Conseils lecture
Intempérie est une adaptation du roman éponyme de Jesus Carrasco. Cette œuvre espagnole d’une rare intensité dramatique, traite d’une enfance perdue. Javi Rey, l’adaptateur, a réussi à nous rendre tous les ingrédients du récit original. Le suspense et le stress qui lui sont liés, sont omniprésents. Le rythme est soutenu et quelquefois entrecoupé de bénéfiques moments de paix. L’illustration est à la hauteur du drame. Avec un trait sec et précis, les personnages semblent si réels, marqués, déformés par les malheurs de leur existence... De ce fait nous devenons le témoin impuissant d’une fuite que nous soupçonnons sans issue. L’utilisation des couleurs est également intéressante, les nuances de bleu, de jaune et de rouge renforcent les tensions du récit. Intempérie est un récit âpre, dur, mais qui laisse tout de même la place à l’espoir. - Michaël
Kaoru Fukazawa est mangaka. Il vient de terminer sa série à succès « Sayonara sunset ». Quinze tomes publiés à un rythme effréné qui l’a épuisé. Malgré les félicitations sur son travail, on lui demande déjà de penser à son prochain titre. Pourtant, ces années à vivre de son rêve ont laissé en lui un goût amer et petit à petit ont aspiré son inspiration. Le temps de la remise en cause est arrivé. Que veut-il vraiment ? Quelle vie doit-il choisir ? A lui de le découvrir… En quelques pages, Inio Asano, nous livre un récit poignant, un récit subtil sur la psychologie humaine. Il se questionne sur le bien-être, sur le bonheur et où le trouver. Il recherche l’épanouissement personnel à travers la vie professionnelle et/ou personnelle. Il interroge également sur les personnes qui vivent leur rêve à fond et délaissent par conséquent leur entourage. Enfin il parle de création, d’inspiration et des leviers pour la raviver. Attention, pas de prise de tête dans ce récit. Non, nous suivons les états d’âmes de Kaoru Fukazawa avec passion, nous nous invitons dans ses pensées, partageons parfois les mêmes car son histoire est universelle et nous touche tous. C’est brillant de justesse, le récit vous trottera dans la tête un petit moment, mais n’est-ce pas l’apanage des meilleurs œuvres littéraires ? L’illustration est également un pur plaisir, notre héros transpire la mélancolie. Chaque personnage, chaque attitude est parfaitement réalisé et renforce le récit. Les illustrations sont en noir en blanc, mais à la différence de nombreux titres japonais, rehaussées de lavis très réussis qui donnent de l’épaisseur aux crayonnés. Un des plus beaux titres de cette année pour un seinen (bande dessinée japonaise pour adulte) complet en un volume. - Michaël
Dans un village de Pennsylvanie, Shana surprend sa petite sœur, Nessie, en train de quitter la maison en pleine crise de somnambulisme. Elle se rend vite compte qu'elle ne peut pas lui parler, et moins encore l'arrêter. Nessie avance, le regard vide, et elle est bientôt rejointe par d'autres somnambules… qui semblent tous avancer vers la même destination inconnue, suivis par leurs proches. Le cortège traverse les États Unis, témoin de la violence qui se réveille dans cette société suprémaciste…
Amateurs de randonnées sur des routes pavées de révélations, ce livre est fait pour vous !
Sans aucune longueur et sous une plume subtile et intelligente, l'auteur capte notre attention jusqu'à la fin du récit, au rythme de rebondissements et de révélations qui arrivent toujours à point nommé : quand on croit commencer à comprendre ce qu'il se passe (ce qui n’est pas toujours le cas). L'histoire et les enjeux s'intensifient page après page, tout est cohérent et bien ficelé, et Chuck Wendig se montre visionnaire sur bien des aspects - on peine à croire que ce roman sur les pandémies, le suprémacisme et l'IA a été écrit en 2019...
C'est d'ailleurs l'aspect sociétal du livre qui fait sa force : c'est un parfait reflet de la société américaine, et chaque nouvelle étape franchie dans la violence est percutante de réalisme.
L'humain est également au cœur de la narration, avec des personnages très bien écrits et crédibles, et l'auteur montre à quel pont tous réagissent différemment face à l'inconnu : curiosité, peur, haine…
Un roman destiné à devenir un grand classique de l'anticipation !
Des tableaux volés, une orpheline emprisonnée, des meurtres sur la Tamise… Seul ou à plusieurs, entrez dans la peau des détectives de Baker Street et résolvez 10 affaires à la façon du plus grand détective du monde ! À l'aide d'un plan de Londres, d'un annuaire et du Times quotidien, récoltez des indices et remontez la piste jusqu'aux coupables !
Un jeu immersif qui fera travailler vos méninges si vous souhaitez surpasser le grand Sherlock Holmes… Tous les moyens sont bons pour y arriver : interrogez suspects et témoins, trouvez les liens entre les indices découverts, rassemblez les preuves, échangez vos théories… Certaines énigmes vous donneront du fil à retordre, mais quel plaisir quand on trouve l'indice qui fait basculer le cours de l'enquête !
Il peut sembler compliqué de battre le score de Sherlock, surtout en jouant seul, mais cela ne change rien au plaisir de résoudre ces affaires. Un jeu d'enquête incontournable !
In Waves est un livre poignant, d’une sensibilité rare, mais surtout une des plus belles déclarations d’amour que j’ai lue. Cette bande dessinée, ou plutôt ce roman graphique, est une autobiographie de l’auteur qui nous raconte en toute sobriété son histoire d’amour avec Kristen, atteinte d’ostéosarcome, un cancer des os. Il nous livre avec pudeur leur histoire, de leur première rencontre maladroite à l’au revoir déchirant. Bribe par bribe, témoignage après témoignage, nous faisons la connaissance de la belle Kristen. L’auteur nous invite dans leur intimité et nous fait partager leur histoire et leur passion commune pour le surf. AJ Dungo réussit d’ailleurs un autre tour de force en intégrant, à intervalle plus ou moins régulier dans son intime récit, l’histoire et l’origine de cette pratique sportive. Le mélange, loin d’être déconcertant, forme un tout, l’un permettant à l’autre des temps de repos. A aucun moment nous ne sombrons dans le pathos, le récit est un témoignage, un hommage et un message forts : il faut vivre sa vie et ses rêves. Juste magnifique ! - Michaël
Pauline se fait arrêter en 2014 à Tunis, à l’arrière d’un véhicule de police elle voit défiler la ville, quelques instants suspendus, derniers témoignages de liberté avant de longs mois de détention.
Des tâches de rouille, un mur rouge, lézardé de fissures et cinq bandes noires, larges, implacables : une couverture qui nous plonge immédiatement dans la dureté du monde carcéral. L’insalubrité, l’enfermement, la surpopulation étouffante et les autres dangers permanents, les crimes et le sang : voilà à quoi on s’attend ! Mais, derrière cette image il y a autre chose, un secret qui fait toute la grandeur de ce roman. Au fil des jours d’emprisonnement, des destins qui se dévoilent, ceux des codétenues de l’autrice, des verrous qui sautent au hasard des confessions et soudain, une profonde humanité.
Alors, les larges bandes noires se muent en silhouettes de femmes, plus de barreaux aux murs, des êtres solidaires qui défient l’oppression, celle des hommes, d’une société patriarcale qui les a jetées là, souvent à tort et de façon arbitraire. Dans le sang rouge des crimes on distingue de merveilleux reflets ceux de la lutte, de l’entraide, de la chaleur humaine et de l’amitié.
Plongée dans la torpeur suffocante des journées interminables, l’autrice, dépose sur nos peaux, un murmure, un souffle, une respiration : les récits des vies de chacune de ces femmes, des instants précieux volés à la détention.
Joël Dicker surprend là où on ne l’attend pas : avec un roman inclassable, malicieux et généreux, destiné à tous les lecteurs de 7 à 107 ans.
L’histoire débute un matin, lorsque l’on découvre que l’école « spéciale » est devenue impraticable suite à une inondation suspecte. Les élèves sont alors contraints d’intégrer l’école « normale ». Une petite bande d’enfants, menée par l’espiègle Joséphine, décide de mener l’enquête afin de retrouver le coupable responsable de ce changement. S’ensuit alors une série de rebondissements aussi abracadabrants que savoureux.
Le récit adopte un vocabulaire, des expressions et un humour volontairement enfantins. Sous cette apparente légèreté, Joël Dicker aborde avec finesse des sujets essentiels tels que le harcèlement scolaire, la différence, l’estime de soi ou encore la démocratie. Un roman qui ouvre le dialogue et sensibilise les enfants, tout comme les adultes, sur le vivre-ensemble.
Un livre intergénérationnel à lire en famille, à voix haute ou à savourer seul pour retrouver son âme d’enfant et le plaisir de la lecture.
En 2010, le Centre Pompidou-Metz ouvre ses portes. Outre le musée, une librairie d’art parachève cet établissement. Malgré un sérieux manque d’expérience et de compétences, Charlie est embauché en tant que libraire. Il va découvrir le métier : commander, réceptionner, gérer les stocks, gérer la clientèle, mais surtout vendre ! Il va également faire la connaissance d’un univers décalé, hors réalité, celui des musées, des conservateurs et autres médiateurs culturels. Un choc des cultures qui va faire des étincelles. Voici l’un des titres les plus drôles de cette année 2018 ! A la manière de la culture blog, Charlie Zanello raconte son expérience au centre Pompidou-Metz. Nous y découvrons les coulisses de ce musée qui était à l’époque la première expérience de décentralisation d’un établissement culturel public national. Par son regard juste et amusé, il nous raconte ses rencontres accidentelles avec des artistes contemporains, dont la démarche artistique lui est parfois - et même souvent - difficile à appréhender. Cela crée ce savoureux décalage qui anime l’esprit de ce titre. Il nous fait également pénétrer dans l’univers de la médiation culturelle, qui elle-même s’avère être un exercice « d’art moderne ». Il n’oublie pas son métier de libraire, ses relations avec ses collègues et surtout la clientèle. L’illustration de l’ouvrage est d’une excellente maîtrise, sans fioriture graphique, Charlie Zanello parvient à faire passer nombre d’émotions. Le tout est habillement mis en scène par un découpage précis donnant rythme et dynamisme aux scènettes humoristiques. Chapeau donc à cet artiste pour nous avoir ouvert un monde plus ou moins hermétique. - Michaël
Nous sommes en 2042. Des catastrophes naturelles ont eu lieu et les autorités sont passées à une transition écologique radicale. A travers la vie de Lisa, on découvre la vie quotidienne régie par les nouvelles technologies : drônes absolument partout qui contrôlent les moindres faits et gestes. En parallèle, le journal intime de la mère qui ne s’est jamais remise d’un amour perdu d’adolescence .Lisa cherche ce qui se cache derrière la mélancolie de sa mère qui n’a jamais su l’aimer. Ce roman d’anticipation dénonce les systèmes totalitaires et les états policiers. Ce n’est pas sans rappeler le Big brother de 1984 mais quand le roman d’Orwell est paru en 1949 c’était de la science-fiction alors qu’à la lecture de La mer monte, au ton, malgré tout humoristique, on prend conscience qu’on est déjà propulsé dans ce monde connecté
A lire absolument - Catherine
1727, Russie, Catherine agonise. Dans son lit à baldaquin, sous les dorures de l’empire, sa toux sanguinolente lui déchire les entrailles. Seul le laudanum soulage ses souffrances, il l’emporte loin, dans les brumes du passé, remontant le cours de son histoire entre rêve et cauchemar.
1694, Livonie, Marta Helena Skowronska a 5 ans, ses parents sont mourants, crachant du sang, et demain elle sera orpheline. D’héritage il n’y en aura pas, mise à part le blason d’une noblesse désargentée, la sienne. Il faudra quitter la demeure familiale avec son frère et ses sœurs, et ce sera, pour elle, le départ d’une longue errance à travers l’Europe, d’ouest en est.
Ces deux femmes sont si différentes, l’une est une enfant, l’autre est une adulte, l’une vit à l’ouest et l’autre à l’est, l’une est extrêmement pauvre et l’autre immensément riche : alors quel fil relie leurs existences ?
Un magnifique roman historique qui dépeint un destin extraordinaire, celui d’une femme à la pugnacité hors du commun. Un être dont l’extrême clairvoyance permet d’échapper à la barbarie. Une esclave qui grâce à son humanité va se hisser au sommet du monde.
Qu’il y a-t-il sur la lune ? Il y a un guichet, et derrière ce guichet, il y a Jean. Régulièrement, des pensées en tout genre apparaissent : une trompette biscornue, un 10 sur 10, un souvenir de vacances ou un avion tout neuf. Alors Jean les classe, les range, en prend bien soin. Un jour, une petite fille apparait. « Elle n’a rien à faire sur la lune », se dit Jean, « elle doit repartir ». Mais il a beau la catapulter, la coller dans une fusée, l’accrocher à une étoile filante, rien à faire, la petite fille revient toujours ! Alors, petit à petit, Jean va apprendre à cohabiter et à transmettre son drôle de métier…
« Le guichet de la lune » est un bel album mélancolique et onirique. Il pose la question : où s’en vont les pensées lorsque les gens sont dans la lune ? Cette histoire pourrait sortir tout droit de l’imagination d’un·e enfant·e, et c’est en cela que le texte de Charlotte Bellière est très touchant.
Dès le départ, le·la lecteur·rice est intrigué par Jean, et ce qu’il fabrique sur la lune. Au fil des pages, le mystère se délie et ses activités deviennent fascinantes. Le guichetier semble toutefois chagriné d’être parfois désœuvré, car les humains rêvent de moins en moins. C’est pourtant essentiel, de prendre le temps de souffler, s’évader, laisser ses pensées filer !
Les illustrations de Ian de Haes sont douces et la colorisation est magnifique. Le choix des nuances de jaune et bleu est très réconfortant et nous rappelle bien sûr notre beau satellite, la lune.
Cette histoire est parfaite pour les enfant·es qui aiment passer du temps dans la lune et la tête dans les étoiles, qui aiment rêver, tout simplement.
"La Petite Bonne" est au service de plusieurs familles bourgeoises en région parisienne, notamment celle des Daniel, un couple atypique. Blaise, ancien pianiste, est une gueule cassée, invalide et mutilé de la Première Guerre mondiale. Son épouse, Alexandrine, lui consacre tout son temps avec une dévotion sans faille.
Sur l’insistance de son mari, Alexandrine décide de s’accorder une escapade à la campagne et confie Blaise aux soins de "La Petite Bonne" pour trois jours. Livrée à elle-même avec le maître des lieux, la jeune domestique va devoir s’improviser aide-soignante. Peu à peu, à mesure que les confidences se nouent, les apparences se fissurent et les rôles s’inversent.
La mise en page singulière, alternant narration, vers libres et prose, donne une voix unique aux trois protagonistes. Avec une grande sensibilité, Bérénice Pichat aborde des thèmes profonds tels que la souffrance, la mort et le fossé entre les classes sociales.
Ce huis clos haletant et bouleversant nous happe dès les premières pages. L’autrice permet à ses personnages d’exprimer leurs pensées les plus secrètes, les plus inavouables. J’ai été particulièrement touché·e par le face-à-face poignant entre ces deux êtres cabossés par la vie, que tout semblait opposer.
"La Petite Bonne" est un roman intimiste et original, tant dans sa forme que dans son propos, mêlant suspense, tension, rebondissements et émotion, jusqu’à une fin totalement inattendue.
Conseils lecture
Barry, policier, enquête sur une vague de suicides due au "syndrome des faux souvenirs", maladie encore inexpliquée par les scientifiques. Helena, neurologue spécialiste de la mémoire, est payée par le richissime Marcus Slade pour créer une machine permettant de lutter contre la maladie d'Alzheimer. Leurs destins se croisent, et ils devront s'allier pour lutter contre Slade, qui va jusqu'à menacer l'existence de leur réalité en s'appropriant cette technologie…
Dans ce roman, Blake Crouch explore la question des réalités alternatives avec beaucoup de rigueur. Pas de mondes parallèles ici, mais tout est vu sous l'angle de la mémoire et de notre perception ! Un parti pris qui en fait un roman original et mémorable, alors qu'il aborde un thème qu'on pourrait penser vu et revu…
Au fil des pages, l'intrigue devient plus dense, la tension monte et les retournements de situation nous surprennent sans jamais sembler incohérents ou invraisemblables. C'est fluide, on se laisse porter, on devient vite le spectateur impuissant des conséquences de l'invention d'Helena… Et c'est vertigineux.
Un roman prenant, surprenant, émouvant et difficile à lâcher !
Dans ce très beau roman autobiographique Julia Kerninon nous dévoile sa vie de jeune femme et le cheminement particulier qui fait qu’un jour on se sent adulte.
Avec une grande liberté l’autrice aborde tour à tour ses amours, sa sexualité, ses amitiés, son travail d’écrivaine, et l’on voit peu à peu les contours du personnage qui s’affine pour nous livrer un portrait très sensible.
Être une femme, se construire, devenir une mère, accoucher d’un enfant et de soi-même, nous assistons à la métamorphose de Julia, pleine de subtilités et de contradictions, forte et fragile, volontaire et indécise.
Une écriture simple, dépouillée et fluide à l’image d’un récit sans fioriture qui respire la sincérité. Un texte touchant, courageux et sans concession dans lequel hommes et femmes peuvent se retrouver, car il nous parle, aussi, en filigrane, de la place des femmes dans la société et de leur rapport au sexe opposé.
C’est un véritable bonheur de pouvoir partager ne serait-ce que le temps d’un roman la vie de Julia Kerninon !
Je vous invite également à découvrir deux autres très beaux portraits de femme dans « Ce matin-là » de Gaëlle Josse et « Ultramarins » de Mariette Navarro.
Enfant, ses parents s'occupaient d'elle. Aujourd'hui adulte, c'est elle qui doit s'occuper d'eux. Ils sont âgés, fatigués, dépassés par un monde qui n'est plus vraiment le leur et qui va beaucoup trop vite. Ils ne veulent pas quitter leur doux foyer pour une place en maison de retraite. Alors, régulièrement, elle va les voir, elle prend soin d'eux, elle vérifie que tout se passe bien. Quelquefois, tels des enfants, il faut les sermonner, les cajoler et réparer ce qui semble être irréparable.
Dans ce récit authentique sur la vieillesse, Joyce Farmer nous livre son témoignage sur la difficulté rencontrée lorsque des personnes âgées refusent l'inéluctable : la maladie et la perte d'autonomie. Dure et touchante à la fois, cette histoire dépeint le quotidien de ces familles qui, au jour le jour, vivent dans l'angoisse d'un malheur. Une belle leçon d'humanisme. - Michaël
Il y a des livres qui marquent, qui ne laissent pas indifférent·e. "confiné•es", est de ceux là. Cet ouvrage est le témoignage unique et sincère d’une ville qui, comme toute la France, s’est confinée le 17 mars 2020. Œuvre de mémoire, les 55 témoignages qui composent ce recueil, sont des moments intimes partagé•es par les Divattais•es, confiné•es, mais ensemble face à cette étrange période. "confiné·es" est bien plus qu’un livre, il est notre mémoire.
Tiens ! Voici un gnome. Comme il a l’air gentil et tout mignon avec son petit bonnet rouge… Ah bah non, pas du tout. Monsieur le Gnome est quelqu’un de très ronchon, voire même de très antipathique ! A être aussi désagréable, des ennuis pourraient bien lui arriver… « Monsieur le Gnome » est un album rigolo dans son récit, mais aussi par ses illustrations. En effet, l’artiste britannique Fred Blunt possède un style graphique unique, oscillant entre le genre « toons » et le « maître » Quentin Blake. Chaque page de l’album génère un sourire par les mimiques des personnages, mais aussi par une mise en scène efficace. Au premier abord, avec un regard non averti, on pourrait penser que le dessin est simple, mais il n’en est rien. Ici, l’artiste a cherché, recherché la juste expression avec un minimum de traits. Les couleurs sont également choisies avec réflexion, elles accompagnent, sans le noyer, l’effet caustique du crayonné. L’ajout de matière, peu, mais juste assez, parachève chaque planche. L’histoire appartient au registre de la comédie. Son écriture, rythmée et théâtralisée, permet de jouer, de donner vie à l’album. Aussi ce livre permet un beau moment de rigolade entre enfants et parents. Et pour finir, dans les dernières pages, nous apprenons un terrible secret, moins drôle, mais que la morale nous empêche de dévoiler… « Monsieur le Gnome » est un album sans prétention, dont la seule ambition est de vous divertir et c'est chose réussie ! - Michaël
Roman... Bande dessinée... Livre illustré... Thornhill est un titre difficile à classer, tant il revêt différentes formes. Peut-être pourrions-nous simplement le qualifier, pour le coup, de véritable roman graphique, tant il correspond à cette description ! Ce titre nous plonge dans le quotidien d’Ella, une jeune fille ordinaire dont la curiosité l’amène à observer depuis sa chambre l’étrange manoir voisin au doux nom de Thornhill. Abandonnée depuis des années, cette demeure était un orphelinat ou s’est joué un terrible drame. Depuis, réputée maudite, elle est laissée à l’abandon, mais entre ses murs une présence intrigue et attire Ella plus que de raison. Inquiétant et mystérieux, le récit se lit d’une traite. Il tient en haleine de bout en bout et nous gratifie d’une fin non conventionnelle. Il oscille entre deux époques, mais surtout deux formats narratifs. Textes et illustrations se croisent, se complètent, racontent le passé pour l’un, le présent pour l’autre et créent par cette danse, une atmosphère où la tension va crescendo. Derrière l’ambiance nappée d’étrangeté et de fantastique, se cache en réalité un récit âpre et fort en émotion. Une œuvre marquante et originale à découvrir. - Michaël
Être bandit de grand chemin n’est pas une sinécure, encore plus lorsque l’on est quelque peu distrait et assez gaffeur. Après un braquage réussi avec son frère, Chris a enterré leur butin, mais au petit matin, il ne se rappelle plus où. Du coup que faire, si ce n’est le retrouver coûte que coûte... Lancé comme un train à grande vitesse, ce western parodique ravira petits et grands. Le récit est truffé de scènes humoristiques et surtout inattendues. Nos personnages prennent indéniablement les mauvaises décisions, on le sait, on le sent et pourtant, ils nous surprennent. Graphiquement, le travail de Rémi Farnos est assez étonnant. Il multiplie les cases, offrant sur plusieurs pages des gaufriers chargés en mouvement. Par moment, pour calmer le tout, une illustration pleine page vient casser le rythme, permettant au lecteur un peu de répit et la possibilité de contempler les vastes étendues de l’Ouest américain. Chose rare, nos personnages n’ont pas de visages, leur expressivité vient de leur attitude, de leur comportement, presqu’à la manière des mimes, surjouant, mais jouissifs. « Calfboy » est un titre totalement loufoque que l’on dévore avec délectation et qui, pour ceux qui ont eu la chance de la voir, rappellera la mythique série d’animation « Panique au village ». Un album qui met de bonne humeur ne peut être qu’à partager ! - Michaël
Lamya Essemlali nous entraîne dans l'épopée de la « Sea Shepherd », une organisation qui ne recule devant aucun sacrifice pour défendre les océans et de la biodiversité.
À travers ce récit, c'est le portrait d'un homme hors du commun, Paul Watson, qui se dessine : un capitaine courageux, un visionnaire passionné, mais aussi un rebelle qui bouscule les consciences.
Un livre indispensable pour comprendre les enjeux de la préservation des océans et pour s'inspirer de ceux qui luttent pour un monde meilleur.
L'arrestation injustifiée de Paul Watson au Groenland témoigne de la violence des enjeux et de cette hypocrisie qui règne dans nos gouvernements.
Ce livre est un cri d'alarme qui nous rappelle que la lutte pour la préservation de notre planète est loin d'être terminée.
Le titre, "Amour amour après quoi chacun court", résume parfaitement le livre.
Le jour à peine levé, chaque animal·e s’élance cherchant qui la/le cajolera, la/le bercera, l’apaisera… Une quête vers des gestes d’amour, de douceur, de tendresse. Construit comme un imagier, sur chaque page un·e animal·e, une bulle avec un texte court comme un poème ou une comptine. L’enfant suit ainsi au fil de la journée une ribambelle d’animaux varié·es tel que renarde, souris, ourson mais aussi cerf ou sanglier.
De grandes illustrations pleine page aux couleurs vives, un graphisme soigné qui illuminent notre regard.
Un magnifique album à regarder, lire, écouter et à partager avec tendresse. Une belle histoire du soir pour s’endormir remplie d’amour.
« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
« Quand ils sont venus chercher… » est un poème écrit en 1950 par Martin Niemöller, pasteur allemand. Il y dénonce, avec des mots simples et incisifs, la lâcheté et l’inaction face à la barbarie nazie.
Par cette succession de phrases, Niemöller traduit à la fois ce qu’il n’a pas fait pour défendre les autres et ce qui lui est arrivé lorsqu’il s’est retrouvé seul à son tour visé.
Ce poème est la source de cet album poignant et percutant, où le narrateur, un chien anthropomorphe, raconte l’histoire de son grand-père qui a fermé les yeux sur le drame qui l’entourait. Mais cela ne l’a pas protégé longtemps : le silence n’est pas une armure, n’est pas une arme non plus.
Cet album nous rappelle, avec force et émotion, que se taire face à l’injustice revient à l’encourager, et que chaque voix compte pour défendre la liberté et la dignité humaines.
« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
« Quand ils sont venus chercher… » est un poème écrit en 1950 par Martin Niemöller, pasteur allemand. Il y dénonce, avec des mots simples et incisifs, la lâcheté et l’inaction face à la barbarie nazie.
Par cette succession de phrases, Niemöller traduit à la fois ce qu’il n’a pas fait pour défendre les autres et ce qui lui est arrivé lorsqu’il s’est retrouvé seul à son tour visé.
Ce poème est la source de cet album poignant et percutant, où le narrateur, un chien anthropomorphe, raconte l’histoire de son grand-père qui a fermé les yeux sur le drame qui l’entourait. Mais cela ne l’a pas protégé longtemps : le silence n’est pas une armure, n’est pas une arme non plus.
Cet album nous rappelle, avec force et émotion, que se taire face à l’injustice revient à l’encourager, et que chaque voix compte pour défendre la liberté et la dignité humaines.
Au pays imaginaire, les créatures sont nombreuses. Elles attendent impatiemment d’être choisies par un.e enfant pour devenir leur meilleur ami. Beekle, lui, attend depuis longtemps et ça le rend triste. Si bien qu’un jour, il décide d’inverser les rôles et de trouver par lui même son enfant. Pour cela, il doit réaliser l’impensable : partir pour le monde réel... Little Urban nous propose de découvrir un personnage original et attachant : Beekle, l’ami imaginaire. Cette créature sensible et expressive, dont le graphisme « simplifié » permet à chacun de se l’approprier, pourrait devenir une référence jeunesse incontournable. Abordant des thématiques importantes de l’enfance - la solitude, l’amitié et sans en avoir l’air, la créativité - le récit nous plonge dans notre propre enfance et l’angoisse de se faire un tout premier ami. Subtil et efficace, cet album est magnifiquement illustré. Habile mélange de peinture digitale et traditionnelle, les planches de Dan Santat sont des fresques minutieuses dont la composition, la mise en scène sont bien pensées. Dans les premières pages de ses aventures, Beekle apparaît tout petit, souvent dans un coin de l’illustration, écrasé par le décor et certainement sa solitude. Puis au fur à mesure, il trouve sa place et le cadrage se resserre sur lui, montrant ainsi sa prise de confiance. Beekle à besoin d’un.e ami.e : et si vous veniez l’emprunter à l’Espace COOLturel ? - Michaël
Le Prince héritier Sébastian de Belgique a un secret. Loin de l’image, du protocole que lui impose son titre, il est passionné de mode et aime à se travestir. Lors d’une soirée mondaine, il remarque le travail de Francès, jeune roturière couturière, qui sera désormais à son service. Tous deux, ils créeront le personnage énigmatique de Lady Crystallia, icône de la beauté et de l’élégance. Un tel secret peut-il rester caché de tous ? Surtout lorsque les sentiments s’en mêlent... Ouahhh que c’est bon, que c’est bien et à tout point de vue ! L’idée est originale, bien développée et nous réserve une fin imprévisible, mais de toute beauté. Ce titre est une merveille de bonté, de bienveillance. Il ravira les enfants, mais également les adultes, tant les messages qu’il véhicule sont positifs. Les personnages sont expressifs et attachants grâce au style coloré et clair de Jen Wang. Pour conclure « Le Prince et la couturière » est une œuvre tendre et audacieuse qui détourne avec brio les codes des contes d’antan. - Michaël
Certainement, un des plus beaux livres de cette année !
« Jim » de François Schuiten est une œuvre bouleversante, sincère et précieuse.
« Jim » est, était le chien de M. Schuiten, il est mort cette année. L’auteur, par ce livre exutoire, nous parle de son deuil. De cette absence omniprésente qui vous colle à chaque moment de la journée, un vide bien trop pesant.
Avec justesse et simplicité, M. Schuiten évoque sa tristesse, sa soudaine solitude. Il partage avec nous son désarroi, un dernier au revoir à celui qui a partagé sa vie durant ces 13 dernière années.
Toutes celles et ceux qui ont eu un chien et l'ont aimé, se reconnaitront dans cette œuvre aux magnifiques illustrations.
Toutes celles et ceux qui ne comprennent pas que l’on puisse pleurer un animal de compagnie, pourront s'ils/elles le souhaitent prendre le temps de se plonger dans cet album qui en quelques pages seulement, explique à lui seul ce deuil, souvent malheureusement balayé d’un revers de main par la société.
Cette œuvre n’est pas triste pour autant, est simplement juste et belle.
Caroline du Nord, Smoky Mountains, 1930. Après trois mois d’absence, George Pemberton revient de Boston, fraîchement marié. La jeune épouse citadine s’acclimatera-t-elle à son nouvel environnement ? Les hommes de l’exploitation forestière Pemberton en doutent, mais c’est méconnaître Serena, superbe rousse au tempérament de feu et à la volonté de fer. Son ambition n’a d’égal que son intelligence, et il n’est de problème auquel Serena ne trouve de solution... Ne connaissant pas le roman de Ron Rash, qui est à l’origine de cette bande dessinée, je ne peux en faire la comparaison. Malgré tout, si le récit est à la hauteur de l’adaptation réalisée par Pandolfo et Risbjerg, il ne faut pas hésiter à se jeter dessus. Car oui, nous avons entre les mains un roman graphique d’une exceptionnelle intensité. Sur une trame historico-économique, celle des Etats-Unis des années trente, Pandolfo et Risbjerg tissent une toile emplie de personnages charismatiques. Chaque fil, chaque ‘noeud’ de l’histoire converge vers le point final, l’issue, implacable. Les dessins apportent une touche contemporaine à ce roman graphique, noir, dur, à la fois très américain par son côté far-west et intemporel, universel par ses thèmes principaux : la passion et l’ambition. Alors, laissez-vous séduire par Serena la rousse, en lisant cet excellent roman, noir et graphique. - Michaël
« Je suis un malade mental. » C’est par cette phrase choc que commence Intérieur nuit. Ce sont également ces mêmes mots que Nicolas Demorand, journaliste, prononce le 26 mars 2025 en ouvrant la matinale qu’il co-anime sur France Inter. Avec courage et franchise, il révèle sa bipolarité aux millions d’auditeurs qui l’écoutent chaque matin.
Son témoignage bouleversant, ponctué de touches d’humour, détaille son errance médicale face à une maladie mentale que les médecins mettront plus de dix ans à diagnostiquer. Durant cette période, il sera gavé de médicaments inappropriés et inefficaces, parfois même dangereux. Ce texte intime nous plonge dans son quotidien, alternant entre des phases euphoriques et de longs épisodes dépressifs.
Intérieur nuit est un huis clos avec la maladie, le reflet d’une vie entièrement dominée par la douleur psychique et le sentiment de honte, liés au secret, au mensonge, à la différence, à l’impression de ne pas être "normal", de ne pas pouvoir se contrôler, et de mener une existence clandestine.
En une centaine de pages, Nicolas Demorand brise le tabou de la maladie mentale et nous ouvre la porte de sa réalité. Sans chercher à en faire une généralité, il met simplement des mots sur ce qui est trop souvent tu, dissimulé, nié. Il rend ainsi hommage aux proches qui le soutiennent et pense à toutes les personnes qui souffrent en silence du même mal.
Un récit poignant et nécessaire.
Simon est psychanalyste depuis de nombreuses années. Un matin, au petit-déjeuner, il casse un bol. Cet acte en apparence anodin va être le déclencheur d’une remise en question profonde.
Simon écoute les problèmes des autres sans jamais penser aux siens. Bientôt, il prend conscience que le fil des maux de ses patients tisse une chrysalide, certes protectrice, mais qui l’empêche de se déployer.
L’idée d’un voyage se projette à l'horizon et Simon rejoint les rivages d'une île aux confins de la planète.
Immergé dans une nouvelle culture où tout est simplicité, grâce et délicatesse, il redécouvre l'essentiel. Un univers propice à l’introspection, ce qui lui permettra, peut-être, de s’ouvrir au monde.
Le rythme de ce livre vous emporte tendrement, les mots et les phrases de Jeanne Benameur tressent une étoffe chatoyante qui vous enveloppe et vous berce. Un très beau texte, où l'amitié, l'amour, l'art et la psychanalyse s'entremêlent harmonieusement.