Conseils lecture
Joe Sacco, pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, est le père de la bande dessinée de reportage.
Ses travaux d’enquête sur la Palestine ou encore la Bosnie-Herzégovine lui ont valu une renommée internationale.
Aujourd’hui, il revient avec un essai bref, mais bouleversant, sur le drame israélo-palestinien, un conflit qu’il connaît que trop bien.
Désabusé, il se livre. De l’espoir, il n’en a plus, écœuré par tant de bêtise et de haine qui sévissent de part et d’autre.
Il dénonce également la politique américaine, de Biden à Trump. Mais à quoi jouent-ils ?
Joe Sacco est fatigué. Ce livre, son livre, est un cri. Il appelle au courage politique et à la responsabilité morale.
A son grand désarroi, Aubépine est partie vivre à la montagne avec sa famille. Là-bas, sa mère est au plus près afin d’étudier la dévastatrice migration des oiseaux géants, mais pour notre jeune héroïne, c’est la désolation. Il y a pourtant une vieille bergère énigmatique et ses chiens laineux. Il y a aussi des monstres bizarroïdes et le Génie Saligaud. Sans oublier son nouvel ami, Pelade le chien. Alors pourquoi se plaindre lorsque tous les ingrédients sont réunis pour vivre de belles aventures ? « Aubépine » est une série jeunesse saupoudrée d’humour, d’aventure et de fantastique. Le tout enveloppé d’un suspense constant. Karensac, aidé par Thom Pico, nous fait découvrir un univers riche et varié. Chaque personnage, chaque chose détient un secret, une histoire étrange et magique. Chaque rencontre et/ou faits et gestes entraînent Aubépine vers l’inconnu et l’au-delà... C’est rythmé, drôle et parfaitement illustré par un style cartoon qui amplifie la dramaturgie. Cette saga comico-fantastique comptera plusieurs volumes et n’est pas sans rappeler « Hilda », l’œuvre de Luke Pearson. Sans aucune hésitation, plongez-vous au coeur de cette histoire aux personnages si attachants. - Michaël
Les États-Unis d’Amérique sont enfin prêts, suffisamment « civilisés » pour découvrir le merveilleux chocolat suisse. Cependant, seules les vaches suisses donnent la meilleure des crèmes et le voyage jusqu’au nouveau continent les a un peu fatiguées. Afin de les requinquer, une mise au vert est nécessaire. C’est Lucky Luke qui sera choisi pour cette mission. Il fera équipe avec Bud, un cow-boy qui vit mal la fin de son histoire d’amour… avec un autre cow-boy… Entre violences et menaces, il trouvera en Lucky Luke une aide précieuse.
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En parallèle de la série régulière de Lucky Luke, sans saveur depuis malheureusement un bon moment, paraît une série dite « hommage » qui, elle, ne cesse de surprendre par ses choix éditoriaux : des récits de caractère avec du fond et une réelle prise de risque. Le Lucky Luke de Ralf König est peut-être l’un des plus réussis. Il arrive à fusionner son univers à celui de Morris, tout en gardant son originalité et l’essence propre de « l’homme qui tire plus vite que son ombre ». Le résultat est une histoire singulière, pleine d’humour et de jeux de mots, mais surtout un plaidoyer pour la différence et la cause homosexuelle. Surnommé le « Bretécher gay », Ralf König est un maître allemand de la bande dessinée humoristique, maître du comique de situation et de mots, qu’il dégaine encore fois avec talent.
Oliver Marks sort de prison après avoir purgé sa peine… pour le meurtre d'un de ses meilleurs amis, au conservatoire où ils étudiaient le théâtre. Le jour même de sa libération, il est confronté au policier qui l’a fait condamner dix ans plus tôt. Désormais à la veille de sa retraite, ce dernier souhaite connaître la vérité.
Oliver se lance dans un récit où tous ses amis jouent un rôle, le même que sur scène : le héros, le méchant, la femme fatale… Jusqu'à ce que ces rôles s'inversent, et qu'un drame survienne. Oliver en est-il réellement coupable ? Si oui, qu'est-ce qui a poussé cet éternel personnage secondaire à un acte aussi grave ?
Dans ce roman glaçant et tragique, M.L. Rio dresse un portrait bien sombre du milieu académique, et explore l'amitié qui lie les personnages dans ses moindres détails. Attachement profond ou haine viscérale, il est impossible de rester indifférent face aux personnages : on vit et ressent tout à travers le personnage d'Oliver.
C'est un roman clivant par sa construction : théâtrale, en actes et en scènes, aux dialogues truffés de références à Shakespeare. Mais c'est surtout un récit tragique, prenant, où l'autrice nous entraîne dans une spirale dramatique fascinante jusqu’à la toute dernière page, où la vérité se dévoile enfin.
Carl est un androïde. Comme tous les robots, sa mission est simple : servir et protéger son maître.
Mais un jour, en l’emmenant au travail, Carl provoque un accident. Son maître meurt. Une enquête est alors ouverte : Carl est-il responsable ? Pourquoi a-t-il semblé préférer la vie d’une biche à celle de son propriétaire ? A-t-il développé une conscience, ou n’est-il qu’une machine défectueuse ?
Avec Carl, Cyril Bonin propose une relecture sensible et mélancolique du mythe du robot qui s’éveille, ou non, à la conscience. Dans un récit complet en un volume, porté par des illustrations magnifiques et des couleurs douces, il nous invite à nous interroger sur la vie, son origine et son mystère.
Après tout, si nous ne savons pas vraiment comment naît la conscience, pourquoi ne pourrait-elle pas apparaître ailleurs ? Dans un robot, une machine, ou une matière que l’on croit inerte ?
Un récit passionnant, beau et troublant.
Hannah Hoshiko est une Nissei, elle est née de parents japonais dans un pays étranger : le Canada. Boucs émissaires au lendemain de la crise de 1929, puis persécutés suite à l’alliance de leur pays avec l’Allemagne nazie, les japonais·es survivent comme iels peuvent dans un pays hostile, pliant l’échine sous les coups répétés de l’administration et de la population.
Jack est blanc, après le décès de sa mère, son père s’est remarié avec une indienne autochtone. Fuyant la « civilisation » il a adopté depuis longtemps le mode de vie des peuples premiers. Il est « creekwalker », son travail consiste à compter les saumons, afin d’établir des quotas de pêche et de préserver, ainsi, l’écosystème de la forêt.
C’est le récit de ces deux êtres, à la marge, que fait avec force sensibilité l’autrice, Marie Charrel. Tour à tour bousculés par l’injustice, heurtés par la mort, blessés par la barbarie, iels perdent l’équilibre, glissent dans les ravines, s’accrochent aux branches et se relèvent chancelants. Les yeux ébahis, le souffle court, nous nous laissons emporter par cette merveilleuse chorégraphie, où s’entremêlent l’opiniâtreté des combats, la confusion des sentiments et la beauté sauvage des paysages.
Une danse, pleine de mystère où se tissent des liens inattendus. Un magnifique roman construit sur cette question, pierre angulaire : comment trouver dans l’imperfection du monde la beauté nécessaire à la résilience ?
Lorsqu’elle se réveille, Hilda n’est plus chez elle, ni vraiment elle-même. Elle est dans une grotte, chez les monstrueux Trolls. Pourtant, elle n’est pas en danger. Son corps s’est transformé, elle est devenue l’une de ces créatures effrayantes et passe totalement inaperçue. Que s’est-il passé ? Quelle est la raison de sa présence ici ? Et si l’occasion lui était donnée d’apprendre à connaître un peu mieux ce peuple dont on ignore tout ? Sixième et à priori dernier volume de la série Hilda, et comme dans les précédents tomes, on se régale à la lecture de ses aventures. Comme toujours, Luke Pearson nous plonge dans un univers étrange, mais toujours teinté de bienveillance. Cela est la force de ses récits, nul ne sait comment il y arrive, mais ouvrir un Hilda est une expérience à part. Peut-être cela est-il dû à un délicat mélange d’humour, de fantaisie, de fantastique et peut-être de mélancolie, mais toujours est-il que ses histoires, et celle-là encore plus, sont captivantes. Nous assistons à la fin d’une série, ou peut-être, espérons-le, simplement d’un cycle. Un clap de fin qui met en exergue la différence, la tolérance et la force de l’amitié. Tant de messages à transmettre à nos enfants, tant de messages dont on peu s’inspirer pour nous ouvrir aux autres. Les illustrations sont toujours aussi belles, même si depuis 2011 le trait de l’artiste anglais à quelque peu évolué, je vous encourage vivement à reprendre le premier tome. La gamme de couleurs pastels employée ajoute une atmosphère de douceur, de calme, de bien-être. « Hilda » est sans conteste l’une des meilleurs séries jeunesse de ces dix dernières années, alors partagez-là. Pour info, Hilda existe également en série animée sur la plateforme « Netflix ». - Michaël
Andrew et Suzie, sa petite sœur, accompagnent leur mère dans ce qui semble être davantage un pèlerinage familial que de véritables vacances. À Kingdom Fields, petite bourgade de bord de mer, il n’y a rien à faire, sinon tromper l’ennui en se créant ses propres souvenirs.⠀
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Lire les œuvres de Jon McNaught, c’est redécouvrir et réapprendre les codes de la bande dessinée. C’est se dire que ce média est tellement inspirant et libre qu’il est source d’innovation constante. Cet artiste est de cette trempe, celle des innovateurs : il a compris la force narrative du neuvième art, se l’est accaparé pour nous en proposer sa version, sa vision. Il offre ainsi des œuvres riches en émotions, contemplatives et/ou tout simplement méditatives. Elles sont rythmées par une gestion du temps anormalement lente, de la « slow attitude » pour ainsi dire. Attention, on ne s’ennuie pourtant dans ses histoires, à aucun moment. « L’été à Kingdom Fields » ne déroge pas à la règle et ce qu’on pourrait penser comme un banal récit de vacances est bien plus. Telle une madeleine de Proust, il ouvre une porte sur nos souvenirs, notre passé. Les personnages du récit parlent peu : un ado qui voudrait être ailleurs, une mère qui a besoin de se retrouver et une petite encore innocente, bref, des portraits que l’on connaît, qui nous parlent. Oui, il y a peu ou pas de dialogue, pourtant le récit n’est pas muet pour autant, la bande son est bien présente, sous forme d’onomatopées, elle occupe l’espace scénique à la manière d’un quatrième personnage. Comme dans la vraie vie où les sons et les bruits nous entourent, mais que nous n’entendons plus par habitude, l’auteur les retranscrit et accentue ainsi encore plus cet effet d’immersion. Jon McNaught utilise, pour dessiner son histoire, des gaufriers de 20 petites cases, entrecoupées par moment d’illustrations pleines pages. Il se permet de zoomer sur des détails, écouter des gouttes tomber de la paroi d’une grotte, afin de créer cette ambiance unique. Sa palette de couleur est limitée à un jeu d’ombres et de lumières, oscillant entre des nuances de bleu et de saumon. ⠀
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« L’été à Kingdom Fields » est une douceur à savourer autant de fois que possible. - Michaël
Emika est une jeune chasseuse de primes qui, suite à une vie déjà semée d'embûches, doit se débrouiller seule. Son échappatoire ? Warcross, le jeu en réalité virtuelle qui a conquis la planète entière. Mais Emika n'est pas une joueuse comme les autres ; c'est aussi une hackeuse et informaticienne de génie. Le jour où elle pirate plus ou moins par accident le jeu mondialement connu, sa vie lui échappe totalement...
Warcross nous plonge direcement dans le monde des jeux vidéo, à la manière de "Ready Player One". Une fois le livre commencé, il est très difficile de le lâcher et une seule envie nous vient alors : mettre son casque de réalité virtuelle et jouer à Warcross pour suivre Emika dans ses péripéties.
Nolwenn
En ce mois des Fiertés, l’Espace COOLturel vous propose de découvrir le nouveau label « Pride First » des éditions First.
Une série documentaire queer, composée actuellement de cinq livres, minuscules par la taille, mais dont la portée est immense…
Vous pourrez y découvrir, entre autres, les figures importantes de l’histoire LGBTQIA+, mais aussi un guide essentiel pour accompagner au mieux son coming out.
Les questions de genre et de transidentité y sont abordées de façon claire et limpide.
Le label « Pride First » s’engage à donner une visibilité accrue à la communauté LGBTQIA+ en publiant des ouvrages essentiels et inspirants.
Nous suivrons avec intérêt leurs publications, afin de continuer à lutter contre les discriminations et les préjugés.
Voici un titre des plus étranges, difficile à classer ou à destiner à un public en particulier. Sa narration est composée de saynètes aux chutes rigolotes, mais parfois, voire les deux en même temps, mélancoliques. Nous découvrons donc Maya, une jeune fille de 8 ans qui vit avec son oncle (ses parents ayant disparu avec le vol BW 404). Personne ne sait s’iels ont survécu et cette question sera le fil conducteur de l’album. Cette question on la ressent en Maya, elle flirte avec le désespoir et l’espoir, ce dernier, pourtant si faible, l’empêche de sombrer.
Tout au long de l’album, elle se questionne sur le monde, comment il fonctionne, pourquoi sommes-nous là ? Elle interroge son oncle, son ami Léonardo, sur la place de l’humanité eu égard aux végétaux et autres formes de vies animales. Chacun·e apporte sa pensée, sa vision des choses, mais également des faits scientifiques. Ce mélange de science et de philosophie fonctionne à merveille, nous nous attachons à tous·tes les protagonistes jusqu’à cette fin, véritable claque scénaristique qui nous laisse sans voix, stupéfait, branlant et déjà en manque de la suite…



