Conseils lecture
La narratrice, jeune femme anglaise, est un modèle de réussite. Issue d’un milieu social modeste, elle a fait de remarquables études et occupe aujourd’hui un poste à responsabilité dans une grande banque de la City. A trente ans elle est propriétaire de son appartement et possède un capital financier conséquent. Son compagnon, héritier d’une longue lignée de politiciens, marche déjà dans les pas de ses aïeux. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes à un détail près, elle est noire et malgré une intégration parfaite, le poids du jugement des autres l’écrase. Elle ne supporte plus d’obéir à ces lois, à ce modèle de société établi par les blancs, où on l’enferme.
Natasha Brown nous livre ici un texte exigeant et précis, où elle dissèque à la fois les états d’âme de son héroïne et la société britannique. Un parcours intime qui nous plonge à l’intérieur de ce personnage particulièrement clairvoyant, qui décortique avec une grande intelligence les mécanismes de l’aliénation des personnes de couleurs par le système protestant, anglo-saxon et blanc. Un récit incisif mené à la pointe du scalpel, une bataille féroce pour échapper au déterminisme, qui va bien au-delà de la condition sociale de ses parents.
Simon est psychanalyste depuis de nombreuses années. Un matin, au petit-déjeuner, il casse un bol. Cet acte en apparence anodin va être le déclencheur d’une remise en question profonde.
Simon écoute les problèmes des autres sans jamais penser aux siens. Bientôt, il prend conscience que le fil des maux de ses patients tisse une chrysalide, certes protectrice, mais qui l’empêche de se déployer.
L’idée d’un voyage se projette à l'horizon et Simon rejoint les rivages d'une île aux confins de la planète.
Immergé dans une nouvelle culture où tout est simplicité, grâce et délicatesse, il redécouvre l'essentiel. Un univers propice à l’introspection, ce qui lui permettra, peut-être, de s’ouvrir au monde.
Le rythme de ce livre vous emporte tendrement, les mots et les phrases de Jeanne Benameur tressent une étoffe chatoyante qui vous enveloppe et vous berce. Un très beau texte, où l'amitié, l'amour, l'art et la psychanalyse s'entremêlent harmonieusement.
Mallory, 15 ans, et son père se sont lancés un défi : faire ensemble l’ascension du mont Everest. Iels ont suivi une longue préparation en amont, notamment la montée du Qomolangma culminant à 8000 mètres. L’aventure commence dans le camp de base, au pied de la montagne, avec les différents allers-retours par palier afin d’acclimater le corps à l’altitude, à l’effort et au manque d’oxygène.
La jeune fille ne craint pas le vide ni les épreuves, mais elle ne se doute pas dans quoi elle s’est embarquée. L’expédition va lui réserver bien des surprises plus ou moins agréables.
« 8848 mètres » n’est pas uniquement la hauteur de l’Everest ou un roman sur la montagne et l’alpinisme, même si chaque étape de l’expédition est extrêmement bien documentée. Les personnages sont attachants et l’écriture fluide nous accroche à la cordée pour nous tenir en haleine tout au long de l’aventure.
L’autrice nous fait découvrir également l’autre facette du « Toit du Monde », les comportements de femmes et d’hommes peu scrupuleux·ses qui abandonnent leurs déchets, le travail des associations pour nettoyer et sensibiliser le public à l’écologie et au réchauffement climatique. C’est aussi une approche du bouddhisme et de la spiritualité. La confrontation à la mort est évoquée puisque chaque année des personnes périssent en montagne.
Silène Edgar nous offre un roman « vertigineux » , plein de courage, d’entraide et de persévérance.
En suivant la quête de Mallory, je suis passée par toutes sortes d’émotions. Je ressors de cette lecture avec des envies de défis et de sommets à atteindre.
En vidant les poches d'Alice, qu'est-ce que vous y trouverez ? une clé ? une tasse de thé ? et celle du petit chaperon rouge, assurément une belle galette et quelques fleurs cueillies au bord d'un chemin...
C'est en vidant les poches de son petit garçon, un soir, et en s'imaginant sa journée, qu'Isabelle Simler s'est demandé ce qu'on trouverait dans celles de nos personnages préférés... Grâce à une illustration bien maîtrisée, et une imagination débordante, cet album nous fait (re)découvrir les contes... à sa façon !
Nolwenn
Ours et Écureuil sont les meilleurs amis du monde ! Enfin, c’est ce que Ours pensait avant qu’Écureuil ne soit un peu désobligeant...
« Super potes » est un titre au charme indéniable, tant par son récit que par ses illustrations. Il est vrai qu’il ne se passe pas grand chose dans ce livre, « seulement », une grande et belle définition de ce qu’est l’amitié. Et mine de rien, c’est déjà beaucoup et c’est surtout magique ! Chaque personnage s’exprime dans la partie de l’album qui lui est destiné. Chaque personnage se livre à l’autre et dévoile ses sentiments, son humeur du moment. Alors nous suivons ce duo improbable dans tout ce qui lie et fait le ciment de l’amitié, même les disputes. Le récit est porté par de très belles illustrations de Steve Small, dont « Super potes » est le premier album. Ces personnages sont trognons et expressifs. Il brille également dans l’art difficile de la mise en scène où chaque situation peinte est source de plaisir et d’humour. C’est un ancien de chez Disney et cela se ressent dans toute cette maîtrise graphique. Bref, un bel et beau album à offrir à ses ami.es. - Michaël
Russ Hidebrandt, pasteur à Chicago, est en pleine crise de la quarantaine . Déçu par son travail, sa femme et sa famille, une seule chose le préoccupe désormais : son nombril et sa libido. Il emploie le plus clair de son temps à échafauder des stratégies pour séduire Frances, une ravissante paroissienne, tout en sauvant la face.
Cependant personne n’est dupe ni sa progéniture, ni son épouse, loin en réalité de la femme docile qu’elle semble incarner. Nous sommes en 1971, l’Amérique oscille entre conservatisme et mouvement hippie, guerre et paix, sexe, drogues et Rock’n’roll. Rien ne va plus dans la famille Hidebrandt et le jeu de massacre peut commencer !
Jonathan Franzen dresse ici une très belle galerie de portraits en proie aux errements de leur foi où à la recherche d’un idéal qui leur échappe. Une critique sociale, sarcastique à souhait, qui dépeint des personnages sensibles, lâches, attachants, psychotiques, tour à tour généreux et égoïstes, loin des stéréotypes d’une quelconque bien-pensance moralisatrice. La vraie vie quoi !
Un style sans concession ni fioritures, réaliste et fluide, au service d'un récit prenant. Sachant qu'il s'agit du premier volume d’une trilogie, on a hâte de connaître la suite !
Jouer, aimer, câliner, grandir en découvrant le monde qui nous entoure est le quotidien des petit·es.
Cet album retrace toutes ces premières fois, ces moments de bonheurs simples partagés entre le bébé et ses proches. Sous forme d’imagier, chaque double page met en parallèle deux situations qui se répondent. D’un côté chez les animaux, de l’autre chez les humain·es. Le premier bain, le parfum d’une fleur, une balade…
Les illustrations sont très douces, avec une impression de relief et de brillance. Le texte simple et fluide accompagne subtilement l’ensemble. Le format cartonné s’adapte parfaitement aux manipulations des jeunes lecteur·ices.
C’est un très bel objet livre, attendrissant, touchant qui nous rappelle l’émerveillement des premières découvertes et émotions.
Devenir footballeur professionnel est le rêve de nombreux jeunes. Les plus doués frôleront ce rêve, mais ce ne sera qu’une élite qui le vivra réellement. Le Pôle Espoirs de la Ligue de Football des Pays de la Loire accompagne durant deux années quelques rares privilégiés à atteindre (ou pas) ce milieu professionnel. Pendant ce laps de temps, ces jeunes s’entraîneront, joueront bien évidement, mais suivront également le programme scolaire et devront apprendre à accepter les codes de la vie en collectivité. Le Pôle Espoirs forme des footballeurs, mais comme dirait le génial Ted Lasso (série que je vous recommande également) : « Le succès ne dépend pas des victoires ou des défaites... Le succès c’est d’aider les jeunes à devenir une meilleure version d’eux-mêmes sur et en dehors du terrain ».
« Les valeurs du football » est un recueil écrit par 15 de ces jeunes apprentis footballeurs. 15 récits ou leçons de vie, qui les ont armé à mieux affronter le monde adulte. Une œuvre originale réalisée en partenariat avec l’Espace COOLturel, médiathèque de Divatte-sur-Loire. - Michaël
Il y a le souvenir d’enfant, le burger, les frites et le jouet, le rêve américain en quelques sortes. Puis dix ans plus tard, l’envers du décor, un premier boulot, le monde des adultes, l’aliénation par le travail. De l’entretien de recrutement jusqu’à son dernier jour, l’autrice décrit méticuleusement son emploi dans un fast-food. Elle dissèque l’organisation du travail, les rapports de force et peu à peu le glissement dans le système, lutter pour la meilleure place, accepter les frustrations, les petites brimades, les conditions exécrables et l’oubli du corps, corps qui rapidement s’efface au détriment de la machine, de ses cadences…
En parallèle, avec la même minutie, Claire Baglin dépeint son enfance, se souvient des petits détails du quotidien qui forment un grand tout. Une existence heureuse, dans un milieu modeste et en filigrane la vie du père, un ouvrier spécialisé. La même pénibilité du travail, le même manque de moyens avec lequel il faut composer, les mêmes dangers, mais malgré tout le sentiment d’appartenir à quelque chose et une certaine fierté de son travail. L’héroïne, elle, n’appartient à rien : c’est un simple rouage dans la grosse machine à hamburgers. Dépossédée d’elle-même, pourrions-nous croire, si tout au long du récit elle ne gardait pas ce formidable recul, ce regard critique qui la rend profondément humaine.
Par ces incessants retours à l’enfance du personnage, au-delà de la dégradation d’une génération à l’autre des conditions de travail des plus défavorisés, ce que nous raconte l’autrice, c’est comment se forge une personnalité. Qu’est-ce qui fait que face à l’avilissement, à la violence d’un monde professionnel déshumanisant, on puisse garder son libre arbitre, on puisse rester vivant ?
Dans ce magnifique roman, épuré et pudique, Claire Baglin réussi à exprimer par une description finement ciselée du quotidien et de ses gestes, des émotions d’une grande profondeur.
Ernest, joli petit garçon de 10 ans d’une sagesse rare, traverse la vie au rythme régulier d’un métronome bien huilé. Il grandit sans bruit auprès de sa grand-mère, la bien-nommée Précieuse, et de Germaine, la gouvernante. Mais ça, c’était avant l’arrivée de Victoire, sa voisine de classe pétillante, qui bouscule son quotidien et l’amène à voir la vie autrement. Il en vient à se poser des questions nouvelles, sur le rythme si tranquille qui berce sa vie ou la permanence des silences entourant ses origines. La présence de son amoureuse lui donne des ailes et assez de courage pour prendre la plume et espérer changer ce qui lui pèse. « Lettres d’amour de 0 à 10 ans » est une (énième) pépite de madame Morgenstern. Un charme suranné et irrésistible se dégage de cette bande dessinée. Les aquarelles de Thomas Baas distillent une douce atmosphère au gré des pages que l’on tourne avec gourmandise. Les enfants tiennent le beau rôle dans cette histoire : ce sont eux les vrais héros qui, grâce à leur innocence et bienveillance naturelles, parviennent à retrouver la petite musique du bonheur là où elle était mise en sourdine. Une réflexion fine sur le rôle des parents (qui semblent absents de l’histoire mais y jouent un rôle central dans la transmission de valeurs aussi importantes que la générosité, l’attention à l’autre, la confiance) jouxte celle sur la présence et l’amour. Car il y a bien des façons d’être présent au monde, à soi et autres, et il arrive que l’absence ne soit pas synonyme de désamour, au contraire. Après tout, ne serait-ce pas la raison d’être des lettres d’amour ? Une lecture en forme de valse où trois temps amoureux s’enchaînent, à conseiller à tous dès huit ans. - Aurélie
Lucas vit près de la mer. Aujourd’hui, il pense très fort à son grand-père qui aurait fêté ses quatre-vingt-dix ans. Il se souvient que celui-ci lui parlait souvent d’un endroit lointain où l’océan rencontre le ciel. L’enfant, en souvenir de son aïeul, décide de construire un bateau solide pour faire le long voyage qu’ils avaient préparé ensemble. La construction du bateau est longue et demande de gros efforts. Fatigué, Lucas s’autorise une petite sieste. À son réveil, le garçon se retrouve en mer, bien malgré lui, le périple a commencé…
The Fan Brothers (Eric et Terry Fan) nous entraîne dans la fabuleuse quête initiatique du jeune héros parti à la recherche de son grand-père et de l’endroit magique tant raconté. Chaque page est un émerveillement. L’enfant croise des créatures et des lieux étranges. L’imaginaire est renforcé par des illustrations tout simplement sublimes et époustouflantes. On pense évidemment à l’univers de Jules Verne et ses machines extraordinaires.
« Où l’océan rencontre le ciel », est un album fantastique, onirique, poétique, très émouvant, qui traite avec délicatesse du pouvoir des rêves, de l’imaginaire. C’est une jolie manière d’évoquer aussi le souvenir et le deuil.
Cet ouvrage est vraiment magnifique tant pour son graphisme que pour la sensibilité de son histoire.