Conseils lecture
Après « Roman fleuve » et « Roman de gare », Philibert Humm revient avec « Roman policier », un récit qui se moque du code des genres littéraires.
En partant d’un fait divers réel : la disparition mystérieuse de la lettre U des enseignes de la ville de Pau, l’auteur narrateur s’improvise détective. Accompagné de son ami Vincent Dedienne, (oui oui, le comédien !).
Rejoints par un troisième complice, nos trois improbables enquêteurs se lancent à la poursuite du ou des kidnappeurs de lettres. Au fil des interrogatoires de voisinage, les suspects et les pistes s’accumulent…
Nos joyeux lurons parviendront-ils à résoudre cette énigme qui a défrayé la chronique ?
Comme à son habitude, Philibert Humm maitrise avec brio l’art de l’humour absurde tout en apportant une réflexion aiguisée sur les clichés qui collent aux villes de province et leurs habitants.
Une lecture décalée, drôle, pleine de fantaisie qui offre une parenthèse jubilatoire appréciable dans notre monde qui ne tourne plus toujours très rond.
Après nous avoir fait découvrir le Canada dans « Nos étoiles filantes », Laure Manel nous emmène cette fois-ci en Islande.
Huit femmes d’âges et d’horizons différents, embarquent pour un road-trip de deux semaines au pays des glaciers, des volcans et des aurores boréales. Si certaines sont impatientes et rêvent de ce voyage depuis longtemps, d’autres sont un peu là par hasard.
Dans les premiers temps, la cohabitation du groupe est difficile. Peu à peu, la beauté des paysages et la découverte des personnalités de chacune va se transformer en amitié.
Ce voyage n’est plus seulement la découverte d’un pays, c’est aussi une véritable aventure humaine.
Au travers du magnifique décors Islandais, ce roman est une ode à la nature, à l’amitié et à la tolérance. C’est également une réflexion sur la féminité à chaque période de la vie, avec ses soucis, ses doutes, l’acceptation de soi et de nos choix.
Une lecture tout en douceur, avec un joli petit bonus en fin livre.
L’histoire s’ouvre sur une scène de violence terrible : Nora, treize ans, a tué son frère Nico, quatorze ans, atteint de la maladie de Huntington. Elle a tiré trois balles : une dans l’œil et deux dans la poitrine. Pour leurs parents, Angie et David, c’est le choc. Leur fille se retrouve alors emprisonnée, en attente de son procès. Pour la défendre, ils sollicitent l’aide des avocats Martine et Julian Dumont, malgré les différends qui opposent leurs familles depuis plus de vingt ans… Mais la jeune fille demeure mutique.
Avec une écriture d’une grande fluidité, à la fois précise et sensible, Kristin Koval construit son récit en double temporalité, alternant entre le présent du procès — qui met en lumière les failles du système judiciaire américain — et les strates du passé qui, peu à peu, révèlent les blessures enfouies et les non-dits ayant contribué à préparer le terrain du drame.
"À propos de Nora" est un premier roman qui frappe fort sans jamais céder au sensationnalisme : une plongée intime dans la culpabilité, la transmission invisible des traumatismes et la fragile possibilité du pardon.
En refermant le livre, une question continue de nous hanter : jusqu’où peut-on pardonner, et surtout, à qui ?
Sybil Van Antwerp est aujourd’hui une vielle femme avec une vie paisible et une routine bien établie. Plusieurs jours par semaine, elle sort son stylo, son papier, des enveloppes, des timbres et s’assoit à son bureau pour écrire à ses amis, sa famille... Mais également à des inconnus : des auteurs dont elle a aimé les livres, des personnalités publiques, ou encore la doyenne d’une université.
La correspondance n’est pas seulement une habitude pour elle : c’est sa façon de vivre, de respirer, de rester connectée au monde. Pourtant, une ombre plane sur la vielle femme : elle perd progressivement la vue. Malgré cela, elle continue d’écrire, avec une détermination bouleversante.
J’ai adoré voir la vie de Sybil se dévoiler au fil des échanges, découvrir cette personnalité incroyable : forte, battante, respectée, profondément humaine, mais aussi traversée de doutes et marquée par ses erreurs.
« La Correspondante » est un premier roman épistolaire touchant, à l’écriture sensible. Il nous parle de solitude, de mémoire, de liens humains, et de la capacité à continuer à avancer malgré l’adversité.
C’est aussi un très bel éloge de l’écriture manuscrite, des mots choisis avec soin, des gestes lents et précieux que l’on prenait le temps d’accomplir.
Et si nous ressortions, nous aussi, notre nécessaire de correspondance, juste pour retrouver le plaisir d’écrire et de faire voyager nos mots ?
Vous vous souvenez de Tom Sawyer, d’Huckleberry Finn, du Mississippi, de l’Amérique le pays de la liberté… Eh bien avec James, on retrouve cet univers, mais vu cette fois depuis la place de l’esclave. Ce simple changement de regard bouleverse tout. Percival Everett offre à James une voix pleine d’esprit, de finesse et d’ironie, loin du rôle effacé que lui attribuait Twain dans la version originale.
Ici Jim/James est le narrateur du récit. Il devient un homme instruit, drôle, stratège, lecteur de Rousseau et de Voltaire, qui joue le « simplet » uniquement pour survivre.
Lorsqu’il apprend qu’il va être vendu, il décide de fuir, entraînant malgré lui Huck dans une odyssée sur le Mississippi qui interroge sur la liberté, l’identité et la résistance.
Même si cela m’a déroutée en début de lecture, j’ai particulièrement aimé le jeu sur le double langage : James parle volontairement « petite nègre » devant les Blancs, mais retrouve une langue riche et brillante avec les siens. Ce contraste, à la fois drôle et puissant, donne une vraie énergie au roman et met en lumière toute l’intelligence du personnage.
« James » est un roman audacieux, mordant et profondément inventif, qui revisite un mythe américain pour en révéler les zones d’ombre. Une histoire intense, parfois violente, toujours profondément humaine, qui bouleverse autant qu’elle captive.
Après une soirée bien arrosée au bar « La malice », Thomas se réveille avec, à ses côtés, un téléphone qui n’est pas le sien. En menant l’enquête pour retrouver son propriétaire, la piste d’un échange malencontreux avec sa voisine de table s’avère être la bonne. Pourtant, un détail l’intrigue : la jeune femme ne souhaite pas récupérer son appareil, et l’échange se fait finalement par coursier. Dans l’enveloppe un papier avec les codes d’accès de Romane accompagne le smartphone de Thomas.
Pourquoi confier à un inconnu tout le contenu d’un objet aussi intime ? Qui est vraiment Romane Monnier ? En fouillant dans les applications de la jeune femme, Thomas tente de comprendre. Ses incursions dans son intimité vont peu à peu entrer en résonance avec sa propre vie.
Delphine de Vigan dresse le portrait de personnages touchants et profondément humains. Un récit rythmé et intrigant, qui explore avec finesse les relations familiales, l’amitié, notre dépendance au numérique, ainsi que la tentation de quitter des réseaux, voire de disparaitre complètement de la société.
Une lecture essentielle pour saisir les enjeux et l'importance de repenser nos vies hors écran.
Dans cet ouvrage, Ovidie et Diglee s’unissent pour déconstruire les idées reçues autour de la sexualité et mettre en lumière les inégalités de genre.
L’écriture d’Ovidie, cash, directe et pleine d’humour, aborde sans détour des thèmes souvent considérés comme tabous : le sperme, l’apparence féminine, les menstruations, l’orientation sexuelle, la chirurgie esthétique, les poils… Autant de sujets qui nous amène à réfléchir sur nos pratiques : qu’elles soient dictées par les effets de mode, par le patriarcat, mais aussi par nos propres choix.
Diglee propose des illustrations qui célèbrent la diversité des corps. Elle représente une large palette de morphologies, ce qui fait du bien dans un paysage visuel saturé de corps normés issus de la publicité, du cinéma ou des réseaux sociaux.
Les autrices cherchent avant tout à déculpabiliser les femmes et à rappeler qu’en matière de sexualité, une seule règle prévaut : chacune est libre de disposer de son corps comme elle l’entend, sans pression extérieure.
C’est un ouvrage à la fois clair, drôle et percutant. J’ai particulièrement apprécié la complémentarité entre les illustrations et les textes explicatifs, qui se répondent parfaitement.
Une lecture enrichissante, accessible et féministe, qui ouvre la réflexion tout en faisant sourire.
A mettre entre toutes les mains, y compris celles des hommes !
Claire, résistante de dix-neuf ans, attend le retour de son chef de réseau dans un petit appartement parisien. L’heure tardive l’inquiète, et la crainte du pire s’insinue peu à peu. Au lieu de fuir, comme le prévoient les consignes, elle s’installe devant sa machine à écrire. Dans un geste instinctif, presque pour se rassurer, elle commence à imaginer la vie qu’elle pourrait un jour partager avec celui qu’elle aime en secret.
En couchant sur le papier des souvenirs vrais ou inventés, Claire s’accroche à l’amour qui la traverse. Par la force des mots, elle repousse la peur d’être découverte et transforme l’angoisse de la nuit en un souffle d’espérance.
L’écriture vive, poétique et subtile de Timothée de Fombelle nous emporte : on espère, on vit, on rêve avec Claire, au rythme des frappes de ses doigts sur la machine.
En soixante-dix-sept pages, ce récit mélancolique et bouleversant devient une ode à l’imaginaire, à la résistance intérieure, à la puissance des mots et à celle de l’amour.
Magnifique.
Un soir, Amani, soixante-sept ans, femme de ménage à la retraite dans une cité HLM paisible « La caverne » s'en va. Sans cris, et sans valise. Juste un mot : " Je dois partir, vraiment. Mais je reviendrai. « Pour son mari Hédi, et Salmane, leur fils de 36 ans, vivant encore chez eux, c’est un tsunami.
Père et fils tentent alors de comprendre où et pourquoi celle qui était le pilier de leur famille est partie. Après des recherches infructueuses, chacun affronte la situation à sa manière. Entre colère, silence et enquête obstinée, ils vont devoir réapprendre à se parler et affronter ensemble leur passé tunisien.
Ramsès Kefi signe une fresque intime et sociale où la cité ouvrière de « La Caverne » devient un personnage à part entière, avec ses habitants, son ancien PMU, ses murs ornés de bisons… Un décor vibrant, tendre et discret, témoin des failles et des forces de ceux qui l’habitent.
Ce premier roman plein de fougue et de sensibilité, est un hymne aux mères invisibles, aux hommes fragiles mais tendres, et à ceux qui puisent dans leurs origines la force d’avancer.
Un récit lumineux, profondément touchant, qui explore la famille, l’identité et l’amour.
En cet été de 1974, dans la banlieue irlandaise de South Boston, Mary Pat Fennessey mène une existence routinière avec sa fille de 17 ans ‘’Jules’ ’Toutes deux, s’opposent à la politique de déségrégation de la ville, voulant forcer les élèves ‘’blancs’’ et ‘’noirs’’, à aller au lycée ensemble. Un soir l’adolescente ne rentre pas chez elle et disparait. Au même moment un jeune noir est retrouvé mort sous les rails du métro.
L’auteur relate un drame inspiré de faits réels et, dans un climat de violence et de racisme, dévoile le côté sombre de l’Amérique à travers le parcours d’une mère héroïque prête à tout pour découvrir la vérité et retrouver sa fille.
« Le Silence » devient ainsi une véritable prise de conscience : un cri du cœur porté par le portrait bouleversant d’une femme déterminée, qui invite à réfléchir aux origines du racisme actuel aux États-Unis, à s’ouvrir au changement, à rompre avec un héritage ségrégationniste et à cesser de transmettre aveuglément la haine de l’autre, car la misère sociale ne doit jamais rimer avec pauvreté intellectuelle.
Une intrigue poignante qui nous tient en suspend jusqu’à la fin.
