessins ne sont pas que parfaitement réalisés, ils reflètent également ce que serait certainement la réalité et contrebalancent avec les dires de l’enfant. Par un système malicieux de rabat, nous ne découvrons ces vérités qu’une fois la ritournelle passée et nous nous surprenons à rire de ces situations. Un élément important de l’album est l’utilisation du père, car longtemps absent de la littérature jeunesse : il trouve ici un rôle à sa mesure, tendre et complice. Cet album séduira les enfants, les mamans, mais surtout les papas qui, à n’en pas douter, se retrouveront dans ce personnage. - Michaël
Au tribunal de Bobigny Pauline attend le jugement, elle n’a pas commis de crime, elle espère juste pouvoir reprendre le prénom que lui ont donné ses parents à sa naissance en URSS : « Polina », avant que celui-ci ne soit francisé. Simple formalité pense-t-elle ! Pas tout à fait, car pour certains renier le prénom que vous a octroyé la république, c’est un peu la trahir, cracher dans la soupe. Comme si, venant d’ailleurs, on ne devenait jamais un citoyen à part entière, comme si on devait être toujours redevable, faire ses preuves. Comme si on devait choisir un pays, plutôt qu’un autre, comme si on vous demandait avec le plus grand sérieux : « tu préfères ton père où ta mère ? ».
Alors, pour répondre à cette absurdité, Polina remonte le fil de sa vie et aussi le fil des mots, de sa langue maternelle à sa langue d’adoption, de l’URSS à la France, elle tisse un drapeau imaginaire, celui d’une identité double et à la fois unique. Elle fait son autoportrait, toile tendue au-delà des frontières, preuve vivante que l’on peut exister au-delà des nations, multiple et riche de ses différences.
On suit le parcours de son intégration à travers son apprentissage d’un nouveau langage. Puis le combat de sa mère, pour que ses enfants n’oublient pas le russe, pour qu’une langue ne remplace pas l’autre. Car conserver sa langue maternelle, c’est aussi resté fier de ses racines, respecter l’héritage de ses aïeuls et leur montrer qu’on les aime.
Un texte d’une grande tendresse, à la fois subtil et drôle qui parle merveilleusement de l’immigration et de l’identité à travers la symbolique du langage.
Un premier roman particulièrement maîtrisé. Mon coup de cœur de la rentrée littéraire.
Connaissez-vous Agnès Varda ? Bien évidemment, quelle question ! Mais les enfants, eux, savent-ils qui est cette grande petite dame ? Non ? Voici l'album idéal pour faire les présentations. Perrine Bonafos raconte de façon simple et précise l'histoire d'Agnès Varda : son enfance, sa rencontre avec Jacques Demy et surtout son amour pour le cinéma. Au-delà du personnage, l'album est un véritable éloge à la création. Il prône le courage de vivre pleinement ses rêves pour se sentir entier, pour exister.
Véritable leçon de vie, « Agnès » est un petit bonheur dont les illustrations colorées donnent du peps. À signaler également, ce titre est le premier album d'une collection désireuse de faire découvrir les histoires de grandes figures féminines, qu'elles aient été artistes, scientifiques ou bien aventurières : des petites filles rêveuses qui sont devenues de grandes femmes courageuses et inspirantes.
En ces temps de fête et de post-confinement, envie de se (re)faire une beauté ? Eh bien lisez cet album destiné aux plus petits et qui présente un ours polaire jardinier maniant la cisaille comme un pro. Sa tâche du jour le conduit dans sa belle auto orange jusqu'au parc municipal... Grâce à une intrigue narrative originale et à un humour décalé, les enfants comme les parents se reconnaîtront dans les personnages que croise notre ours bonhomme. Les illustrations sont expressives, colorées d'aplats de couleurs restreintes à quelques nuances.
« En beauté ! » est un bel album, tout en simplicité, mais au charme indéniable. Et en plus, c'est une création de l'un de vos bibliothécaires préférés...
Márcia est infirmière. Elle vit dans une favela de Rio et comme tous et toutes, elle a du mal à joindre les deux bouts. Pourtant sa vie n’est pas si mal, si ce n’est sa relation avec Jaqueline, sa fille, qui fricote dangereusement avec les dealers du coin…
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« Écoute, jolie Márcia » est un titre brésilien au fort goût d’authenticité, celle de la vie difficile dans les bidonvilles de « L'éternel pays d'avenir ». On y croise des personnages aux forts caractères, mais au courage essentiel pour survivre dans cette société pétrie de violence. Tout au long de cette lecture, on découvre des portraits de femmes et on comprend le rôle qu’elles jouent dans l’ombre, ô combien important pour maintenir un peu d’humanité dans la société brésilienne. Au-delà, cette oeuvre est aussi une histoire de famille, celle du combat d’une mère pour offrir à sa fille un meilleur avenir.
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Marcello Quintanilha possède un style graphique propre, aux volumes et aux couleurs généreuses, pleines de vie et de passion, sans nul doute, à l’image de son pays.
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« Écoute, jolie Márcia » est un récit remarquablement écrit, au suspense intenable qu’il sera difficile d’oublier.
Une pancarte annonce : « Chers amis insectes, montez donc ! Une surprise vous attend en haut. » Les amis insectes se mettent alors bien volontiers à grimper sur le mur, les uns à la suite des autres... Dans cet album au format original - vertical - Tomoko Ohmura retrouve son genre de prédilection : les séries, les accumulations, les files d’attente avec un final inattendu. Après avoir abordé les thèmes des véhicules ou encore du chantier, elle s’attaque à une autre passion des petits : les insectes. Ces derniers, numérotés et organisés du plus petit au plus grand, ont tous un petit commentaire à faire dans cette file d’attente pour le moins surprenante. Les illustrations, documentées, rendent très précisément l’aspect de chaque insecte, avec justesse. Les enfants, fins observateurs, auront plaisir à regarder cet album plusieurs fois afin de capter les fourmillants détails qui le composent.
Southern Bastards est un récit âpre, violent, qui se situe en Alabama, dans le Sud américain rural contemporain. Là-bas la violence, le racisme sont monnaie courante, encore plus dans les bastions oubliés. Nous avons donc entre les mains une œuvre d’une dureté extrême, mais ô combien maîtrisée et assumée par les auteurs. Jason Aaron, spécialiste des récits noirs, nous livre une nouvelle fois un titre sur les tréfonds de l’âme humaine et de cette Amérique qui peut être encore aujourd’hui si cruelle. - Michaël
Saul Karoo est un homme respecté dans son travail. Il est « script doctor » : on fait appel à lui pour améliorer le scénario d’un film. Un éventuel navet peut, sur ses conseils, se transformer en véritable chef-d’œuvre. Aussi brillant soit-il, il est un domaine où il n’excelle pas : les relations humaines. Son mariage est un échec, il ne parle pas à son fils et son penchant pour l’alcool et sa désinvolture en font un personnage difficilement fréquentable. Sa vie va basculer le jour où il découvre, en visionnant les rushs d’un film à sauver, une actrice qui sans le vouloir va lui rendre une force qu’il ne soupçonnait plus et donner un nouveau but à sa vie... Frédéric Bézian adapte avec talent le roman à succès « Karoo » de Steve Tesich. On y retrouve la même tonalité, les mêmes ressentis que dans le récit original, l’histoire d’une vie et du chemin à mener pour lui donner sens. En quelque sorte notre histoire à tous, mais chacun avec ses propres démons. Saul pense trouver le repos et réécrivant, manipulant l’histoire de ses proches comme si son métier lui donnait le pouvoir de jouer avec les destins de chacun. Cependant, la vie n’est pas un scénario que l’on peut modifier à souhait ; elle est surprenante, incontrôlable et il va l’apprendre à ses dépens. Si le récit est captivant, le style graphique de Bézian l’est tout autant : trait fin, haché, voire nerveux à l’image du personnage. Quelques aplats de couleurs viennent rompre par moment la monotonie du noir et blanc dominant et créent la sensation de rythme. La partie graphique est en parfaite adéquation avec le texte, l’un et l’autre se sublimant. « Karoo » est un récit subtil sur l’âme humaine et une œuvre romanesque à découvrir. - Michaël
Lucas a toujours désiré une poupée. Un jour, ses parents lui offrent un cadeau emballé avec un énorme ruban. Aura-t-il enfin la poupée tant espérée ?
Cet album captivant aborde avec finesse les thèmes de la tolérance et de l'amitié. À travers une histoire tendre et touchante, l'autrice déconstruit les stéréotypes souvent associés aux jouets. Elle souligne que les poupées ne sont pas exclusivement réservées aux filles, remettant en question la notion de jeux attribués à un genre spécifique.
Au cœur de ce livre se trouve une exploration délicate des diverses émotions vécues par les enfants. La jalousie, la joie, la colère, la tristesse, la culpabilité...
L'illustratrice, Amélie Graux, réussit brillamment à capturer ces sentiments à travers des visages expressifs. Les situations présentées permettent aux jeunes lecteurs de s'identifier aisément et de comprendre ces émotions familières.
Les illustrations remarquables et l'histoire captivante en font un livre parfait pour encourager la réflexion sur la tolérance et l'expression de ses envies et émotions.
C'est avec impatience qu’on ouvre le dernier roman de Maylis de Kerangal, tant nous étions nombreux à apprécier les précédents comme « Naissance d'un pont » , « Réparer les vivants » sans oublier « Tangeante vers l'Est »...Cette fois, ce sont 8 récits qu'elle nous livre dont « Mustang », le plus long , est le point d'orgue. Dans chacun de ces textes, il est question de la voix. Des voix de femmes dans des moments déstabilisants de leur vie. C'est par exemple cette maman qui s'installe au Colorado avec sa famille. Elle ressent un fort dépaysement, alors que son mari s'est formidablement adapté au point que le timbre de sa voix a changé. C'est aussi, dans une autre de ces nouvelles, une jeune fille qui prend un coach pour changer «sa voix de chiotte » trop aiguë. Il y a aussi des voix qui rappellent des souvenirs. Si, d'ailleurs, vous ne lisiez pas toutes ces nouvelles, je vous recommande « Un oiseau léger », à mon sens la plus belle, la plus émouvante.
Maylis de Kerangal, a une fois encore, réussi à nous séduire. Il ne faut pas chercher un début, une fin, mais plutôt se laisser porter d'un récit à l'autre, embarqué dans ces « canoës » et goûter cette plume qui saisit merveilleusement bien le flou des émotions, tout en finesse. Catherine
Ours est vraiment très fatigué, il ne tient plus debout. C’est donc le moment pour lui d’aller se coucher et enfin se reposer. Enfin, pas vraiment, son voisin Canard, charmant au demeurant, est quelque peu bruyant, mais surtout incroyablement envahissant…
« Dis Ours, tu dors ? » est un album au ton humoristique et léger. L’auteur construit sa comédie autour d’une seule situation, mais agrémentée, page après page, de surprises, de répétitions et de beaucoup de folie. Il utilise simplement deux protagonistes, Ours et Canard, chacun dans un style différent, voire opposé et donc fonctionnant sur le modèle des spectacles de clowns : l'un est l'auguste (fruste, outrancier et désordonné), l'autre le clown blanc (sérieux, intelligent et rationnel). Les illustrations de Benji Davies jouent également un rôle important dans cette comédie. Son trait épuré montre l’essentiel, il ne s’encombre pas de décors, utilise certes un peu de texture, mais pas trop. L’important est de se focaliser sur les personnages, leurs faciès et autres postures sont irrésistibles !
« Dis Ours, tu dors ? » fait partie de la série « Dis Ours », dont chaque album procure un agréable moment de lecture et rend indéniablement accro à nos deux énergumènes.
Toni n’a pas de supers pouvoirs, n’est pas plus intelligent que la moyenne et n’a pas non plus de terrible secret. C’est un jeune garçon normal qui va à l’école, a des ami·es et aime beaucoup jouer au football. Il a pourtant un petit quelque chose, trois fois rien, vraiment rien, juste une obsession... posséder les « Renato Flash », une toute nouvelle chaussure de foot avec fonction clignotant, sensée permettre de marquer plus de buts. Hélas pour lui, ce modèle est cher, très cher... « Toni » est un album jeunesse, complet en un volume, plein d’humour et de fraîcheur. Il se démarque de la production actuelle, sagas fantastiques à rallonges, et cela fait vraiment du bien. Pas de « mystérieux mystères mystérieux », non, juste la vraie vie et beaucoup de débrouillardise de la part de notre héros. Les personnages, qu’ils soient de premier plan ou simples seconds couteaux, résonnent avec justesse. Découpé en différents chapitres, le récit, un brin enjolivé, sent le vécu. Il nous rappelle forcément nos enfants ou à défaut notre jeunesse. Nous suivons Toni dans sa quête de godasses et prenons plaisir à découvrir les différents stratagèmes qu’il met en place pour gagner de l’argent, encore plus lorsqu’il le perd trop facilement. Les illustrations sont minimalistes, mais étonnamment vivantes et font penser aux illustrations de Sempé sur le « Petit Nicolas », dont « Toni » est un digne descendant. Cette bande dessinée est bon enfant, un « feel good » pour la jeunesse. - Michaël
Petit Wu est un bon et loyal soldat de la Chine communiste. Pour monter dans la hiérarchie, il faut faire preuve d’une loyauté et d’un dévouement exacerbés envers le parti. Petit Wu est vite remarqué par les gradés, et est missionné auprès du commandant afin de servir d’ordonnance (c’est-à-dire d’intendant) et de cuisinier. Cette ascension sociale rend sa femme et son village très fiers. Il est heureux de servir ainsi son peuple et son pays. Lorsque le colonel s’absente, il doit prendre soin de la maison de celui-ci et de Liu, la très jeune femme du colonel. Elle va demander à Petit Wu de « Servir le peuple » d’une bien étrange façon : assouvir ses désirs sexuels. Cette situation va perturber l’équilibre de Petit Wu et enfermer nos protagonistes dans un huis clos sexuel et amoureux. Adapté du roman éponyme de Yan Lianke, interdit à sa sortie en Chine en 2005, la relecture d’Alex W. Inker est un titre d’une rare force, rageuse et passionnée. Nous débutons dans un univers réglé comme du papier à musique, où la propagande maoïste distille ses idées et où le peuple ne vit que pour un seul et même devoir : « servir le peuple ». Puis la passion prend le dessus et fait voler en éclats un système, aussi dur soit-il. Une leçon de vie et de liberté. L’illustration est savamment pensée, travaillée à la manière de l’iconographie communiste chinoise : grandes cases horizontales telles les « lianhuanhua » (BD chinoises de propagande), gamme chromatique restreinte où le rouge prédomine, textures évoquant la gravure, visages aux expressions exagérées. Le rythme est également soutenu du fait de la construction même de l’ouvrage.
Cette œuvre, à réserver à un public adulte, se lit d’une traite, elle passionne tout comme elle questionne sur une société et ses codes différents. - Michaël