Conseils lecture
Le colonel, militaire de carrière, exécuteur des basses tâches, exécuteur tout court, ne dort plus. Dans la nouvelle ville, sur la ligne de front où il vient d’être affecté, peu à peu son image disparaît. Il faut dire qu’après les bombes qui ont méthodiquement rasé les bâtiments, maintenant la pluie qui tombe sans discontinuer, en rideau, efface les paysages, l’horizon, les âmes.
Les jours passent, et sa silhouette, son visage deviennent de plus en plus flous, délavés. Lessivé par les guerres, pour un camp où pour l’autre, sans convictions, mis à part celle du travail bien fait, car militaire c’est son métier et comme le plombier répare les tuyaux, il torture les corps.
C’est dans la peau de ce personnage peu recommandable que l’autrice nous transpose, un être complexe, pris au piège du système, effroyable mais pas entièrement méprisable. Une rencontre qui vous bouscule les entrailles, mais qui vous arrache aussi quelques sourires tant l’invraisemblance du conflit, poussée à son exergue par certaines métaphores, rendent les personnages et les situations drolatiques.
Un récit d’une grande profondeur, un roman magnifiquement sombre et indispensable, qui dépeint avec maestria la folie et l’absurdité de la guerre. La confirmation du très grand talent d’Emilienne Malfatto dont l’écriture précise et poétique vous emporte.
Aude, 24 ans, commence une nouvelle et jolie histoire avec Christophe. Un coup de foudre puis une relation à distance, qui semble une évidence. Sans qu’elle s’en rende compte, le cours de sa vie a pourtant pris un tournant : malgré ses précautions, elle est enceinte. Après la stupeur, le déni, la colère, vient le parcours médical. Et la décision qu’il faut prendre : Aude opte pour l’avortement. Ce récit se fait à deux voix : celle qui a vécu cette épreuve, l’auteure, et celui qui accompagne, qui soigne, en la personne de Martin Winckler. Ce dernier livre son expérience médicale à double titre : du praticien de ce geste si particulier qu’est l’IVG, et du soignant empathique à l’écoute des nombreuses et si diverses patientes qu’il a assistées dans ce parcours. Le témoignage de l’auteure est à lire aussi bien par les femmes, concernées ou non, que par les hommes car il éclaire les mécanismes complexes qui entrent en jeu dans ce deuil. Rien n’est épargné au lecteur : le tourbillon émotionnel de la grossesse puis de l’avortement, la solitude de certaines femmes face à cette situation, la douleur de la fausse couche ou encore la lente et difficile réappropriation de son corps. Des larmes et du sang. Beaucoup… et la nécessaire bienveillance du corps médical et soignant. Une histoire de femme(s) racontée de manière à la fois délicate et violente, d’une sincérité bouleversante. - Michaël
Monsieur Henri vit dans un arrêt de bus depuis déjà très longtemps. Tellement longtemps que plus personne ne le remarque vraiment. Un jour, par le plus étrange des hasards, un éléphanteau vient s’asseoir à côté de lui.
Qu’il est beau ce petit éléphant, mais comme il a l’air triste… C’est décidé, Monsieur Henri va l’aider à retrouver sa famille même si pour cela il doit, un temps, quitter son abri…
« L’arrêt de bus » est un très joli album sur l’amitié et l’entraide. L’autrice délivre un texte certes court, mais empli d’une abondance d’émotions. D’une grande sensibilité, par moment mélancoliques, ces mots nous enveloppent d’une couverture de bien-être.
Ils sont en parfaite harmonie avec les délicieuses illustrations, au style « anglais » de Juliette Lagrange. Un travail pictural remarquable tant par le trait, fin et délicat, que par la mise en couleur : des aquarelles savamment travaillées, aux couleurs justes et équilibrées.
Leur travail de mise en scène est également à souligner, mélangeant allègrement illustrations pleine page, magnifiques de détails et saynètes plus intimistes, propices à l’émotion.
« L’arrêt de bus » est un très bel album, tout en retenue, propice à la lecture en famille.
Suite au suicide de sa meilleure amie, Emmylou, une lycéenne, décide de quitter sa Bretagne natale pour partir en Angleterre en tant que fille au pair. Ce départ lui permet de faire face à son deuil, de prendre du recul par rapport à sa famille et à sa condition sociale modeste. À Londres, elle espère perfectionner son anglais et se plonger intensément dans les révisions pour le concours d’entrée à une école de journalisme. Hélas, tout ne sera pas aussi idyllique que ce que les apparences laissaient présager.
Sidonie Bonnec, pour son premier roman, s’inspire de sa propre histoire pour nous plonger dans un thriller psychologique oppressant. On suit le quotidien d’Emmylou dans sa nouvelle vie au sein d’une famille particulièrement troublante. Un huis clos coupé du monde, où chaque jour révèle des événements de plus en plus étranges. Comme l’héroïne, le lecteur brûle de découvrir ce qui se cache derrière les faux-semblants.
La psychologie du personnage principal est minutieusement explorée : on ressent ses émotions, ses joies, ses peurs, ses angoisses et ses douleurs. L’ambiance étouffante et inquiétante s’installe progressivement et grimpe crescendo jusqu’à un final parfaitement maîtrisé. La plume de l’autrice est fluide et percutante.
Une lecture qui oscille entre émotion et mystères glaçants, que l’on dévore d’une traite.
Après 3 ans d’absence, l’auteur du très remarqué « Saudade », nous revient avec un album d’une toute autre teneur. « Faille temporelle » est un recueil d’illustrations atypiques réalisées à l’origine pour un challenge personnel : faire 200 dessins en 200 jours. Ce défi, Fortu l’a brillamment relevé en y apportant une touche supplémentaire, distillant à chacune de ses toiles une âme unique, rendant le tout indépendant, mais pourtant indissociable. Grâce à ses scénettes, Fortu nous interpelle, nous interroge et nous questionne sur le monde et notre humanité. C’est par moment drôle, quelquefois offusquant, souvent absurde, mais toujours écrit avec subtilité et intelligence. Chaque illustration, d’un noir et blanc sobre et au trait photographique épuré, est un appel à la réflexion. « Faille temporelle » est album qui fait réfléchir et qui est présenté pour la première fois dans une médiathèque, votre Espace COOLturel. - Michaël
Anne est biologiste, mariée et mère de famille. Une vie tranquille, simple, qui la satisfait pleinement… jusqu’à ce que son aînée, Lucie, lui annonce qu’elle est suivie par une psychologue du planning familial pour échanger sur les questions de genre. Un choc pour Anne, qui n’a rien vu venir.
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Sous la plume d’Elodie Durand, nous découvrons d’abord le parcours de transition de genre de Lucie/Alex. Le chemin complexe, éminemment intime mais aussi solitaire, d’une personne dont on ne peut qu’admirer la ténacité face à une mère certes aimante, mais aussi complètement dépassée et parfois blessante. Car c’est aussi une histoire aux émotions très vives qui nous est rapportée ici : le point de vue principal adopté, celui d’Anne, la maman, est touchant par sa sincérité. Car bien qu’anonymisée (les prénoms ayant été changés), cette histoire est authentique. On lit par exemple une lettre écrite par Alex. Quant aux pages jaunes enchâssées dans cette histoire familiale, elles apportent des informations utiles pour comprendre la notion de genre. Il faut enfin évoquer l’esthétisme de cette bande dessinée : Élodie Durand, jouant sur la couleur et la composition des pages, rehausse ainsi les émotions des personnages et embellit l’histoire de notes poétiques.
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Une bande dessinée hybride, entre fiction, récit de vie et documentaire, à la fois pédagogique et très émouvante.
Une héroïne naïve, maladroite et très attachante, entourés de personnages nuancés et intriguants : tous évoluent dans un univers imaginaire si bien construit qu'on ne veut plus le quitter, porté par une intrigue rythmée et implacable. Tous ces ingrédients font de ce livre un excellent "page turner", à découvrir d'urgence.
Nolwenn
Pendant quatre ans, la Grande Guerre, "la Der des ders", déchaîna le monde. Les hommes d'Etat et les généraux, en retrait de la tourmente, envoyèrent des millions de soldats anonymes à la mort lors de combats inutiles. Le front italien s'étendait le long de la frontière qui séparait l'Italie de l'Empire Austro-hongrois ; la plupart des combats avaient lieu dans les régions montagneuses que l'Italie, membre des pouvoirs Alliés, réclamait à l'Autriche, membre des pouvoirs Centraux. Les deux armées s'affrontèrent dans une guerre des tranchées transposée sur les hauteurs du Trentino, des Dolomites, et du Caporetto. A la fin de l'année 1916, Pietro Aquasanta, un soldat italien, revient sur les lieux de son enfance, dans les montagnes du Trentino ; mais à la place du monde de merveilles et d'aventures dont il se souvient, il trouve un lieu de mort, de désespoir, où les éléments sont aussi dangereux que l'ennemi. Les soldats des deux armées craignent plus que tout autre arme la Mort Blanche, des avalanches provoquées par des tirs de canons, et qui, comme la guerre, écrasent tout sur leur passage. Une œuvre forte qui est devenue une référence du genre. - Michaël
« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
« Quand ils sont venus chercher… » est un poème écrit en 1950 par Martin Niemöller, pasteur allemand. Il y dénonce, avec des mots simples et incisifs, la lâcheté et l’inaction face à la barbarie nazie.
Par cette succession de phrases, Niemöller traduit à la fois ce qu’il n’a pas fait pour défendre les autres et ce qui lui est arrivé lorsqu’il s’est retrouvé seul à son tour visé.
Ce poème est la source de cet album poignant et percutant, où le narrateur, un chien anthropomorphe, raconte l’histoire de son grand-père qui a fermé les yeux sur le drame qui l’entourait. Mais cela ne l’a pas protégé longtemps : le silence n’est pas une armure, n’est pas une arme non plus.
Cet album nous rappelle, avec force et émotion, que se taire face à l’injustice revient à l’encourager, et que chaque voix compte pour défendre la liberté et la dignité humaines.
« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
« Quand ils sont venus chercher… » est un poème écrit en 1950 par Martin Niemöller, pasteur allemand. Il y dénonce, avec des mots simples et incisifs, la lâcheté et l’inaction face à la barbarie nazie.
Par cette succession de phrases, Niemöller traduit à la fois ce qu’il n’a pas fait pour défendre les autres et ce qui lui est arrivé lorsqu’il s’est retrouvé seul à son tour visé.
Ce poème est la source de cet album poignant et percutant, où le narrateur, un chien anthropomorphe, raconte l’histoire de son grand-père qui a fermé les yeux sur le drame qui l’entourait. Mais cela ne l’a pas protégé longtemps : le silence n’est pas une armure, n’est pas une arme non plus.
Cet album nous rappelle, avec force et émotion, que se taire face à l’injustice revient à l’encourager, et que chaque voix compte pour défendre la liberté et la dignité humaines.
Tom a peur, c’est son premier jour dans sa nouvelle école. Alors, pour le rassurer son papa lui dit maladroitement : « Les grands garçons ne pleurent pas. » Fort de ce conseil, Tom ne pleura pas, mais en chemin… Jonty Howley nous offre une histoire touchante, pleine de tendresse et d’émotion. Il décrit simplement, mais avec justesse, l’image que notre société nous impose de la masculinité. Un homme ça doit être fort, ça ne montre pas ses émotions et surtout ça ne pleure pas ! Poncif qui a la vie dure ! Et pourtant, en quelques pages Jonty Howley réussit à détruire ce modèle archaïque. Il laisse les hommes, les garçons s’exprimer et montre toute leur sensibilité. Loin des clichés, il dépeint une relation sans préjugés entre un père et son fils, saine et surtout sincère. Cet album ne s’arrête pas là, car l’enfant apprendra également que les larmes versées ne sont pas toujours de tristesse, mais qu’elles peuvent être de natures différentes selon les situations. Jonty Howley illustre également son récit et nous transmet toute sa sensibilité par des dessins tendres à la technique irréprochable. Pas de « larmes de crocodile » avec ce titre, mais un réel coup de cœur. - Michaël
Inspiré de la célèbre nouvelle de Jean Giono "L’homme qui plantait des arbres", ce récit tout en délicatesse rend hommage à deux figures artistiques majeures : Jean Giono, écrivain humaniste et Vincent Van Gogh, peintre visionnaire.
L’autrice Géraldine Elschner imagine une rencontre touchante dans une maison de retraite entre Fanfan, une jeune visiteuse et un vieil homme mystérieux. Intriguée par sa canne finement sculptée, la jeune fille découvre peu à peu l’histoire extraordinaire d’un berger provençal qui aurait planté des milliers d’arbres dans une région désertique, faisant renaître la vie au cœur du chaos, même pendant les années de guerre.
Les illustrations, magnifiquement choisies, s’appuient sur quatorze œuvres de Van Gogh et sont complétées par des croquis et des dessins contemporains, dans l’esprit "carnet de voyage". Ceux-ci apportent la couleur et l’émotion de l’histoire. On y retrouve des valeurs de transmission intergénérationnelle, ainsi qu’une ode à la beauté et à la nature.
En fin d’ouvrage, un dossier permet d’en apprendre davantage sur Jean Giono, Van Gogh, la Provence et la légende d’Elzéard Bouffier, ce berger dont l’existence réelle continue de nourrir notre imaginaire.
Un très bel objet littéraire qui donne envie de se plonger dans le texte original et de redécouvrir les tableaux du peintre.