Conseils lecture
Bédéiste depuis déjà une vingtaine d’années, Anouk Ricard officie dans un registre classique, mais ô combien difficile, celui de l’humour. Cependant, contrairement à beaucoup de ses collègues, elle écrit ses récits avec un humour dénoué de méchanceté et/ou de moqueries, jouant plutôt sur les situations et autres quiproquos… Cela fait donc de chaque album une œuvre à partager en famille, grâce à différents niveaux de lecture. Ce titre en est la parfaite illustration : « Animan », de son vrai nom Francis, a le pouvoir de se transformer en n’importe quel animal ! Un super pouvoir qui l’aide à résoudre des enquêtes, mais il s’en sert aussi dans sa vie de tous les jours. Il vit en couple avec une grenouille qui un jour se fait kidnapper par son ennemi juré, le terrible Objecto…
Un récit drôle et plein de suspense, constitué de récits courts, entrecoupés de peintures et formant au final une histoire complète : un subtil « n’importe quoi », entre humour, polar, superhéros et chronique familiale…
Absolument indéfinissable, bourré de charme et hilarant !
Depuis 118 ans, un fantôme hante un immeuble parisien. C’est un travail à plein temps, d’être l’esprit frappeur de ce beau bâtiment. Il en a vu défiler, des choses étranges, émouvantes, des scènes de ménage, des cambriolages, des baisers passionnés, des ascenseurs coincés ! Rien ne changera jamais dans sa vie d’esprit. Jusqu’à… ce que quelqu’un d’autre meure et vienne s’installer dans l’immeuble ! C’est une jeune fille d’aujourd’hui, les cheveux pleins de soleil, qui dit hello aux résidents et fais des tope-là aux bébés. Notre fantôme tombe alors amoureux… mais lui, vieux de 118 ans, comment pourrait-il lui plaire ? Quelle belle histoire que ce fantôme parisien qui tombe amoureux ! Clémentine Beauvais et Gerald Guerlais nous offrent un magnifique tour de force : aborder le thème des fantômes avec légèreté, poésie, et joie. Le texte, facétieux, ne tarit pas de jeux de mots bien sentis autour de la mort et retranscrit avec force les émotions de notre héros bien maladroit. L’illustration, sublime, rend grâce à la beauté des toits haussmanniens et nous fait voyager tout droit vers Paris. Sous les crayons de Gérald Guerlais, les personnages tourbillonnent, virevoltent, se cherchent et se découvrent. "Les esprits de l’escalier" est un conte romantique plein d’amour, de tendresse, un moment de poésie suspendu.
Vouloir être un bon papa, ce n'est pas toujours facile, surtout lorsque le fiston est très demandeur et qu'on ne sait pas dire non !
Il aura fallu pas moins de six mains et donc trois auteur·rices pour confectionner cette surprenante histoire. Le résultat est une création à nulle autre pareille. Loin des traditionnels albums jeunesse, aux belles histoires et à la morale irréprochable, « Papa ! Papa ! Papa ! » nous entraîne dans un récit où l'absurde et l'humour sont de mise. Cela fonctionne et nous rions à voir ce pauvre papa répondre, tant bien que mal, aux différentes sollicitations de son garnement. Nous nous esclaffons lorsqu'enfin arrive le dénouement, avec une chute qui se montre également très attendrissante. Parents comme enfants seront pris d'une irrésistible envie de rire. Ce livre est donc à déconseiller pour une lecture du soir, mais totalement prescrit pour une lecture matinale afin de s'assurer d'une joyeuse journée. Les illustrations d'Anouk Ricard, au style faussement naïf, collent parfaitement au ton et à l'humeur du texte. Elles sont colorées et cocasses et les personnages amuseront les enfants.
« Papa ! Papa ! Papa ! » est un album, certes court, mais qui donne une satanée banane. - Michaël
Samantha Strong vit dans la charmante petite ville de Woodbrook. Là-bas, les habitant·es se connaissent bien et prennent soin les un·es des autres. Il y fait vraiment bon vivre… Alors pourquoi tout gâcher ? Samantha a des pulsions meurtrières, et pour ne pas détruire le paradis dans lequel elle vit, tous les mois, elle quitte Woodbrook afin d’assouvir ses bas instincts. Loin de la ville, de ses proches et des gens qu’elle aime. Elle est une « tueuse en série ».
Cependant, un jour, un horrible meurtre est commis à Woodbrook, puis un deuxième. Plus aucun doute n’est permis : Samantha a de la concurrence… qui risque bien de mettre en péril son noir secret…
Récit complet en un volume, "Beneath the trees" est un récit captivant à destination d’un public adulte. On y retrouve une atmosphère étrange, dont la personnage principale est une tueuse en série, mais dont on s’affectionne tout au long du récit. Cette anti-héroïne nous surprend par ses facettes diamétralement opposées, tantôt compatissante, tantôt sans scrupules. Par son enquête, elle nous entraîne dans son quotidien, son monde réglé comme du papier à musique, qui la rassure et la maintient en équilibre. Cet équilibre qui tend à vaciller et qui va nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.
Les illustrations sont magnifiques. Les personnages, des animaux anthropomorphiques, sont d’un réalisme bluffant. Le trait est fin et précis. Les couleurs, appliquées à la manière de l’aquarelle, proposent des pages rayonnantes de beauté.
On dirait du Disney… mais attention, à la sauce Adult Swim.
"Beneath the trees" est une totale réussite, qui parvient à mêler tension, poésie et noirceur dans un écrin visuel somptueux. Un bijou graphique et narratif à ne pas manquer.
Depuis le port de Lumière, chaque année, on aperçoit la Peintresse se réveiller et peindre dans le ciel un chiffre : toute personne ayant atteint cet âge disparaît. Et chaque année, une expédition traverse la mer pour se lancer à la poursuite de cet être mystérieux qui décime les rangs de Lumière…
Rejoignez l'expédition 33 dans une aventure inoubliable !
Les combats sont dynamiques, addictifs et rythmés, grâce aux parades et autres actions en temps réel, ainsi qu'au système d'améliorations très bien pensé.
Mais si combattre ne vous intéresse pas plus que ça, si vous préférez vous consacrer pleinement à l'histoire captivante du jeu, vous pouvez jouer en mode histoire !
Car Clair Obscur, c'est aussi et surtout un scénario prenant et émouvant, qui explore en profondeur et avec beaucoup de justesse la thématique du deuil. Portée par une bande originale magnifique, c’est une histoire difficile à oublier, quelle que soit la fin que vous obtiendrez…
Trois frères et une sœur très viscéralement soudés vivent dans cette vallée perdue. Ils travaillent comme tous les autres habitants, en totale dépendance de la centrale électrique et du barrage. Le créateur de ce barrage, homme mystérieux et violent règne en tyran. Ses hommes de main font régner la peur et la soumission. Cette tragédie moderne nous questionne sur nos compromissions et sur l'effet de groupe face à une société refusant de remettre en cause ses principes. Mais il y aura toujours des insoumis. Ces courageux grains de sable, qui choisissent le risque plutôt que la peur. Dommage que Bouysse ne développe pas davantage. Malgré une fin écourtée, quel plaisir de lecture ! Une écriture puissante, parfois poétique, somptueuse et vraiment bien maîtrisée. - Catherine
Lui ne désirait être qu’un paisible berger, vivant en paix avec femme et enfants, mais en ces temps troubles et obscurs, même les rêves les plus simples peuvent devenir de vrais cauchemars. Aussi, les drames qui le toucheront, éveilleront en lui sa véritable nature et la face du monde pourrait bien en être changée à jamais... La bande dessinée, pour faire simple, est une succession d’images, organisée pour raconter une histoire. Stanislas Moussé applique donc à merveille cette définition puisque son récit d’aventures fantastiques n’est composé que d’une seule illustration par planche, le tout sans aucun dialogue et/ou parole. Cela fonctionne parfaitement puisque nous nous plongeons sans aucune difficulté dans ce monde étrange. Page après page, nous découvrons le destin de ce berger. Nous vibrons à ses aventures et mésaventures car oui, l’émotion est bien présente. Elle est diffusée par une narration maîtrisée, jouant sur des temps épiques, parfois contemplatifs et par moment de recueillement. Cette succession de scènes ne laisse aucun répit au lecteur et l’entraîne inexorablement vers la fin... du livre. Les illustrations, qui ont un rôle prépondérant, sont uniques, au style incomparable. En noir et blanc, les dessins fourmillent de détails, de hachures, mais sont d’une lisibilité surprenante. On n’ose imaginer le temps de travail sur chaque page. Le résultat est pourtant bien réel et surtout bluffant, je ne saurais que trop vous conseiller cet OVNI du neuvième Art. - Michaël
Lire "Tolstoï" est toujours un vrai régal, un pur plaisir. Cette star de la littérature russe du 19ème siècle , a su comme personne décrire les affres de la nature humaine, de la condition humaine. Ici dans ce conte écrit en 1886, il nous décrit la vie dans les campagnes russes de l'époque et met en avant la cupidité des hommes. Un vrai plaisir ! mais je ne vais pas vous mentir plus longtemps : c'est la première fois que je lis du " Lev Nikolaïevitch Tolstoï" plus communément appelé "Léon Tolstoï" et cela a été une vrai belle surprise. Alors oui, il ne s'agit que d'une adaptation en bande dessinée : "SACRILÈGE" ! Eh bien je l'assume et la défends car j'ai découvert l'univers d'un auteur : Martin Veyron signe un album remarquable, haut en couleurs et qui, je suis sûr, fait honneur au texte d'origine. La littérature de bande dessinée prouve une nouvelle fois sa force médiatrice et nous permet de découvrir des textes romanesques. Ainsi elle nous ouvre d'autres horizons... - Michaël
Barry, policier, enquête sur une vague de suicides due au "syndrome des faux souvenirs", maladie encore inexpliquée par les scientifiques. Helena, neurologue spécialiste de la mémoire, est payée par le richissime Marcus Slade pour créer une machine permettant de lutter contre la maladie d'Alzheimer. Leurs destins se croisent, et ils devront s'allier pour lutter contre Slade, qui va jusqu'à menacer l'existence de leur réalité en s'appropriant cette technologie…
Dans ce roman, Blake Crouch explore la question des réalités alternatives avec beaucoup de rigueur. Pas de mondes parallèles ici, mais tout est vu sous l'angle de la mémoire et de notre perception ! Un parti pris qui en fait un roman original et mémorable, alors qu'il aborde un thème qu'on pourrait penser vu et revu…
Au fil des pages, l'intrigue devient plus dense, la tension monte et les retournements de situation nous surprennent sans jamais sembler incohérents ou invraisemblables. C'est fluide, on se laisse porter, on devient vite le spectateur impuissant des conséquences de l'invention d'Helena… Et c'est vertigineux.
Un roman prenant, surprenant, émouvant et difficile à lâcher !
Il y en a une qui n’a visiblement pas envie de dormir. Alors, lorsque son papa s’apprête à éteindre la lumière, une question jaillit : et pourquoi ci… ? Et pourquoi ça… ? Les réponses, le papa ne les a pas toutes, mais par contre, niveau imagination, il est plutôt très fort… Voici un merveilleux album proposé par les éditions « Little Urban » qui sont coutumiers du fait. Ils nous font découvrir l’œuvre deux aut.eur.rices de talents : Marc Barnett et Isabelle Arsenault. « Parce que » est de ces albums qui marque, qui reste dans vos esprits, non pas parce que la thématique est originale, mais parce qu’il a ce petit quelque chose de plus, de différent. Il se lit et s’appréhende différemment selon les sensibilités, pour certains l’aspect humoristique ressortira, pour d’autres la tendresse véhiculée ou encore par moment le léger parfum de mélancolie. Le texte est court, mais nul besoin de nombreux mots lorsque ceux que vous utilisez sont les bons. D’ailleurs, ils s’effacent rapidement pour laisser libre cours à l’imagination du papa et de sa petite fille. C’est alors qu’Isabelle Arsenault, illustratrice, prend le relais et nous entraine dans des univers incroyables. Ici, c’est moi qui manque de mots pour décrire les illustrations, tant elles sont magnifiques. Sur papier brun, elle couche au crayonné personnages et décors qu’elle volumise avec des jeux d’ombres et de lumières, aux couleurs aquarellées. Pleine page ou double page, ces incroyables dessins vont vous fasciner. « Parce que » est un incontournable qui plaira à tous et auquel chacun pourra s’identifier. - Michaël
L’histoire s’ouvre sur une scène de violence terrible : Nora, treize ans, a tué son frère Nico, quatorze ans, atteint de la maladie de Huntington. Elle a tiré trois balles : une dans l’œil et deux dans la poitrine. Pour leurs parents, Angie et David, c’est le choc. Leur fille se retrouve alors emprisonnée, en attente de son procès. Pour la défendre, ils sollicitent l’aide des avocats Martine et Julian Dumont, malgré les différends qui opposent leurs familles depuis plus de vingt ans… Mais la jeune fille demeure mutique.
Avec une écriture d’une grande fluidité, à la fois précise et sensible, Kristin Koval construit son récit en double temporalité, alternant entre le présent du procès — qui met en lumière les failles du système judiciaire américain — et les strates du passé qui, peu à peu, révèlent les blessures enfouies et les non-dits ayant contribué à préparer le terrain du drame.
"À propos de Nora" est un premier roman qui frappe fort sans jamais céder au sensationnalisme : une plongée intime dans la culpabilité, la transmission invisible des traumatismes et la fragile possibilité du pardon.
En refermant le livre, une question continue de nous hanter : jusqu’où peut-on pardonner, et surtout, à qui ?
Qui est Dara, cette belle inconnue qui fréquente assidûment le « BOOK bar » ? Seuls indices, son nom d’artiste et les planches de BD qu’elle écrit et dessine chaque mois pour le magazine « Fluide Glacial ». Pour en savoir un peu plus, Manon et Joshua, les gérant·es du bar, décortiquent et analysent chaque nouveau numéro et se partagent leurs extrapolations sur la personnalité de Dara.
Récit complet en un volume, « Dans la tête de l’inconnue du bar » est une bande dessinée humoristique de style feelgood, si l’on ne tient pas compte des récits « gores » de Dara. Car l’originalité de ce titre est que nous lisons une BD dans la BD, nous suivons à la fois les aventures de nos tenancier·es curieux·ses et celle d’une multitude de personnages issu·es de l’imagination fertile de Dara. Cette imagination va nourrir et alimenter les débats, un jeu du savoir sans savoir en quelque sorte.
Jonathan Munoz propose donc un concept assez jouissif, se moquant tendrement de tous·tes ces penseur·euses qui pour exister se doivent de toujours analyser, chercher un sens caché aux choses, encore plus en matière d’arts alors que la création n’est souvent qu’une inspiration du moment... et c’est déjà beaucoup.
« Dans la tête de l’inconnue du bar » est une bande dessinée pleine de charme et d’humour, mais aussi une belle histoire d’amour.
Conseils lecture
Guylaine passe une enfance heureuse auprès de ses parents, qui l’aiment, et de son meilleur ami Gilles. Et puis c’est la chute : la méchanceté de garçons, la maladresse des parents répandent des pensées néfastes dans son esprit : elle crée la catégorie des moches, s’y inclut et devient invisible, se rend indésirable. Elle essaie parfois de s’en extirper par divers stratagèmes : l’humour, l’amitié, l’amour, le travestissement. Devenue adulte, le statut de célibataire n’est pas simple à assumer ; Guylaine trouve des parades pour échapper aux jugements et se réfugie au théâtre. Plongée dans le noir de la salle, à l’abri des regards, elle écoute des textes libérateurs. Lentement, ces mots nouveaux, positifs, infusent jusque dans son esprit ; elle tisse de nouveaux liens, se crée de nouveaux espaces réflexifs qui l’aident à se libérer enfin du regard et des attentes des autres. A travers l’histoire de Guylaine, on touche d’abord à la problématique injonction faite aux femmes d’être belle, ce dès leur plus jeune âge et tout au long de leur vie. Vous pourrez objecter que, sous l’excellent coup de pinceau de Cécile Guillard et la fine plume de François Bégaudeau, Guylaine n’est pas moche, comme l’atteste la couverture de cette BD. Il s’agit moins d’une vérité que de son sentiment et d’un jugement, celui de certain(e)s porté à la va-vite et surtout celui que Guylaine porte sur elle-même : elle souffre du poids de mots malheureux. Ceux qui s’insinuent dans l’esprit, font courber l’échine, invisibilisent et crée des maux durables. Des mots, des textes, qui à l’inverse peuvent aider à révéler, à se révéler, hors du regard des autres, quitte à sortir de la norme parfois. S’accepter : le travail de toute une vie, en l’occurrence celle de Guylaine. - Aurélie
Fred virevolte dans la maison, tout nu. Il virevolte dans sa chambre, dans le couloir, dans la chambre de ses parents, toujours tout nu. Mais soudain, Fred cesse de virevolter. Il jette un coup d’œil dans le dressing, y rentre et découvre les tenues de son papa. Il choisit une chemise, une cravate, des chaussures, pour s’habiller comme lui, mais ça ne lui va pas du tout. Alors il regarde les vêtements de sa maman : il choisit une tunique, un foulard, des chaussures, et ça lui va très bien !
« Fred s’habille » nous montre un petit garçon qui aime se déguiser avec les vêtements de sa maman, en s’affranchissant de toutes les questions de genre. Le·la lecteur·ice adulte ne peut s’empêcher de se demander : que vont dire les parents de Fred en découvrant leur petit garçon habillé comme cela ? Et bien les parents ne disent rien, bien au contraire, et jouent le jeu également. Rapidement, toute la famille se déguise, se maquille et se pare de beaux bijoux : Fred, sa maman, mais aussi son papa et même le chien.
La simplicité avec lequel ce sujet est abordé est très apaisant et n’est pas sans nous rappeler un autre album : « Julian est une sirène » de Jessica Love. Que ce soit dans l’un ou dans l’autre, le verrou des stéréotypes de genre saute avec beaucoup de tendresse. Cela ne pose de problèmes à aucun·e des personnages de voir un petit garçon avec des vêtements féminins.
L’univers graphique est également un régal pour les yeux. Le trait est tout en rondeur, accessible aux enfants, et très coloré. Le rose fluo est omniprésent au fil des pages : encore une autre manière pour l’auteur de fracasser les codes genrés de la littérature jeunesse.
Dans ce récit autobiographique, Aimée De Jongh nous raconte quatre histoires, quatre rencontres ayant pour point commun un chauffeur de taxi. Assise à l’arrière d’une voiture, elle nous fait parcourir le monde, de Paris à Los Angeles en passant par Washington ou encore Jakarta. Chacun de ces hommes délivre son histoire, tant bien que mal, à l’autrice pleine de vie et de gaieté. Des moments d’intimité rares ou se crée, au fil des conversations, un lien unique de confiance mutuelle.
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« Taxi ! » est un récit court, un huit clos empli d’humanité qui fait du bien ! - Michaël
Carl est un androïde. Comme tous les robots, sa mission est simple : servir et protéger son maître.
Mais un jour, en l’emmenant au travail, Carl provoque un accident. Son maître meurt. Une enquête est alors ouverte : Carl est-il responsable ? Pourquoi a-t-il semblé préférer la vie d’une biche à celle de son propriétaire ? A-t-il développé une conscience, ou n’est-il qu’une machine défectueuse ?
Avec Carl, Cyril Bonin propose une relecture sensible et mélancolique du mythe du robot qui s’éveille, ou non, à la conscience. Dans un récit complet en un volume, porté par des illustrations magnifiques et des couleurs douces, il nous invite à nous interroger sur la vie, son origine et son mystère.
Après tout, si nous ne savons pas vraiment comment naît la conscience, pourquoi ne pourrait-elle pas apparaître ailleurs ? Dans un robot, une machine, ou une matière que l’on croit inerte ?
Un récit passionnant, beau et troublant.
Stress a 37 ans, il est réalisateur et a une idée en tête, concevoir un film sur son quartier « Le panier », ou plus exactement sur ce qu’il était avant la « gentrification », quand sa bande et lui zonaient sur un banc en fumant des joints, un quartier populaire. Celui qui accueillait toute la misère de Marseille, loin des clichés d’aujourd’hui, vitrine de l’office de tourisme.
Stress, il voudrait tirer le portrait de cette époque révolue, retrouver ses potes et leur demander de témoigner, avant que son ancien quartier ne devienne définitivement un Disneyland pour les touristes que vomissent les paquebots chaque jour. Seulement Stress passe ses soirées de fêtes en fêtes vaguement à la recherche de financements pour son projet, parce que le fond du problème c’est qu’il est trop intransigeant avec les autres et pas assez avec lui-même… En attendant, quand il a besoin de thune il filme des mariages orientaux dans les quartiers nord.
Un merveilleux voyage à Marseille et dans le temps, fait d’allers-retours entre la ville d’hier et celle d’aujourd’hui. Une écriture percutante à l’image de ce personnage sans concessions. Un récit qui vous emporte et une force narrative du quotidien, les odeurs, la bouffe, les fringues, la musique, des habitudes et des attitudes décryptées à la loupe. Deux sociétés antagonistes, celle des pauvres d’hier, sans papiers, et des riches d’aujourd’hui, bobos, artistes, Parisiens immigrés, qui cohabitent à quelques années de distance. Un travail d’ethnographe moderne et une grande histoire d’amour, celle du héros et de sa ville qu’il voit changer, comme lui à l’aube de la quarantaine, et peu à peu oublier son passé. Un magnifique roman empreint de la nostalgie de celui qui quitte son pays malgré lui.
Le rêve d’Hino est d’être admis dans l’un des nombreux clubs de sport de son lycée. N’importe lequel, du moment qu’il est considéré par les autres et surtout les filles, comme un sportif. Car oui, c’est bien connu, les filles aiment et sortent avec les sportifs (!). C’est bien ce qu’Hino désire le plus au monde : avoir une petite amie. Le seul problème, c’est que notre énergumène n’est pas très sportif, un peu maladroit et quelque peu glandeur : il est très rapidement viré de toutes les activités auquel il participe. Sa rencontre accidentelle avec la belle Ayako va le contraindre à s’essayer à une discipline encore inconnue pour lui : le rugby... "Full Drum" est un manga de type shônen, plus particulièrement destiné aux jeunes garçons, selon la nomenclature japonaise, mais n’ayez crainte il peut être lu par tous les publics ! De construction plutôt classique, le récit est dynamique et humoristique. Nous suivons Hino dans sa quête d’amour maladroite, mais ô combien jouissive. Notre personnage est animé d’un bel idéal, car ici rien de graveleux, simplement de nobles sentiments. Véritable comédie sentimentale, le récit laisse tout de même une place importante à l’action et au sport, en particulier au rugby qui devient le sujet principal de l’œuvre. Petit à petit, nous découvrons ce sport et nous familiarisons, sans que cela soit trop technique, au vocabulaire de la discipline. "Full Drum" est sans prétention, il parvient à nous faire passer un agréable moment de lecture grâce à son personnage attachant. On y y trouve un peu de tous les ingrédients pour séduire un large public et cerise sur le gâteau, ce manga sur le sport est, faut-il le signaler, complet en 5 volumes et traite d’un sport peu exploité en bande dessinée. Pour les amoureux de l’ovalie et bien plus encore. - Michaël
Après Plein Soleil, Pleine Lune, et Pleine Neige, Antoine Guillopé nous transporte au sein d’une île abritant des magnifiques trésors naturels… enfouis sous l’eau, dans les profondeurs des fonds marins. Jade est une plongeuse exceptionnelle, une aventurière de l’océan, une chercheuse de trésors que rien n’arrête. Antoine Guillopé nous offre donc une descente en apnée dans les fonds marins si beaux et si fragiles, remplis de coraux éblouissants et de poissons aux mille couleurs. Tout comme Jade, cet album nous coupe le souffle tant il est extraordinairement beau et délicat. Nous le savons depuis quelques albums maintenant, L’auteur maîtrise l’art de la découpe à la perfection, si finement qu’il fait de ses pages de la dentelle. Ces découpes sont loin d’être uniquement esthétiques car elles appuient le propos du texte et l’illustration qui nous transporte dans un univers presque féérique mais finalement plutôt méconnu : le lecteur se cache dans la forêt de plancton, se surprend à nager avec les raies manta, si légères et aériennes… Nous pourrions nous lasser de ce système maintenant bien connu mais par l’utilisation de couleurs vives, voir flashy, Antoine Guillopé prend le contrepied de ce qu’il a pu proposer dans ses autres albums, c’est-à-dire le jeu du noir et blanc, du clair-obscur, de l’ombre et lumière qui lui réussit si bien. L’utilisation de la couleur fluo, comme ce rose des palmes de Jade, peut nous surprendre au départ mais finalement tisse un fil rouge (ou rose, devrais-je dire) au fil de l’exploration de Jade comme un fil d’Ariane pour ne pas la perdre. Un album à déguster en famille, attention toutefois à ne pas le laisser seul entre des petites mains parfois trop enthousiastes… un accident est vite arrivé ! Comme le dit si bien notre artiste lui-même, que le spectacle commence !
« L'extrême droite est aux portes du pouvoir. Dans les urnes comme dans les esprits, ses thèmes, son narratif et son vocabulaire s'imposent. Il est encore temps d'inverser cette tendance, à condition de comprendre les rouages de cette progression et de réagir rapidement. »
Dans cet essai, la journaliste Salomé Saqué expose avec clarté le danger que représente l'extrême droite en France et décrypte les moyens qu'utilise le parti pour imposer ses thèmes de prédilection.
Elle aborde la question de la neutralité journalistique et invite à réfléchir en profondeur sur la source des informations que l’on consomme à travers les différents médias.
Résister amène des idées et des actions concrètes pour mener un des combats du siècle en condamnant la banalisation ou la minimisation du danger que représentent les idées du RN.
Un livre court, précis, accessible à tous et très bien documenté.
Par les temps qui courent, il est essentiel de partager largement cet ouvrage, afin de réveiller nos consciences, éviter le pire et garder l’espoir d’un monde plus humaniste.
Tradition ancestrale des Balkans :"les vierges jurées". Ces femmes qui faisaient voeu de chasteté - souvent pour échapper à un mariage forcé - renonçaient à leur vie de femme. Elles étaient acceptées en tant qu'hommes et participaient aux prises de décision du village.
Voilà le destin tout tracé de Manushe. Mais un jour, arrive un étranger et toute sa féminité refoulée va s'éveiller. S'ensuivent les troubles que l'on peut imaginer et bien plus...
C'est la première partie du livre. La suite va de rebondissement en rebondissement pour nous livrer un très beau premier roman.
L'ambiance de neige est si bien décrite qu'on ressent le froid et la rudesse du quotidien. Une découverte que le monde de ces femmes à qui il a fallu tant de courage pour traverser tellement d'épreuves !
Un réel coup de coeur C.
Ernest, joli petit garçon de 10 ans d’une sagesse rare, traverse la vie au rythme régulier d’un métronome bien huilé. Il grandit sans bruit auprès de sa grand-mère, la bien-nommée Précieuse, et de Germaine, la gouvernante. Mais ça, c’était avant l’arrivée de Victoire, sa voisine de classe pétillante, qui bouscule son quotidien et l’amène à voir la vie autrement. Il en vient à se poser des questions nouvelles, sur le rythme si tranquille qui berce sa vie ou la permanence des silences entourant ses origines. La présence de son amoureuse lui donne des ailes et assez de courage pour prendre la plume et espérer changer ce qui lui pèse. « Lettres d’amour de 0 à 10 ans » est une (énième) pépite de madame Morgenstern. Un charme suranné et irrésistible se dégage de cette bande dessinée. Les aquarelles de Thomas Baas distillent une douce atmosphère au gré des pages que l’on tourne avec gourmandise. Les enfants tiennent le beau rôle dans cette histoire : ce sont eux les vrais héros qui, grâce à leur innocence et bienveillance naturelles, parviennent à retrouver la petite musique du bonheur là où elle était mise en sourdine. Une réflexion fine sur le rôle des parents (qui semblent absents de l’histoire mais y jouent un rôle central dans la transmission de valeurs aussi importantes que la générosité, l’attention à l’autre, la confiance) jouxte celle sur la présence et l’amour. Car il y a bien des façons d’être présent au monde, à soi et autres, et il arrive que l’absence ne soit pas synonyme de désamour, au contraire. Après tout, ne serait-ce pas la raison d’être des lettres d’amour ? Une lecture en forme de valse où trois temps amoureux s’enchaînent, à conseiller à tous dès huit ans. - Aurélie
Apprentie voleuse, Lilya n’est employée par la guilde que pour de menus larcins. Ce qu’elle voudrait par dessus tout, c’est une vraie mission, périlleuse et pleine de mystères ! Le maître des voleurs ne l’estime guère et ne lui montre aucune confiance, alors pour montrer ses aptitudes, elle prend l’initiative de mener à bien une mission qui ne lui était pas destinée. Bien que courageuse et dégourdie, elle va vite comprendre que le monde est empli de sombres mystères et qu’il y a des forces obscures à ne pas réveiller si l’on n’y est pas préparé, sous peine d’anéantir toute forme de vie sur terre... De l’action et encore de l’action sont les fers de lance de cette série jeunesse qui nous vient tout droit de Finlande, le pays des « Mounines ». Elle s’installe sans contestation possible parmi les titres d’aventures les plus efficaces du moment. Le récit est haletant, ménageant des ambiances tour à tour inquiétantes et rassurantes, des scènes de réflexion suivies de pure bastonnade. La trame de fond nous tient en haleine, car comme notre jeune héroïne nous enchaînons les événements sans en connaître les répercussions, souvent disproportionnées. Janne Kukkomen distille également beaucoup d’humour en Lilya, rêveuse au grand cœur et au caractère bien trempé, les enfants vont l’adorer ! L’illustration est maîtrisée, mais de facture plutôt classique. L’originalité vient du découpage et du peu de case par planche. Ce procédé permet ainsi à l’auteur de donner du rythme et d’aérer son récit, facilitant la lecture et la compréhension de l’œuvre. Voici un « page turner » façon bande dessinée jeunesse à dévorer, mais sans vous presser... - Michaël
Ce sont des enfants, pour la plupart orphelins, mais tous sans le sou et dans la misère. Ils vont trouver en leur compagnon Colas, un espoir, un guide vers une vie meilleure. Ce nouvel horizon ne pourra cependant se faire sans sacrifices, car en l’année 1212, la foi est omniprésente et la seule « façon » d’atteindre le paradis est de partir en croisade défendre le tombeau du Christ. Ces enfants vont suivre un guide, mais peut-être pas celui qu’ils croyaient...
Inspiré de faits réels, ce fait divers dont très peu d’écrits subsistent, nous est conté par Chloé Cruchaudet et constitue un pan méconnu de l’histoire de France. Si la fin de cette croisade fait encore débat parmi les historiens, l’auteure s’en approprie une version et nous livre un récit épique à la dramaturgie parfaite. L’innocence et la naïveté des enfants sont un élément central de la trame et constituent le fil conducteur du récit. Un rejet du monde adulte, par qui tous les maux arrivent, est une des réflexions de l’œuvre. L’enfant serait-il supérieur à l’adulte du fait de son innocence ? Par delà cette question philosophique, la manipulation des masses du fait de l’ignorance et de l’inculture est également un sujet abordé qui fait écho encore aujourd’hui dans notre société. L’arc narratif est quant à lui savamment écrit, les personnages attachants nous font vivre différentes émotions : on s’attriste, on s’amuse et on s’inquiète. Le tout est parfaitement illustré par un trait fin et précis dont les volumes sont rehaussés d’une palette à l’ambiance « clair obscur » grâce à l’utilisation d’encres et de fusains. 172 magnifiques planches à découvrir dans un récit de haute tenue. - Michaël
Notre petite héroïne vit dans un lotissement avec ses parents et son petit frère. Pour s'occuper, elle va jouer avec lui dans une décharge de voitures et les soirs d'été, ils ne dérogent pas au rituel du marchand de glace ambulant. Une vie en apparence simple, mais c'est sans compter sur la violence omniprésente au sein du couple parental, de la famille et de chacun de ses membres : le père chasseur, rempli de rancoeur, une mère mutique et dépressive, un petit frère dévoré par une "hyène" intérieure depuis qu'il a assisté a un évenement tragique et traumatique. Cette violence, qui finira par exploser et tout emporter sur son passage, est très efficacement restranscrite dans ce roman percutant et efficace qui tient le lecteur en haleine de la première page à la dernière. Nolwenn
"7 octobre 2023 Israël Gaza" est une fenêtre ouverte sur un monde souvent incompris. Avec une plume délicate et précise, les auteurs nous guident à travers les méandres d’un conflit qui a marqué notre époque.
Le livre brille par sa capacité à donner une voix à celles et ceux qui sont généralement réduits au silence. Il nous offre un aperçu des vies qui se déroulent derrière les lignes de front, nous rappelant que derrière chaque statistique, il y a une histoire humaine.
Ce qui distingue cet ouvrage, c’est son engagement à présenter une image équilibrée et nuancée du conflit. Il ne prend pas parti, mais nous invite plutôt à écouter, à comprendre et à réfléchir.
En somme, "7 octobre 2023 Israël Gaza" est plus qu’un livre, c’est un appel à l’empathie et à la compréhension. Une lecture incontournable pour celles et ceux qui cherchent à comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Pulchérie, la trentaine passée, prend enfin conscience de son corps, de son être et surtout d’un organe si souvent tabou : le clitoris.
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« L’affaire clitoris » est, comme le titre peut le sous-entendre, une bande dessinée de reportage. Nous allons, par une enquête minutieuse, partir à la découverte d’un organe féminin des plus importants et pourtant encore de nos jours très méconnu : le clitoris. Il est, selon la définition du Larousse, un « organe érectile de l'appareil génital féminin externe, principalement composé de deux bulbes bordant la vulve et d'un gland (ou clitoris au sens strict), situé au-dessus de l'orifice urétral. ». Très bien, mais encore… ? A quoi sert-il ? Comment est-il fait ? Et surtout, pourquoi depuis des siècles, il est invisibilisé dans nos sociétés patriarcales ? Tant de questions qui trouveront réponses dans cette excellente bande dessinée de vulgarisation. Science, philosophie, croyance sont autant de thèmes abordés par les autrices via cet organe de 10 cm qui n’est que depuis 2017 correctement représenté dans les manuels de SVT.
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Ce titre est classé dans nos rayons adultes, mais il peut vraiment être conseillé à un plus jeune public tant sa valeur est éducative et pédagogique, libératrice d’un plein épanouissement personnel.
Zoé est née. Clovis, le papa, est aux anges. Hélas, pour Marketa, la maman, c’est une tout autre histoire... Elle connaît une période difficile emplie de doutes et de peurs. Le diagnostic est sans appel, il s’agit d’une dépression post-partum. Sophie Adriansen, plus connue pour ses romans jeunesse, aborde avec cette bande dessinée un sujet délicat et sensible. Inspirée par sa propre histoire, elle livre un docu-fiction riche et instructif sur cet état psychologique souvent méconnu et/ou sous-estimé. Elle nous permet de comprendre, phase après phase, les mécanismes qui engendrent, puis alimentent cette dépression. Sophie Adriansen ne se focalise pas uniquement sur la maladie, elle parle également des aides existantes afin que ces femmes s’acceptent en tant que mère et toujours en tant que femme à part entière. Les illustrations de Mathou sont assez épurées. Elles permettent ainsi une bonne lisibilité de l’album, accentuant un peu plus, à la manière d’un blog, le côté réaliste. Ce livre est à prescrire à tous et toutes, mais surtout aux futures mamans pour les déculpabiliser et les aider à aller mieux. - Michaël





